1994-2014 : Journal de Maxine, Spartiate - Lord Corlatius 3.3

Publié le par Ben Wawe

Bonjour à tous !

 

Il y a quelques jours, j'ai posté un nouveau chapitre de la troisième saison de mon personnage fétiche, Lord Corlatius. Ce dernier mène un combat terrible entre les dimensions contre les Liktalzzz, des monstres détruisant toute vie dans toutes les réalités alternatives qu'ils visitent.

Désormais déterminé à les combattre dans une guerre, Lord Corlatius a commencé le recrutement d'une armée. Après quelques alliés dans les deux premières saisons, Lord Corlatius vient de recruter un avatar du Dieu Romain Jupiter, une Fée ainsi qu'un Magicien capable de modifier la réalité !

 

Et désormais, les troupes pourraient grandement gonfler avec cette nouvelle histoire... bonne lecture à tous !

 

1994-2014 : Journal de Maxine, Spartiate

 

Il n'existe pas qu'une seule Terre - des dizaines, des centaines de mondes parallèles coexistent entre les dimensions dans le Multiverse.


Certains se ressemblent, d'autres n'ont rien en commun ; certains n'existent plus, certains viennent à peine de faire naître la Vie.


Seuls quelques êtres peuvent voyager entre les dimensions et les visiter.
Les Liktalzzz, un peuple de créatures qui oeuvrent à l'annihilation de tout être vivant, peuvent glisser de monde en monde quand des fenêtres apparaissent sur leur planète, l'Anté-Monde.
Lord Corlatius, à contrario, lutte contre les Liktalzzz dans chaque dimension, se téléportant à sa guise et changeant d'hôte pour abriter son âme, le seul élément qui lui reste de son premier corps - celui du Roi des Liktalzzz, qui fut renversé par un coup d'état destructeur.


Jusqu'à présent, Lord Corlatius menait un combat secret contre son peuple, évitant de trouver des alliés par crainte des trahisons et des échecs.
Jusqu'à présent.


***


Année 1994.
Selon le Calendrier Chrétien imposé à toute l'Humanité lors de la Négociation sur l'Eclatement de l'Empire Romain de 1438.


En cette année, moi, Minos Raftius, Homoio Spartiate de sang-pur, suis chargé par le Conseil de l'Apothètes de suivre les naissances des Enfants Spartiates nés en ce mois de Mars.


En ce 15e jours de Mars, le deuxième enfant de Julius et d'Athénia Rémus est né dans la douleur ; la mère a souffert de difficultés, et les sage-femmes sont encore à son chevet. Seul Julius Rémus a accompagné la chair de sa chair à Sparte, Cité-Libre éternelle, durant les huit heures de vol la séparant Londinium, leur lieu de vie.


De sexe féminin, l'enfant a été confié au Conseil de l'Apothètes, chargé de juger de son aptitude à un Spartiate acceptable. Au-dessus du Gouffre des Apothètes, les fils et filles de Sparte sont observés, les mal formés sont jetés et abandonnés aux charognards. Là, l'enfant a été touchée, manipulée, vérifiée et sentie par les membres expérimentés du Conseil.
Devant les yeux terrifiés de Julius Rémus, qui a déjà subi la honte de voir un de ses héritiers être projeté dans le Gouffre, j'ai assisté à la sentence du Conseil. 


L'enfant vivra, et pendant sept années sera confiée à ses parents avant de subir l'Agogé, l'Education Spartiate qui décidera si elle est digne de rejoindre les rangs des Homoio, les Citoyens Libres, ou si elle propulsera sa famille dans la déchéance en devenant une simple Tresante.


En cette année, en ce jour, moi, Minos Raftius, Homoio Spartiate, suis chargé de suivre l'éducation de Maxine Rémus.
En cette année, en ce jour, je deviens son Parrain, et obtiens droit de vie et de mort sur elle. Que ces quelques lignes soient le début de son Journal Spartiate.


***


Année 1995.


En cette année, en ce jour, moi, Minos Raftius, Homoio Spartiate, viens visiter l'éducation donnée par Julius et Athénia Rémus à leur enfant.


Basée à Londinium, Cité soumise à Sparte depuis la conquête de 1845, la Famille Spartiate Rémus a lavé la honte d'un premier enfant indigne en mettant au monde Maxine, dont je suis le Parrain.


Julius Rémus est chargé de la gestion d'un quartier Périèque, où les habitants, qui n'ont pas le statut de réels citoyens spartiates, sont spécialisés dans le commerce. Londinium, par sa proximité avec les Empires Vikings, est une place commerciale importante et appréciée. Julius Rémus est ici un Citoyen puissant, et jugé convenable par les Homoio Spartiates que j'ai rencontrés à mon arrivée.
Athénia Rémus a suivi la voie de l'Education Féminine Spartiate, sans faiblesse mais sans brio. Sportive, saine, elle tient sa maison et participe aux fonctions publiques de son époux et de sa caste par diverses actions auprès des Hilotes, les serfs à la solde de Sparte, qui lui donnent une partie de ses bénéfices et de ses récoltes ; et des Tresantes, les citoyens trop faibles pour finir l'Agogé. Ses réussites sont connues localement, et me permettent de lui faire confiance pour l'éducation de Maxine.


L'enfant correspond aux attentes du Conseil. Vigoureuse, réactive, elle répond aux stimuli que je suis chargés de vérifier pour chaque enfant que je suis dans le cadre de mes fonctions.
Son environnement est adéquat, avec une chambre, quelques jouets, quelques armes inoffensives et une mise en avant constante de la Gloire de Sparte. Les images accrochées aux murs, les programmes suivis par la Famille Rémus sont suffisants, quoique peu originaux au regard de mes autres visites.


Je passe trois jours en compagnie de Maxine et de ses parents.
Le rapport de ces journées n'est guère utile pour le Journal de l'enfant. Il suffit de signaler qu'aucun élément négatif n'a été relevé, et que mes suggestions ont été suivies par la Famille Rémus.


L'enfant pourrait devenir une Spartiate si cette voie est suivie. Que ces quelques lignes achèvent cette année de son Journal Spartiate.


***


Année 1997.


En cette année, en ce jour, moi, Minos Raftius, Homoio Spartiate, ai convoqué Julius et Athénia Rémus afin de vérifier l'éducation donnée à leur enfant, Maxine.


Ma dernière rencontre avec l'enfant dont je suis le Parrain remonte à deux années, et je me dois d'analyser ses avancées afin de jauger ses futures dispositions à l'Agogé. Ce type de convocation est habituel dans le processus d'éducation spartiate, mais les parents ne goûtent que rarement le retour à la Cité-Libre éternelle, spécialement quand ils vivent longtemps éloignés de sa Gloire.


La Famille Rémus, installée à Londinium, a perdu la discipline spartiate au regard de mes observations actuelles. Si Julius et Athénia ont adopté les manières adéquates lors de ma présence dans leur foyer deux années plus tôt, je découvre aisément qu'ils ne sont plus à l'aise à Sparte.


La force et la puissance des Homoio, qui peuplent en majorité la Cité-Libre, sont devenus inhabituels pour eux. Vivant auprès de castes inférieures, ils ont adopté certains de leurs comportements, ce qui n'est évidemment pas acceptable.
Une discussion franche et brutale a été provoquée lors d'une après-midi où Maxine était laissée à quelques proches de la Famille. Julius et Athénia n'ont pas accepté mes critiques fondées, avant de se morfondre en excuses et en supplications quand leurs justifications inutiles ont cédé devant la réalité de la situation.


Après quelques instants difficiles, la Famille Rémus s'est remise et a accepté de modifier la voie qu'ils suivaient pour retrouver la Gloire dans leur vie quotidienne. Je les place cependant sous surveillance active des autres Homoio Spartiates présents à Londinium, et en qui je peux avoir confiance.


Le bilan concernant Maxine est plus positif.
L'enfant est toujours dynamique et active. Son apprentissage des premières phases du combat est acceptable, et elle semble plus en phase avec l'affrontement qu'avec les autres matières que sont la musique, la politique ou le commerce. Si elle est encore sujette à quelques accès de colère, comme tout enfant de son âge, elle fait preuve d'une détermination qui est digne de son futur statut.


La Famille Rémus quitte Sparte après trois semaines d'intense remise en question et d'analyse ; le résultat est acceptable, et je décide de ne pas avertir la Gérousie, l'assemblée gérant le quotidien politique de la Cité, essentiellement parce que Maxine mérite une enfance stable. Que ces quelques lignes achèvent cette année de son Journal Spartiate.


***


Année 2000.


En cette année, en ce jour, moi, Minos Raftius, Homoio Spartiate, ai supervisé une sortie à l'étranger de Maxine Rémus, dont je suis le Parrain.


 gée de six ans, l'enfant a débuté l'année précédente un processus de socialisation auprès d'autres futurs Spartiates. Quittant temporairement le foyer familial, elle a été invitée à découvrir Athènes, autre Cité-Libre depuis toujours concurrente de Sparte ; de nombreux échanges et dialogues ont constamment lieu entre Spartiates et Athéniens, et des visites de ce genre sont habituelles afin de pacifier nos relations.


A cette occasion, j'ai rendu visite à Athènes et aux représentants spartiates qui y siègent. J'ai ainsi pu observer, de loin, les réactions de Maxine à un autre mode de vie, proche de celui qu'elle connaît mais beaucoup moins strict et glorieux.


Si elle s'adapte aux obligations dues aux invités, Maxine semble ne pas goûter les relations entre les Athéniens et leurs esclaves, ou leurs serfs. Si elle ne dit rien, je sens en elle l'incompréhension quand ses hôtes lui présentent le fonctionnement de cette Cité-Libre, bien trop démocratique et encline au dialogue quand des décisions doivent être prises pour le plus grand nombre par ceux qui en sont dignes.
J'ai dû intervenir auprès des Spartiates accompagnant la sortie quand Maxine et quelques-uns de ses camarades se sont moqués publiquement des quelques bêtises et règles de vie athéniennes. Si j'apprécie les réflexions de l'enfant, celles-ci doivent être formulées au sein de Sparte ; nul besoin de créer un incident diplomatique, alors que nous préparons depuis quelques années déjà l'annexion.


Les quelques démonstrations réalisées par les enfants spartiates ont montré leur supériorité dans le combat devant la faiblesse athénienne, et Maxine a été parmi les meilleures. Son maniement des lames et des tridents surpasse ses homologues athéniens, même si deux autres camarades de son rang l'ont battu ; cependant, ils étaient des garçons, et beaucoup d'autres ont cédé devant elle plus tôt.


A une année de l'Agogé, Maxine est prête. Que ces quelques lignes achèvent cette année de son Journal Spartiate.


***


Année 2001.


En cette année, en ce jour, moi, Minos Raftius, Homoio Spartiate, ai accueilli Maxine au début de l'Agogé.


Obligatoire, collective, organisée au sein de notre Cité-Libre, l'Agogé retire l'enfant à ses parents, et offre à Sparte un Citoyen, un Homoio.
Les pleurs de Julius et Athénia Rémus ne sont rien pour les Spartiates qui viennent récupérer Maxine, qui demeure stoïque devant l'épreuve qui l'attend. Transportée en avion depuis Londinium jusqu'à Sparte, elle est rassemblée avec les autres enfants de sa génération. Dépossédée de tous ses biens, chaque poil et cheveux de son corps rasé, quasiment nue, elle est jetée devant le Conseil des Apothètes, qui délivre le message habituel pour les inciter à survivre en tant que vrais Citoyens.


Pendant treize années, Maxine sera placée avec les garçons et filles de son âge, bénéficiant d'une cape par année, de quelques vêtements et d'une arme blanche ; rien d'autre. Durant toutes ces années, elle devra apprendre la conduite convenant au rang que son Parrain a choisi pour elle, et réussir toutes les épreuves. Sinon, elle sera rabaissée et deviendra une minuscule Tresante, et plongera sa famille dans la honte.


En tant que Parrain, j'ai décidé que Maxine deviendrait une guerrière, une voie noble dans laquelle elle excellera. Ses aptitudes naturelles sont surpassées par sa détermination, et mes multiples surveillances m'ont montré qu'elle avait la capacité de devenir une vraie Soldate.


Si, jadis, nos ancêtres n'acceptaient pas les femmes dans les rangs de l'armée, notre Histoire nous a prouvé leur erreur. Lorsque Sparte a été assimilée par l'Empire Romain, et que nos règles et nos valeurs ont disparu sous la botte de l'envahisseur, nos anciens n'ont guère réagi et ont accepté d'épouser leurs dieux et leurs systèmes.
Cependant, quand l'Empire Romain a subi les Invasions Barbares, et quand les Goths d'Alaric ont attaqué Sparte, les hommes n'ont su défendre réellement notre Cité-Libre. Ce sont les femmes, ulcérées de l'attitude des mâles qui ne méritaient pas le titre de Homoio, qui ont repoussé l'invasion et vaincu l'ennemi. Leur force, leur réussite et leur bravoure ont inspiré la Grèce toute entière, puis les restes de l'Empire Romain. La révolte spartiate a permis aux Romains de ramener les Barbares dans leurs contrées, et l'Empire a longuement continué avant son éclatement définitif.


Tout cela grâce à Sparte, qui a dès cette époque acquis son indépendance de Rome et des Ephores, ces vieillards qui censuraient notre Roi et l'Assemblée. La Cité-Libre a également retrouvé ses anciennes règles et a obtenu le droit de conquérir d'autres terres, comme Londinium ou les Territoires de l'Ouest.
Tout cela grâce aux femmes spartiates, qui ont dès cette époque acquis un statut égal aux hommes.


Maxine fera partie des troupes de choc de la Cité-Libre, celles envoyées au front dans les premières lignes pour terrifier l'adversaire. Ses parents, bien sûr, n'ont pas accepté ma décision, tels les faibles qu'ils sont ; ce n'est que par respect et attachement à l'enfant que je n'ai pas demandé à la Gérousie de les rabaisser au rang de Tresantes, de Citoyens de seconde zone moqués et maltraités par les autres.


Maxine devra se battre, combattre, subir les coups, les injustices. Elle va chercher sa propre pitance, elle sera battue, elle sera la proie de tortures, d'humiliations et d'autres monstruosités qui doivent forger son esprit et son corps. Elle va tuer et être blessée ; mais elle survivra, et deviendra notre fierté. Que ces quelques lignes achèvent cette année de son Journal Spartiate.


***


Année 2014.


En cette année, en ce jour, moi, Maxine Rémus, rédige pour la première fois dans mon Journal Spartiate.


L'Agogé est terminé. Je l'ai débuté enfant, j'en ressors pleine Citoyenne Spartiate, et mieux encore : Soldate.
A mes pieds reposent mon bracelet-bouclier, mon couteau aiguisé, ainsi que le pommeau de ma Lame-Laser et les autres armes qui font mon paquetage. Mon casque, muni d'une technologie de pointe et de capteurs permettant de tout anticiper, trône sur le bureau. Mon armure, souple et ajustée à mes proportions, ne pèse quasiment rien grâce aux avancées scientifiques de ma Cité-Libre, et de ceux qui travaillent pour elle.


Je n'ai guère l'habitude d'écrire, mais mon Parrain m'a indiqué qu'il s'agit là d'une obligation pour tout nouveau Homoio, la caste dont je fais désormais partie. Il m'a accompagné durant toutes les étapes de mon existence, et je ne saurais remettre en question ses ordres et ses leçons. Plus que mes parents, qui n'ont guère assisté au final de l'Agogé, il est le modèle de la vie que je souhaite mener au service de Sparte.


Si d'autres survivants de l'Education Spartiate ont tenu à coucher sur le papier leurs impressions, leurs souvenirs, ce n'est guère mon cas. Ces treize années ont été aussi dures que les autres Cités et peuples le craignent, et seuls des Spartiates véritables peuvent y survivre ou comprendre l'intérêt de ces épreuves. Les blessures, les tortures, les abus et les bassesses que les hommes m'ont fait subir ne sont rien ; chacun a reçu ma juste vengeance, et chacun m'a permis de devenir la guerrière indomptable que je suis maintenant.
Je ne regrette rien - aucun véritable Spartiate ne regrette l'Agogé.


Nous sommes les meilleurs guerriers de l'Humanité. En nous coule le sang des légendes qui ont façonné ce monde, et ont servi notre Liberté et nos Lois. Eurysthénès, Leonidas, Mana, Luala ou encore Héraklès sont nos anciens, et nous leur devons le respect et l'inspiration.
En cela, nos enfants ne peuvent souffrir d'une éducation moyenne. L'Agogé est une épreuve terrible, mais nécessaire pour maintenir notre perfection.


Comme l'a voulu mon Parrain, je suis une Soldate, et me tiens prête pour toute guerre décidée par les miens. De ce fait, je pars demain pour une nouvelle conquête.


Si j'ai mené plusieurs batailles lors des dernières années de l'Agogé, je découvrirai dès demain la guerre spartiate, en compagnie de centaines, de milliers de frères et soeurs dévoués à la même cause : la Gloire de Sparte. L'impatience est telle que tenir ce crayon est difficile, et je sais d'ores et déjà que le sommeil sera difficile à trouver ce soir.


J'ai hâte d'être à demain, car mon Parrain, désormais haut-placé à la Gérousie, m'a permis de participer à une révolution spartiate. Demain, nous partons en guerre, pour conquérir au nom de notre Cité-Libre de nouvelles terres… au-delà de ce monde.


Demain, dix mille Spartiates partiront au combat sur une autre planète, pour affronter des monstres issus des pires cauchemars d'enfant Goth. Le Roi et l'Assemblée ont étudié avec attention les projets proposés par la Gérousie, et ont décidé d'accéder à la requête de l'Invité, celui qui a aidé notre Roi à conquérir Athènes il y a deux ans déjà. 
J'ai eu la chance de participer à cette glorieuse bataille, et j'ai pu, par mes yeux émerveillés, observer notre grand Roi arracher le coeur de ses ennemis, accompagné par le Voyageur, qui le faisait se déplacer plus vite que n'importe qui sur le champ de bataille.


Lord Corlatius, car tel est son nom, est venu chercher le prix de son aide, et les Spartiates ne se déroberont pas.
Face aux Liktalzzz, face aux monstres qui détruisent toute Vie et toute Liberté entre les mondes, nous nous soulèverons et nous les anéantirons. Comme Leonidas aux Thermopyles, comme Mana contre les Goths, ma génération se doit de combattre au nom de l'Humanité toute entière pour ce qui est juste, pour ce qui est bon - pour ce qui est bon pour Sparte.


En cette année 2014, j'ai vingt ans et je clôture mon Journal Spartiate. 2014 sera ma dernière année, j'en suis persuadée : je ne saurais vivre plus longtemps, et je sais que mon crops périra sous les coups des monstres qui nous menacent, et que je m'en vais chasser.
Je ne ressens, à cette idée, qu'une intense fierté et une impatience sans borne.


D'ici moins d'une année, je le sais, je mourrais pour Sparte - pour ses Lois, pour sa Gloire.


Rien d'autre ne saurait me rendre plus heureuse. Rien d'autre ne saurait me rendre plus fière.
Rien d'autre ne serait acceptable pour une Spartiate.

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Le 32e Blackowski - Lord Corlatius 3.2

Publié le par Ben Wawe

Bonsoir à tous,

Après plusieurs semaines d'absence, Lord Corlatius, mon personnage fétiche, revient avec le deuxième épisode de la troisième saison.

Derrière ces mots barbares, un principle "simple" : la saga de Lord Corlatius est organisée sous forme de saisons, comme les séries TV. Chaque saison a un thème, une logique, et toutes font partie d'un grand projet d'ensemble.

Ici, ce projet est la lutte terrible entre Lord Corlatius, un être sans corps, qui "saute" de corps en corps (comme un symbiote) pour combattre les Liktalzzz, ses ennemis. Luttant dans tout le Multiverse, l'ensemble des Terres parallèles, Lord Corlatius peut se téléporter sur tous les mondes, et peut modifier l'apparence de ses hôtes et se doter de quelques pouvoirs pratiques.

Il lui faut bien cela pour affronter les Liktalzzz, une race de monstres terrifiants qui veulent anéantir toute vie... et dont il fut le Roi ! La guerre est désormais déclarée entre Lord Corlatius et les siens, et l'heure est au recrutement !

Bonne lecture à tous !

Le 32e Blackowski

Il n'existe pas qu'une seule Terre - des dizaines, des centaines de mondes parallèles coexistent entre les dimensions dans le Multiverse.

Certains se ressemblent, certains n'ont rien en commun ; certains n'existent plus, certains viennent à peine de faire naître la Vie.

Seuls quelques êtres peuvent voyager entre les dimensions et les visiter.

Les Liktalzzz, un peuple de créatures qui oeuvrent à l'annhiliation de tout être vivant, peuvent glisser de monde en monde quand des fenêtres apparaissent sur leur planète, l'Anté-Monde.

Lord Corlatius, à contrario, lutte contre les Liktalzzz dans chaque dimension, se téléportant à sa guise et changeant d'hôte pour abriter son âme, le seul élément qui lui reste de son premier - celui du Roi des Liktalzzz, qui fut renversé par un coup d'état destructeur.

Jusqu'à présent, Lord Corlatius menait un combat secret contre son peuple, évitant de trouver des alliés par crainte des trahisons et des échecs.

Jusqu'à présent.

***

"Alors, pas trop dur ?"

La question s'accompagne d'un nouveau poids sur son épaule. Lucas relève la tête et offre un sourire fatigué comme première réponse.

"Si… si, quand même. J'imaginais pas ça aussi intense."

Sa voix est lasse, usée. Tous les muscles de son corps hurlent, et même ceux qu'il ne connaissait pas se joignent à ce choeur de douleur.

"Ah, ça… on t'avait prévenu, gamin."

La main tapote son épaule, et c'est douloureux. Une grimace passe sur son visage recouvert de sueur et de poussière, et une quinte de toux emporte ses poumons pendant quelques secondes.

"Tu vas quand même revenir demain ?"

Les regards de ses deux collègues se braquent sur lui alors que le camion redémarre. Ses mains gantées s'accrochent à la poignée, et essayent de tenir le rythme rapide de Frank, qui tient visiblement à finir rapidement leur tournée.

"Ouais… bien sûr. J'suis pas un lâcheur."

Lucas se force à parler un peu plus fort, râclant sa gorge pour en chasser les poussières et les émanations qui l'ont bloqué quelques secondes plus tôt. Ca fait plus de sept heures qu'il a commencé avec ses trois collègues du jour, mais il a l'impression qu'il travaille depuis sept jours entiers. Deux d'entre eux ont la quarantaine, le dernier a la cinquantaine un peu enrobée, mais ils sont plus en forme que lui, qui vient de fêter ses vingt-trois ans ; il n'en peut déjà plus.

"Bien. On verra demain si tu diras encore la même chose !"

Hank rigole de sa blague, et arrache son premier sourire à Igor, qui n'a prononcé qu'une quinzaine de mots jusque-là. Si tous les collègues ont été accueillants avec lui depuis son arrivée, Lucas a trouvé un contact très froid chez son impressionnant camarade, haut de quasiment deux mètres et au visage caché derrière une énorme barbe noire.

Le reste du trajet se fait dans le silence, à peine troublé par les bruits de la circulation et les crissements de pneus. Frank veut rentrer rapidement, pour embrayer sur son second emploi, selon les indiscrétions de Hank ; Frank a plusieurs bouches à nourrir, et son job d'éboueur n'est pas suffisant pour payer les soins de son aîné, toujours trop faible et malade.

Lucas vient de commencer, et il a déjà été informé par ses collègues qu'ils sont trop mal payés pour ce qu'ils font ; après sa première journée de travail, il ne peut que confirmer. Si peu pour donner autant, c'est du vol - mais ils n'ont pas le choix.

Tous les hommes qu'il a croisés sont dans la détresse, financière ou personnelle. Lucas ne sait quasiment rien d'eux, juste les quelques mots échangés entre deux formations par un Hank beaucoup trop bavard.

Quinquagénaire bedonnant, sympathique, il a directement pris en charge le nouveau venu, voulant l'intégrer au mieux en lui décrivant ses nouveaux collègues. Il est devenu beaucoup plus discret quand Lucas, par quelques rares questions entre les efforts physiques, a voulu aborder sa propre histoire ; apparemment, les enfants ne sont pas un sujet à aborder avec lui, qui a dû ravaler quelques larmes avant de se dépêcher d'enchaîner sur la conduite sportive de Frank.

Ils parviennent enfin au centre, laissant le conducteur ranger le véhicule puis le rejoignant pour badger. Lucas range la salopette réglementaire, passe sous le jet gelé de la douche et se change. Il esquisse quelques sourires gênés quand il croise certains de ses collègues, même s'il sent qu'ils veulent le mettre à l'aise.

Comme Hank l'a dit, ils n'ont pas beaucoup de nouveaux camarades - et il n'y en a pas beaucoup qui restent. Ils veulent avoir de nouveaux bras pour les aider à évacuer les ordures des "bonnes gens", qui les considèrent si mal quand ils prennent le temps de les voir ; immédiatement, Lucas se sent intégré, même si tout son corps souffre en silence.

Libéré peu après midi, le jeune homme est tout surpris de se rendre compte que sa journée de travail est déjà terminée. Débutée à des heures indues, pleine de tâches que certains pourraient considérer comme dégradantes, elle le fait se sentir fier de ce qu'il a fait, de ce qu'il a dû faire pour obtenir son salaire.

Alors que Lucas, emmitouflé dans son anorak rouge, ses cheveux châtains mi-longs sans défense face au vent gelé de l'hiver à Chicago, s'avance dans les petites ruelles vides entourant le centre de tri des ordures. Il essaye d'avancer malgré la douleur, et découvre à quelques mètres, sur le trottoir opposé, la silhouette hautement reconnaissable d'Igor.

"Hé, Igor !"

L'occasion est trop belle, et Lucas se hâte de passer la rue pour se rapprocher de son nouveau collègue, qui continue d'avancer sans broncher.

"Hé, Igor ! Igor !"

Un ton plus haut, les mains toujours enfouies au fond des poches de son anorak, il accélère pour arriver à hauteur de son impressionnant camarade. Si grand, si puissant, il en impose avec son long manteau noir qui entoure, étonnamment, toute la masse de ses muscles. Un bonnet gris recouvre son crâne chauve, et sa barbe si abondante protège son visage du vent. Il ne s'arrête toujours pas.

"Igor, c'est moi. C'est Lucas, on…"

Sans qu'il puisse l'anticiper, Lucas est propulsé contre le mur juste à côté de lui. Beaucoup trop rapidement pour qu'il puisse réagir, Igor s'est retourné et l'a plaqué contre les briques rouges qui s'enfoncent dans son anorak, dans son dos. Ses mains gantées le maintiennent à quelques mètres au-dessus du sol.

"Je sais qui tu es."

Le crâne d'Igor se lance, et écrase le front de Lucas. Ce dernier se sent soudainement partir, ne peut plus tenir sur ses jambes, mais l'autre agrippe ses cheveux mi-longs et le traîne sur quelques mètres. Avec une force démesurée, il le propulse dans une arrière-cour sale, puante et surtout discrète.

"Je sais ce que tu veux."

Lucas s'écrase contre des poubelles, vidées quelques heures plus tôt par ses nouveaux collègues. Il étouffe un petit cri de douleur, et sent un goût de fer dans la bouche ; il saigne. Il a dû se mordre la langue.

"Je l'ai su dès que je t'ai vu."

Les pas lourds d'Igor le rapprochent de Lucas, qui ne parvient pas à se relever. La toux emporte à nouveau ses poumons, et il rampe pathétiquement sur le sol pour s'échapper.

"Je pensais que vous aviez compris, maintenant."

L'autre s'empare du couvercle d'une poubelle, et le lance sur Lucas avec précision. L'objet devenu arme s'écrase sur sa tempe, et il s'écroule à nouveau au sol, sonné.

"Je ne reviendrais jamais."

Les lourdes bottes d'Igor l'amènent devant Lucas, qui n'arrive plus à bouger. Tout tourne, les nausées montent et il ne sent plus ses extrémités. Il est soulevé comme une plume par l'autre, qui le ramène à la hauteur de son visage, qui n'affiche aucune expression. Igor demeure aussi froid et distant que durant leur journée de travail.

"Je ne serais pas votre Sauveur."

Sa main droite lâche son col, et recule lentement. Lucas, avec ses yeux mi-clos, anticipe le prochain mouvement et tremble de peur. Il mobilise ses forces pour murmurer quelques mots - pour se sauver.

"On… on veut pas… te ramener… on… je…"

Il bafouille, il cherche ses mots. Les coups, leur violence ont endommagé sa capacité de concentration, mais Lucas se force. Sa vie est en danger.

"J'veux… te… te sauver…"

Igor s'arrête, et le fixe avec ses yeux gris imperturbables. Son bras est toujours reculé, prêt à frapper, mais il a bloqué son geste, comme s'il hésitait encore.

"Je ne veux pas être sauvé. Je ne veux rien de vous. Je veux, et je vais, vivre cette vie comme je l'entends."

Igor soupire, puis relâche Lucas, qui s'écroule sur le sol.

"Remplacez-moi par le 33e. Vous avez tout le matériel pour."

Il se détourne, et se prépare à quitter l'arrière-cour - quitter ce job, quitter cette ville, quitter ce pays. Quitter cet Univers, peut-être. Sa vie d'errance va reprendre, alors qu'il avait trouvé jusque-là un équilibre. Le coeur lourd, il s'apprête à disparaître à nouveau quand son regard grisâtre se pose sur la silhouette rectiligne de Frank, qui l'attend à quelques mètres.

"Frank ?"

Les mains dans les poches de sa veste rembourrée, une casquette de baseball vissée sur son visage rongé par une barbe de quelques jours. Il affiche un sourire stoïque, totalement dérangeant - Frank ne sourit jamais. Ses soucis l'en empêchent toujours.

"Frank ? Ca va ?"

Pas de réaction, mais l'instinct d'Igor s'éveille. Il s'avance encore un peu, d'anciennes et mauvaises sensations revenant en lui.

"Ah. Je vois."

Il s'arrête, et soupire à nouveau. La mort dans l'âme, il enlève lentement ses gants pour libérer ses mains, la morsure du froid rendant la situation encore plus inconfortable.

"Lucas ne mentait donc pas."

Igor craque ses phalanges, puis sa nuque. Ses yeux ne cessent de fixer la silhouette bedonnante devant lui, qui ne réagit toujours pas.

"Qui es-tu ? Le 32e clone de Vance Lightrunner ? Un Chasseur ? Autre chose ?"

Le teint de Frank change soudainement - lentement. Sa peau blanchâtre se teint peu à peu, verdit un peu plus à chaque instant. En quelques secondes, son épiderme est devenu vert, et il continue de sourire de façon insistante.

"Ah, je vois. Un Liktalzzz."

La musculature de Frank augmente. Jusque-là maigre, quasiment rachitique, il prend du muscle chaque seconde et commence à ressembler à la masse d'Igor. Ce dernier n'y attache aucune importance, et enlève calmement son bonnet pour le fourrer dans une poche de son immense manteau.

"Frank est mort ?"

Sa voix est froide, détachée. Il bouge en rythme ses doigts, pour les échauffer et y faire circuler le sang ; avec ce vent, cette température, il ne veut pas de mauvaise sensation.

"Jamaiiiiis vécuuuuu."

La voix est sifflante, les syllabes difficiles. L'état que l'autre souhaite atteindre ne doit pas faciliter la communication humaine.

"Et sa famille ?"

L'autre se contente d'un grognement et de quelques gestes de tête ; Igor se doute de la réponse. Les Liktalzzz sont nombreux, quasiment infinis, et ils ont pu implanter toute une famille afin de le tromper. Il a déjà croisé ce genre de stratégie chez eux, la mise en place de cellules dormantes avec des soldats persuadés de n'être que des humains avant d'être activés au moment de l'attaque.

Fondamentalement, le Frank qu'il a connu n'a certainement jamais su quel monstre il était réellement ; cela ne le console pas.

"Pourquoi moi ?"

La question est, il le sait, rhétorique. Celui qui fut Frank ne peut plus parler, ses cordes vocales ont disparu dans la transformation. Haut de plus de deux mètres, désormais, il bénéficie de quatre bras, de jambes plus massives et d'une bouche énorme, remplie de dents pointues. A moitié debout, à moitié à quatre pattes, il est prêt à charger pour réaliser sa mission : vaincre Igor, et lui arracher sa puissance de son corps encore chaud.

La bête, définitivement inhumaine, fonce comme un taureau. Igor agite ses mains devant lui, et fronce les sourcils en essayant d'enchaîner les gestes.

Il ne s'est pas exercé depuis plusieurs mois, autant pour éviter qu'on le retrouve que par son rejet fondamental des capacités qui ont été directement implantées dans son esprit dès sa naissance. Idéalement, il a besoin de quelques instants pour retrouver ses sensations, mais la créature ne lui laissera aucun répit ; bien, il a aussi appris à gérer l'urgence.

Le sol sous le Liktalzzz se fissure, et un jet de vapeur brûlant agresse son visage. Un hurlement de douleur s'échappe de sa gueule alors que la créature recule, et se masse le nez et les paupières avec deux de ses mains.

Igor n'a encore jamais vu ce type de Liktalzzz, mais il n'en est pas surpris. Ces monstres viennent d'un autre monde, d'une autre dimension, et ils cherchent basiquement à anéantir tout ce qui vit ; il a déjà été contacté, à de nombreuses reprises, pour lutter contre cette Horde, mais il a toujours refusé. Ce n'est pas son combat.

Le Liktalzzz pousse un cri de rage, et saute au-dessus du cratère, qui libère désormais un peu de lave chaude. Igor n'avait pas anticipé un tel résultat, mais il n'a pas pratiqué depuis longtemps. Ses mouvements ne sont pas aussi fluides qu'avant, et il doit plus se concentrer pour modifier la Symphonie.

Pire : alors qu'il finit sa roulade pour échapper à l'atterrissage brutal de son ennemi, il se rend compte que ce dernier ne cesse de hurler, de beugler.

Le bruit l'empêche de sentir pleinement la Symphonie, et donc de l'influencer. Ses doigts continuent de bouger, comme s'il s'acharnait sur un piano invisible, et la lave change soudainement de direction pour suivre l'avancée du Liktalzzz, qui se relève à peine.

Il n'a plus joué depuis longtemps, mais les réflexes reviennent. La créature semble ne pas comprendre quelles sont ses capacités réelles, et il veut conserver cet avantage. Elle fixe d'un regard stupéfait la lave qui s'approche et se divise pour former un cercle de feu autour du monstre.

Igor recule encore, et fronce les sourcils en abandonnant cette partie de la Symphonie pour s'attaquer à un morceau plus compliqué. Le Liktalzzz prend appui sur ses jambes puissantes, et s'élève à nouveau dans les airs. Une langue terriblement longue s'échappe de sa bouche pour se coller sur les briques rouges de l'immeuble derrière sa cible ; il oriente ainsi sa chute pour foncer directement vers lui.

Le géant chauve grimace, et force ses doigts à aller encore plus vite, à jouer encore mieux. Il doit changer d'accord en cours de route, et il n'a que quelques secondes pour trouver la note idéale.

Avec une légère crispation derrière sa barbe, il voit le Liktalzzz se rapprocher de lui et… s'écraser complètement contre un mur invisible.

La bête est sonnée, et repose sur le sol pour quelques instants. Cessant de jouer, Igor pose sa paume contre le mur invisible, et il le sent vibrer - respirer. Il ne l'avait pas anticipé, mais ça ne le dérange pas.

La créature rouvre les yeux, et se relève grâce à ses multiples bras. Un filet de bave s'échappe de sa gueule béante, et elle se prépare à passer outre le mur invisible que sa cible a érigé pour se protéger.

Igor a anticipé le réveil du monstre, et ses doigts continuent de bouger, de jouer. Il se fixe sur une autre note, un autre pan de la partition, et il s'y fixe plus rapidement. Aucun sourire ne s'affiche sur son visage, mais il sent un certain contentement en lui ; il déteste devoir se forcer à faire ça, mais jouer demeure depuis toujours un vrai plaisir.

Le Liktalzzz se précipite en avant après avoir trouvé une faille au mur. Sautant au-dessus d'une rivière de lave qui l'avait suivie, il envisage déjà le massacre de sa victime.

Cependant, à quelques mètres à peine d'Igor, les habits encore humains de celui qui fut Frank s'enflamment soudainement. Ils sont d'un tissu classique, anonyme, mais les règles de l'Univers ont changé : dans cette arrière-cour, dans cette ville, sur cette Terre, la Réalité a décidé que ce type de vêtement était inflammable au contact de l'oxygène. Et le Liktalzzz devient une véritable torche.

Un hurlement de douleur et de rage s'échappe de sa gorge, mais la créature continue d'avancer. Malgré la souffrance, malgré les flammes, elle s'acharne, quasiment sur sa cible. Igor ne s'alarme pas.

Le Liktalzzz est sur le point de l'agripper, mais un sifflement aigu se fait soudainement entendre. La bête n'a ni le temps de s'en occuper, ni l'occasion de blesser Igor.

Une charge de plusieurs tonnes s'écroule sur lui, et le plaque au sol dans un bruit sec et terrifiant.

Dans cette arrière-cour, dans cette ville, sur cette Terre, un nuage a soudainement pris forme solide et s'est vu doté d'un poids insupportable. Le dos du Liktalzzz est brisé, tout comme son crâne ouvert en son milieu.

C'est fini.

A peine fatigué, Igor lui fait face. Calme. Vainqueur. Attristé de devoir, encore une fois, en arriver là.

"Je suis Igor Blackowski."

Sa voix est lourde, autoritaire. Debout, devant le corps immobile et mourant de la créature, il plante ses mains dans les poches de son immense manteau pour les réchauffer.

"Le 32e Igor Blackowski."

Il secoue la tête en voyant le sang verdâtre couler de son crâne brisé. Que de drame, que de peine… et un ennemi qui ne sait même pas qui il affronte, sans quoi il se serait mieux défendu. Dans ses derniers moments, il mérite de connaître au moins l'identité de son meurtrier - et lui doit se rappeler, à haute voix, qui il est. Pour y échapper, une fois de plus.

"Igor Blackowski a été cloné 31 fois, et je suis le dernier en date. Je viens d'un monde qui n'est pas celui-ci, où le clonage est le seul mode de survie de l'espèce."

Avec sa botte, il touche le bras du Liktalzzz, las. Il espérait échapper à ce genre de péripétie, et il avait cru avoir trouvé une issue ici ; il se trompait.

"Igor Blackowski a été le Sauveur de mon monde. C'était un Musicien de l'Univers, et mon esprit a été violé dès mon enfance pour y installer, de force, ses connaissances. Sans me demander mon avis, sans s'en soucier."

Il s'accroupit, et pousse un long soupir. Ses yeux gris sont tristes, alors que la respiration du monstre se fait de plus en plus lente.

"Tu n'en savais rien, hein ? On t'a envoyé me surveiller, me guetter, en attendant le moment où je ferais une erreur. Et c'est lui le responsable."

Un regard rapide vers Lucas, qui bouge à peine. Lui aussi aura bientôt son compte.

"Sais-tu ce qu'est la Musique de l'Univers ? Nous l'appelons ainsi, mais… pour toi, pour ce monde, c'est la magie. Et les arts magiques, ce sont tout simplement les cheatcodes de l'Univers."

Les doigts de sa main droite bougent à nouveau, jouant avec facilité pour trouver la bonne note à activer. Autour du corps immobile du Liktalzzz, des fleurs jaillissent et entourent la silhouette entière.

"L'Univers est une Symphonie… immense, complexe, incompréhensible. Sauf pour moi - sauf pour le 1er Igor. Il a compris, je ne sais comment, que l'Univers n'est qu'une musique, et que chaque note interagit sur notre environnement. La gravité nous maintient au sol, parce qu'une note est jouée par la Symphonie pour ça. Mais si on change les notes… si on influence la Symphonie… alors l'Univers bouge, alors la Réalité change."

Plus brutalement, il frappe le visage de la bête. Son cou craque, mais le cadavre tout entier est absorbé par le sol, qui l'aspire en quelques secondes. Les doigts d'Igor cessent de jouer quand le cratère et la lave disparaissent également, ne laissant aucune trace de cette rapide mais terrible bataille.

Il se détourne de l'arrière-cour désormais vide, et se prépare à se charger de Lucas, la mort dans l'âme. Igor a déjà tué, beaucoup, pour éviter les Chasseurs de son monde, qui cherchent à le ramener contre son gré sur une Terre parallèle pour qu'il accomplisse son destin - et suive une existence dont il ne veut pas.

Il espérait être tranquille, avoir définitivement couvert ses traces, mais la présence du jeune homme lui prouve qu'il a malheureusement tort.

Cependant, alors qu'il s'attend à découvrir un corps toujours immobile et blessé de sa future victime, il voit devant lui un jeune homme debout, apparemment sans aucun dommage et sans aucune marque sur lui.

"Derrière toi."

Lucas, d'une voix étonnamment calme et posée, prend le premier la parole et, d'un geste du visage, montre quelque chose derrière Igor.

"Mais…"

Il hésite, troublé. Il n'a pas souvent été surpris, mais c'est une des rares et mauvaises exceptions.

"Derrière toi, Igor. Tu devrais vraiment regarder derrière toi."

Par réflexe, il commence à rechercher la note lui ayant permis de créer un mur organique invisible, mais il jette quand même un regard derrière lui - et il se fixe.

Derrière lui, tous les éboueurs qu'il connaît… Hank, José, Max, Louisa, Andrew et tous les autres sont rassemblés. Bloquant la sortie de l'arrière-cour. Se transformant peu à peu en monstres - en Liktalzzz.

"Non…"

Le choc est rude, la découverte terrible. L'esprit d'Igor a dû apprendre à traiter rapidement les informations pour survivre, et il comprend immédiatement que tous ses proches, tous ceux qui l'entourent sur cette Terre ne sont que des imposteurs - des faux.

"Je sais, mais tu devais savoir. La découverte que j'ai faite, leur présence ici, a dicté ma venue - mais la décision n'a pas été aisée à prendre."

La voix change : elle devient plus forte, plus sûre ; le vocabulaire se fait plus châtié, la tenue plus grande.

"J'ai cru… j'ai cru que tu étais l'un des leurs."

Igor ferme les yeux, alors que les nouveaux Liktalzzz terminent leur transformation. Il n'a pas besoin de se retourner pour connaître la réelle identité de Lucas : il connaît celui qui possède ce corps depuis longtemps - trop longtemps.

"Non. Ils ne connaissent pas ta localisation, et ils ont cessé les recherches. Des sujets plus graves les accaparent."

Dans son esprit, les immenses tours vitrées de la Nouvelle-Camelot reviennent. Les souvenirs de sa vie passée, des monstrueuses attentes portées en lui, du destin qui lui était offert - il a tout abandonné, par besoin de liberté.

Pour échapper à une société usée et corrompue, où tous les membres sont stérilisés et issus d'un matériel génétique "pur", celui d'une génération "dorée" qui a apporté la paix mais créé l'enfer. La dictature. L'Anti-Vie.

"Les Liktalzzz les menacent, Igor. Leurs défenses vont céder."

Ses amis, ses proches… Laïa… il a été conçu pour les aimer, et il n'a jamais pu savoir si son attachement à eux, ses goûts ou ses choix étaient les siens, ou ceux que les trente précédents avaient déjà faits. Insupportable.

"Est-ce que… est-ce que toute cette planète…"

Sa voix est faible, chevrotante. Devant lui, une trentaine de Liktalzzz commence à s'approcher ; derrière lui, un vortex rougeâtre de téléportation apparaît et délivre une longue lame médiévale à celui qui fut Lucas. Au cas où.

"Oui, depuis longtemps. Il s'agissait d'un piège pour nous, Igor… pour les Voyageurs. Six milliards d'humains assassinés, remplacés par six milliards d'agents dormants Liktalzzz, persuadés d'être des Hommes avant d'être activés."

Igor sent la présence de l'autre à côté de lui ; il rouvre les yeux, et a l'impression d'avoir pris dix ans en dix minutes.

"La Nouvelle-Camelot…"

Sa voix n'est qu'un souffle.

"... tombera si personne ne la défend. Les Liktalzzz intègrent autant d'êtres qu'ils en tuent, maintenant. Leur nombre ne cesse de monter, et je ne peux plus les affronter seul. Une armée se constitue, Igor. La guerre a fait couler les premiers sangs."

Blackowski soupire, et se tourne vers son interlocuteur. Lord Corlatius n'a ni son chapeau, ni son imperméable, mais son visage se modifie déjà. Ses pouvoirs lui permettent de se téléporter entre les mondes et sur toute la planète, mais aussi d'adapter l'apparence des corps qu'il possède. Troublant au début.

"Nous devons quitter cette planète."

Il cherche dans sa poche, et en tire son bonnet qu'il place sur son crâne.

"Nous ?"

Discrètement, Igor bouge les doigts de sa main gauche, à un rythme bien plus effréné et nerveux qu'auparavant. Les Liktalzzz hésitent : leur esprit de ruche leur a appris le sort de leur prédécesseur, et tous craignent le nouveau venu.

"Tu as enfin ta guerre. Tu constitues ton armée. Mon monde est menacé. Et ton peuple m'a piégé ici."

Son regard gris se pose dans les yeux sombres de Lord Corlatius, qui demeure stoïque alors que les monstres ne sont plus qu'à quelques pas.

"Ta guerre ne me laisse pas de choix. Allons anéantir les tiens, et damner définitivement ton âme. Maintenant, partons : cette planète n'est plus sûre."

Lord Corlatius accepte, sans prononcer un seul mot. Derrière eux, un vortex de téléportation s'ouvre, leur permettant d'échapper à la foule des Liktalzzz qui ont réagi trop tard.

Lord Corlatius et Igor Blackowski disparaissent définitivement de ce monde - qui sera frappé deux heures plus tard par la Lune. Apparemment, dans cette réalité, dans cette galaxie, dans cet espace, la Lune est sortie soudainement de son orbite pour impacter la planète.

La Terre n'est plus.

La Symphonie de cet Univers perd alors une de ses parties - mais le morceau continue.

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Je ne suis pas mort

Publié le par Ben Wawe

Bonsoir à tous.

Un billet court, pour publier une nouvelle histoire courte. Le titre est un cri du coeur, suite à un passage à vide, et le contenu est, j'espère, conforme à mon style : direct, simple, en forme d'hommage au classique.

Bonne lecture !

Je ne suis pas mort

Je ne suis pas mort.

Le 4x4 Chevrolet Blaker frôle de près le vide, mais le chauffeur se reprend et le ramène au milieu de la minuscule route montagneuse. Les phares éclairent à peine le chemin de terre, et je sens que le véhicule tangue beaucoup trop. La faute à la demi-douzaine de bouteilles de bière bon marché qui trône aux pieds de mes deux chauffeurs.

Ces derniers sont saoul, mais semblent pouvoir encore tenir le volant et rester éveillés. Ils parlent d’une voix fatiguée, le regard figé sur la route et les mains crispées. L’atmosphère est lourde, âpre, et ma gorge est agressée par les relents d’alcool et de tabac. Tony et Eddie préfèrent fumer les fenêtres fermées, et ils sont suffisamment fatigués pour se construire un joli cancer en enchaînant les cigarettes.

Le 4x4 passe dans un nid de poule, et je ressens le choc dans mes fesses. J’ai envie de bouger pour me masser, j’ai envie de retirer les cheveux qui gênent ma vue. J’ai envie de me lever un peu et de demander une pause pipi.

Mais le bâillon dans ma bouche et les liens de plastique qui enserrent mes chevilles et mes poignets m’en empêchent.

***

Je ne suis pas mort.

Tony réveille Eddie qui vient de s’assoupir, quelques secondes avant un choc définitif contre la paroi rocheuse. Un rire gras s’échappe de leurs gorges, rapidement éteint par de longues gorgées de bière. Deux nouvelles bouteilles rejoignent rapidement leurs grandes soeurs, alors que l’accélérateur est enfoncé ; le 4x4 rugit à nouveau. Nous accélérons.

Ils m’ont enlevé il y a deux heures. Ils sont arrivés sans prévenir, alors que j’étais en train de me raser dans ma salle de bain ; je crois que j’ai encore un peu de mousse à raser sur la joue, et mon caleçon est à l’envers. Eddie m’a forcé à m’habiller à la hâte, son arme sur la tempe. Tony vérifiait à l’extérieur qu’aucun de mes voisins n’ait eu la très mauvaise idée de sortir les poubelles ou son chien pendant que j’étais propulsé à l’arrière du véhicule.

Hélas, personne n’a été là pour m’aider, pour appeler les autorités. J’ai été enlevé, et j’essaye de me persuader que tout ça n’est qu’un leurre, un grossier montage pour me faire parler et avouer où se trouve la mallette que je n’ai pas livrée à temps.

Mais leurs gestes naturels, la banalité de leurs actes et une destination à l’écart… je sais ce que ça veut dire. Ils ne veulent pas me faire parler - ils ne veulent plus que je parle.

***

Je ne suis pas mort.

Eddie a allumé la radio et tous deux lâchent quelques commentaires lourds sur les informations. S’ils sont intéressés par les résultats des sports, et les défaites à répétition de leur équipe de football préférée, ils sont bien sûr silencieux sur le résultat des négociations au Moyen-Orient ou sur une mystérieuse explosion dans un centre militaire dans l’Etat voisin… de vrais débiles.

Je ne suis même pas sûr qu’ils savent ce qu’il y a dans la mallette que j’ai cachée à leur patron, mais je ne suis même pas sûr que ça les intéresse. Ce sont des brutes typiques, engagées par des gens peu fréquentables avec qui j’ai eu la bêtise de fricoter. Je sais que j’aurais dû jouer franc-jeu, mais la tentation de gagner plus était trop grande… je suis devenu gourmand, et j’apprends là que la Monroe-Suzuki-Terrier-Etouhaa-Ramenberg Corporation ne l’accepte pas.

Maintenant, je suis prêt à jouer le jeu, à suivre les règles et à rendre la mallette pour obtenir les deux cent mille dollars qu’on m’a promis. Je suis prêt à tout oublier, à tout rendre si on me laisse partir, même en haut de cette fichue montagne.

Mais voir Tony charger son arme, et vérifier celle d’Eddie, puis préparer des silencieux et un grand sac pouvant contenir un corps me fait comprendre que c’est trop tard. J’ai déconné.

***

Je ne suis pas mort.

Eddie m’a sorti du 4x4 et jeté sur le sol sale et aride. Je ne sais pas bien où je suis, et la nuit est si sombre que je ne repère rien. Tony m’a arraché mon bâillon, mais la douleur sur mes lèvres est trop forte : parler m’est impossible. Je baisse les yeux, incapable de les regarder en face ; l’odeur de mon urine se mêle à une puanteur âpre tout en haut de la montagne.

Tous deux discutent du futur match des Hawks, en installant les silencieux sur leurs armes. J’essaye de baragouiner quelques mots, de les supplier, de leur dire où j’ai caché la mallette, mais ça ne les intéresse pas. Je glisse un regard vers eux, moi qui suis à genoux à quelques mètres, et ils ne me regardent même pas. Je ne suis pas vraiment là pour eux, même pas un homme digne de leur attention et de leur écoute.

Je pleure, je rampe, j’essaye d’avancer et d’attraper leur regard. Je veux les forcer à me voir, les forcer à voir en moi un foutu être humain… je sais que ça ne sert à rien face à deux psychopathes comme eux, mais je ne veux pas mourir comme ça. Pas sans me battre.

Mais Eddie et Tony finissent par s’accorder sur un pari pour le match de la semaine prochaine, et se serrent la main en signe d’accord. Ils se tournent vers moi, et appuient sur la gâchette.

***

Je ne suis pas mort.

Je suis en train de mourir.

Je sens la vie quitter mon corps, et c’est la seule chose que je crois sentir encore. Le choc des deux balles m’a propulsé en arrière, mais je n’ai presque plus de douleur, ni de sensation.

Je suis allongé sur le sol, entre les cailloux. Du sang coule de ma poitrine, et je me mets à tousser sans comprendre pourquoi. Ma respiration devient plus difficile à chaque instant, et ma vue se brouille. Je tremble… j’ai peur.

Je suis en train de mourir. Je ne peux rien faire.

Je vois Eddie et Tony s’approcher, ils discutent encore mais je n’entends plus rien. Ils me regardent enfin, s’intéressent finalement à moi… pour se débarrasser de moi.

C’est terminé. J’ai déconné, et j’espère juste que ce sera rapide. Que toutes les sensations vont finir par disparaître, que je ne tousserai plus - que je ne souffrirai plus.

Et ça fonctionne. Eddie s’accroupit, et je n’ai plus que la vue maintenant. Tout le reste a disparu, et je sens une sorte de paix s’emparer de moi.

Je vais bien. Je vais aller mieux… il suffit juste que la vue disparaisse. Que tout disparaisse. Que la faim disparaisse.

Eddie se penche vers moi pour écouter ma respiration, et vérifier que je suis mort. Sans comprendre, je propulse ma tête en avant et arrache son oreille.

Le cartilage craque sous mes dents, le sang coule entre mes dents et dans ma gorge, la chair est brisée par ma machoire. Un hurlement de douleur et d’épouvante s’échappe d’Eddie, qui essaye de se dégager, mais j’ai réussi à briser mes liens sans savoir comment.

Lentement, je me relève et m’approche d’eux. Eddie essaye de ramper vers Tony, et Tony essaye de se défendre en me tirant dessus. Une, deux, trois, quatre balles sont expulsées de son arme vers moi.

Je les prends toutes - je continue d’avancer.

Je ne sais pas ce qu’il se passe, je ne sais pas ce que j’ai, mais j’ai une demi-douzaine de balles dans le corps et je continue d’avancer. Mon esprit se trouble, penser… penser devient difficile, et penser devient accessoire.

Un pas après l’autre, même si c’est difficile. Les mains en avant, la bouche ouverte. J’avance. Je ne pense plus - je ne comprends plus. Je dois juste avancer, vers eux… vers leur chair.

Un enlèvement. Six balles. Une exécution.

Mais je suis debout - sans comprendre pourquoi, sans vouloir comprendre pourquoi.

J’ai été assassiné.

Mais je ne suis pas mort.

Et j’ai faim.

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The Sentry - La bibliothèque de Ben Wawe

Publié le par Ben Wawe

 

Nom : The Sentry #1-5 (et one-shots avec Spider-Man, Hulk, Fantastic Four et X-Men).

Année de publication : 2000 en VO.

Editeur : Marvel Comics en VO, Panini en VF.

Auteurs : Paul Jenkins, Jae Lee, Rick Veitch.

Pitch : Robert "Bob" Reynolds est un quadragénaire bedonnant, timide, qui ne supporte pas la foule et avec un problème d'alcool. Il reste avec sa femme parce qu'ils sont ensemble depuis longtemps, mais la lassitude et les non-dits ont rongé peu à peu leur couple.
Cependant, un soir de cette vie morne et banale, Bob se réveille - et commence à se souvenir. Il retrouve une bouteille cachée dans un vieux livre, et retrouve peu à peu ses sensations... ses souvenirs. Void, la quintessence du Mal, est de retour : il faut agir.
Sa femme ne le croit pas. Ses anciens amis ne le croient pas. Le monde l'a oublié, mais Void est de retour - et Bob est, malgré tout, Sentry. Le seul espoir de l'Humanité. Il doit juste les convaincre, s'en convaincre, et savoir pourquoi tout le monde l'a oublié.

Mon avis : A la fin des années 1990, Paul Jenkins et Rich Veitch imaginent l'idée d'un personnage iconique chez Marvel, un Gardien, une Sentinelle importante et extraordinaire, surveillant le monde et l'Humanité du haut d'une tour imposante. Il fallait également intégrer le personnage dans toute l'Histoire de Marvel, avec un événement cataclysmique qui aurait fait oublier son existence à tous les autres.
En 2000, Paul Jenkins propose cette idée à Joe Quesada, qui publie finalement l'histoire au sein du label Marvel Knights, alors un fantastique laboratoire d'idées et d'histoires au sein de l'univers Marvel (ah, Black Panther par Priest, Inhumans par Jenkins et Jae Lee...).

A l'heure actuelle, Sentry est essentiellement connu pour son passage au sein de la série New Avengers puis Dark Avengers de Brian Michael Bendis, qui l'a utilisé dès le début de son run sur la franchise. A titre personnel, je n'ai pas adhéré à son utilisation du personnage, car il n'a à mon avis pas compris le concept et la portée de ce dernier.

The Sentry de Jenkins, Veitch et Lee répond à une question simple : "que se passerait-il si Superman avait été créé par Stan Lee chez Marvel ?"
Cela soulève plusieurs questions fondamentales, que cette sublime mini-série et les one-shots affiliés (Sentry avec Spider-Man, Fantastic Four, Hulk et les premiers X-Men) répond avec un rythme lent mais très étudié.

Jenkins s'amuse à jouer avec le lecteur, en révélant peu à peu des informations vitales sur son personnage. Jouant d'abord avec le staff Marvel sur l'origine de Sentry (la mini-série a été accompagnée d'un buzz monté de toutes pièces, selon lequel le personnage avait été créé et esquissé par Stan Lee avant d'être mis au placard), il fait faire ensuite à ce dernier le tour complet de l'univers Marvel.
Avec le principe simple de la quête de vérité, de souvenirs et le rassemblement de héros face à Void, Sentry cherche fondamentalement qui il est, et ce qui a pu lui arriver. Lui, l'ancien meilleur ami de Reed Richards ; lui, qui a pacifié Hulk ; lui, qui a appris à Warren Worthington à prendre confiance ; lui, qui a fait de Peter Parker un homme riche et sûr de lui. Comment a-t-on pu l'oublier ? Comment a-t-on pu le trahir, lui qui se souvient uniquement d'un enterrement simulé honteux, où Mr Fantastic le traînait dans la boue ?

Avec peu de révélations, une ambiance de fin du monde, magnifiée par les dessins sombres et torturés de Jae Lee (qui a atteint son apogée avec cette histoire et Inhumans), Paul Jenkins se souvient du concept initial et livre la plus belle réponse à cette question.
Que se passerait-il si Stan Lee avait créé un Superman Marvel ? Il aurait été surpuissant, il aurait été exceptionnel, il aurait été merveilleux, il aurait été bon... mais son ennemi serait plus intime que jamais, sa faiblesse aurait été plus intérieure que jamais.

Finalement, tous les personnages iconiques de Marvel créés par Stan Lee ont pour la majorité des points communs, qui ont fait le "style" Marvel.
En premier, leur ennemi principal est lié à eux personnellement, ils ont été proches mais se détestent maintenant. Magneto est un mutant comme les X-Men, et il a été ami avec leur mentor ; le général Ross est le père de l'amour de Bruce Banner, et il a chapeauté l'expérience qui l'a transformé ; le Docteur Fatalis était un compagnon de fac de Reed Richards.
En second, ils ont tous une faiblesse intérieure, qui vient d'eux-mêmes ; et plus ils sont forts, plus leur faiblesse est grande. Les Fantastic Four ne se supportent pas ; Bruce Banner ne peut contrôler Hulk ; Spider-Man porte sa culpabilité comme un sacerdoce.

Ici, Jenkins applique le même schéma à Sentry. Void, son ennemi ultime, est plus que personnel : il est sa faiblesse, son côté obscur, la face cachée. Si le Chevalier du Bien est le plus grand, le meilleur, le plus exceptionnel, alors son ennemi est le Mal le plus absolu.
La révélation finale, apocalyptique, permet de comprendre toutes les révélations disséminées jusque-là. Oui, Sentry EST Void, et c'est parce qu'il est aussi horrible, aussi invincible, aussi cauchemardesque que Sentry se doit de l'arrêter - il doit s'arrêter lui-même.

Sentry, le plus grand des héros, se sacrifie et accepte de retourner à une existence vide, morne et banale pour le bien du plus grand nombre. Alors que tout échoue autour de lui, il choisit une fuite, une fuite programmée qui permet d'endormir Void, et de faire disparaître Sentry.

Déchirante, cette fin est à mon sens un véritable hommage au concept de Superman et de Marvel des années 60. Jenkins a parfaitement saisi le principe du personnage de Superman, le plus noble et le plus grand de tous ; là, plongé dans un univers plus sombre, plus torturé, où il est lui-même le monstre qu'il doit stopper, et qu'il stoppe en abandonnant tout.

Histoire forte, puissante, complétée par une série de one-shots permettant de montrer toute la noblesse du personnage (avec plusieurs dessinateurs, qui offrent de très jolies choses), The Sentry est pour moi un grand souvenir. Offerte par des proches quand je commençais à peine les comics, j'ai dépassé un graphisme qui au début ne m'a pas convaincu (mais que j'adore désormais) pour me plonger pleinement dans une intrigue terrible.

Là, avec cette histoire, Jenkins offre une figure noble et magnifique au monde Marvel, mais qui se sacrifie pour le plus grand nombre et laisse ceux que Sentry a tant aidés à leur misère (Archangel, Spider-Man et Hulk seraient quand même mieux s'ils se souvenaient de Sentry).
C'est beau, tant par le graphique que par la puissance des numéros, c'est fort, c'est percutant et c'est une histoire qui aurait dû être la première et dernière apparition de son héros. Ses autres apparitions, en dehors de tout aspect qualitatif, nuisent à l'impact de ces quelques numéros, et c'est dommage.

Une lecture que je recommande très, très chaudement.

 

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Cellule Spéciale - Lord Corlatius 3.1

Publié le par Ben Wawe

Bonsoir à tous !

Je reviens après un peu d'absence, en premier pour annoncer le nouveau design du blog, et en second pour publier le premier épisode de la troisième saison de Lord Corlatius !

Pour plus d'informations sur mon personnage fétiche et l'évolution de la série, voici où se diriger : LIEN.

En résumé, Lord Corlatius mène une lutte contre les Liktalzzz, un peuple de cauchemar qui se déplace entre les dimensions dont il fut le Roi. Après plusieurs échauffourées, Lord Corlatius a décidé de rompre un étonnant Pacte qu'il avait jadis passé avec ses ennemis et lance, enfin, la guerre tant attendue – mais il a besoin d'alliés pour ça !

La suite ici, et maintenant ! Bonne lecture !

Cellule Spéciale

25 janvier 2014

Le son strident du sifflet lui glace le sang. Ses poumons cherchent une oxygène refusée par une course effrénée. Les marches sont avalées quatre à quatre, mais le bruit sourd de la fermeture des portes se fait entendre. Le train est sur le point de partir, et les agents sur le quai s'en détournent déjà vers la salle de pause.

Claude ne peut pas rater ce train – ce départ pour ce déplacement professionnel est trop important pour sa carrière. Claude se précipite vers la dernière ouverture, propulsant par désespoir sa valise en avant. Soudain écrasé par le choc contre la porte métallique, son bagage la bloque sous un concert de vociférations d'agents SNCF.

Alors que les contrôleurs à l'intérieur s'approchent du wagon qui retarde le départ, alors que leurs collègues sur le quai arrivent en hurlant, Claude saute à l'intérieur du train ; le tissu de sa veste est coupé par la porte, qui se referme finalement après une hésitation.

Claude soupire. Il faudra expliquer, il faudra s'excuser, il faudra payer, mais... c'est bon. Claude est dans le train, même si la valise est quasiment coupée en deux. Le voyage peut commencer.

***

Michel n'arrive pas à cacher son bâillement. Il sait que c'est interdit devant les passagers, les clients, ceux qui attendent l'arrivée du train pour récupérer leurs proches, mais son service tire à sa fin et il a besoin de son lit. Travailler la nuit est mieux rémunéré, mais c'en devient vite éprouvant – et Amanda le supporte de moins en moins.

Allez, pense-t-il : le train depuis Marseille est le dernier qu'il accueille avant de s'en aller. Il ne devrait rien avoir à gérer, et c'est une bonne nouvelle. Les passagers arrivant après un voyage de nuit sont trop fatigués pour se plaindre ou poser des questions, et se dépêchent de sortir. Et vu que ses collègues n'ont jamais communiqué le moindre problème durant tout le voyage, tout devrait bien se passer.

Michel souffle fort dans son sifflet, formant de grands gestes avec ses bras pour faire reculer les imbéciles qui n'ont toujours pas compris combien il est stupide d'être trop près du vide.

Les freins crissent sur les rails, la terrible machine s'arrête aux endroits prévus. Même si la compagnie est continuellement critiquée pour ses retards, ses tarifs, ses grèves, certains devraient se rappeler que la mécanique et la logistique pour permettre de tels déplacements sont de véritables miracles. Lui-même l'oublie parfois, après trois décennies dans son uniforme grisâtre.

Lentement, il s'approche d'un wagon de première classe, alors que les hauts-parleurs déversent leurs messages vocaux d'accueil classiques. La porte s'ouvre, et Michel imagine déjà les visages blasés de ceux qui ont pu dépenser un peu plus pour se cotoyer.

Cependant, alors que le battant métallique se déplace lentement, aucune foule de passagers fatigués ne s'échappe du wagon. Un compartiment vide accueille Michel, qui reste immobile pendant quelques secondes, surpris.

Ce n'est qu'au moment où il décide de monter que son regard est attiré par un élément au sol, dans un coin solitaire de la cabine – et il se fige sur place.

C'est un bras... un bras humain.

***

Il a fallu une heure entière pour que les contrôleurs laissent Claude en paix. Il a fallu beaucoup d'explications, d'excuses et de supplications pour que les agents acceptent d'infliger « uniquement » une amende de plusieurs centaines d'euros. Elle a été réglée, directement par la carte de la société, mais ça ne les a pas calmés ; ils ont pu passer leur rancœur sur quelqu'un enfin coupable d'un crime qu'ils savent gérer, et ils ne s'en sont pas privés.

Claude évolue entre les sièges, serrant contre le torse deux bouts de valise sous les regards curieux et énervés de ceux qui ont tout entendu du remue-ménage. Son siège est encore loin, et il lui faut demander de l'aide afin de ranger les deux bouts de sac avant d'enjamber un passager bien trop imposant et fainéant pour faciliter la tâche.

Claude parvient finalement à s'installer, sentant la pression et la colère de tous ceux aux alentours. Un long soupir s'échappe de ses lèvres, alors que ses yeux se posent à l'extérieur ; les contrôleurs ont parlé suffisamment fort, et évoqué bien assez d'éventuels retards à cause de son arrivée impromptue, pour que les autres voyageurs canalisent leur inquiétude et leur lassitude sur la personne à l'origine de tout ça.

Son regard évite les autres, et se fixe sur la lune, déjà si haute et pleine dans un ciel de ténèbres. Claude est usée : la pression, la fatigue, les objectifs, la course, l'agressivité ambiante... c'est beaucoup, et ce sera encore pire quand le voyage ne tournera pas aussi bien que ses chefs l'envisagent. Claude sait très bien que leur offre n'est pas assez bonne pour emporter le marché, et l'annoncer sera terrible – surtout à Dominique et aux enfants. Ils comptent sur son salaire depuis le licenciement de Dom'... quel enfer.

Claude sent un sanglot monter dans sa gorge. Son esprit veut penser à autre chose, s'échapper... la lune est si haute, oui... et elle n'a jamais été aussi troublante.

***

Un tiers des quais de la gare est fermé. Des cordons de sécurité ont été dressés sur des dizaines de mètre. Un quart des effectifs de police de la ville a été mobilisé, et se rapproche vers la zone pour la couper définitivement de la population.

Les agents SNCF ont été évacués, et sont tous interrogés pour les débriefer. Michel est en état de choc, et s'est muré dans le silence après avoir donné l'alerte.

La police lui accorde encore quelques minutes pour se reprendre, mais ça ne durera pas. C'est lui qui est rentré dans le train – c'est lui qui a découvert le charnier. Il doit parler.

Les voyageurs des huit wagons du train reliant Marseille et Paris ont été massacrés. Aucun survivant n'a été trouvé, et les équipes scientifiques se contentent pour le moment de construire un chemin entre les cadavres, les membres arrachés et les fauteuils anéantis. L'attaque s'est révélée être une monstrueuse boucherie, et n'a laissé apparemment aucun survivant.

Le Lieutenant Wagner n'a pas encore osé rentrer, mais il sait que ce moment approche. Il a été nommé « chef d'expédition » par ses supérieurs, trop terrifiés pour le lui annoncer en face, trop lâches pour y aller eux-mêmes.

Il doit en apprendre plus sur le massacre, découvrir des indices et savoir si l'origine de cet acte de terrorisme, comme l'appelleront bientôt les médias, se trouve toujours à bord. Pour le moment, les scientifiques sont protégés par plusieurs gardes armés, mais il va falloir s'enfoncer dans cet enfer – et c'est sur lui que c'est tombé.

« Lieutenant Wagner, un mot avant votre départ. »

Une voix de tonnerre brise le silence environnant derrière lui. Il se retourne et découvre deux silhouettes étranges, irréelles.

« Et vous êtes ? »

Une femme, un homme.

« Cellule Spéciale. Nous prenons en charge l'affaire. »

Elle petite, à la peau extrêmement pâle, aux cheveux courts et blonds comme le blé, quelques tâches de rousseur. Vêtue d'une robe verte inhabituelle pour la saison, avec des ballerines d'argent, elle pourrait être sublime si son visage n'était pas aussi triste et désespéré.

« Quelle cellule spéciale ? Quelle autorité vous avez ? Qu'est-ce que vous me voulez ? »

Jules Wagner est plus agressif que d'habitude, mais cette journée est pire que d'habitude. Ils ne peuvent pas espérer mieux de sa part.

« La Cellule Spéciale. Une autorité supérieure à la vôtre. Nous voulons votre départ immédiat. »

Lui terrible, grand, sombre. Une barbe hirsute, des cheveux touffus, des yeux sombres, l'allure d'un ours à peine humain. Chacun de ces mots est prononcé avec une force qui refuse toute contradiction. Il impressionne, et pousse Jules sans ménagement en se dirigeant vers la porte. Il glisse au passage une carte dans sa poche.

La carte, immédiatement ressortie, n'est qu'un bout de papier noir, avec deux cercles blancs au milieu, dont les bords se touchent au milieu.

Ni plus, ni moins. Wagner ne sait toujours pas qui est ce type qui rentre dans le wagon, sans qu'aucun de ses collègues ne l'en empêche. A ses côtés, la femme sort une tablette inconnue et se met à pianoter dessus comme une possédée.

Il ne sait pas qui ils sont, il ne sait pas ce qu'ils font... mais s'ils sont là pour prendre sa suite, et s'ils veulent visiter le charnier, il n'a aucune envie de se battre. Mieux vaut baisser la tête et jouer au bon soldat qu'insister pour découvrir vraiment cette boucherie. S'ils la veulent, qu'ils la prennent !

***

« Jay ? »

La voix de Chloé résonne dans son oreillette. Ses chaussures l'avancent lourdement au milieu des cadavres et des membres tranchés. Ni cette vision, ni l'odeur ne le troublent alors qu'il visite déjà le deuxième wagon du train.

« Mission en cours. »

Il n'aime pas parler – cette manie lui est passée, en fait. Il s'est rendu compte que les mots sont bien trop précieux pour être gâchés dans des palabres inutiles, même si ce fut jadis son plus grand toc. Beaucoup de choses ont changé depuis ses longues diatribes.

« La source doit être dans la prochaine rame. La tablette est en train de comparer la liste des passagers avec notre base de données, mais ça va prendre quelques minutes encore. »

Il hausse les épaules et passe lentement sa main dans son abondante chevelure.

« Cela te servira pour identifier son cadavre. »

Sans la voir, Jay sait que Chloé serre les dents et fronce les sourcils. Elle ne supporte pas ce genre de réflexion.

« Ce n'est pas ce qui nous a été demandé. »

Ses mains se posent sur la porte coulissante menant au prochain wagon. L'électricité a été coupée, mais quelques mouvements brusques suffisent pour l'ouvrir définitivement.

« C'est ce qui sera. J'entre. »

Marchant dans l'obscurité la plus totale entre les deux rames, il parvient finalement au milieu de nouveaux cadavres, de nouveaux sièges éventrés.

Ses muscles se bandent, ses mains se crispent avant même de sentir la créature. Ses réflexes et son instinct sont bien meilleurs que ses sens – qui ont vu de bien meilleurs jours. Il est loin d'être celui qu'il a été.

« Sors. »

Un feulement animal s'élève à quelques mètres. Le wagon est trop obscur pour qu'il puisse discerner la bête, mais il sait qu'elle est là – c'est pour elle qu'il est venu.

« Tu as massacré des dizaines de passagers innocents. »

Ses pas l'avancent lentement dans la rame, avec des bruits sourds et réguliers.

« Tu n'as pas pu contrôler ta puissance. Ça arrive à chaque première transformation, mais jamais comme ça. »

Son long manteau sombre glisse sur le sol à sa suite. Le feulement s'intensifie, quelques secondes avant que son regard ne capte deux yeux rouges à quelques mètres, le fixant avec des envies de sang.

« Tu as dû subir une émotion brutale... je crois que vous dites stress aujourd'hui. Ta transformation n'était pas prévue aujourd'hui, et n'aurait jamais dû se produire ici. Elle peut se déclencher sous l'effet de la honte, de la colère, de la peur, de la fatigue... tu as vécu une mauvaise journée, je pense. »

« Jay, j'ai trouvé : Claude Dufour, 32 ans, célibataire. Cadre dans une filiale de Bouygues, envoyée en mission pour décrocher un contrat. Elle... a eu une amende de 900 euros hier soir pour avoir endommagé le train. Elle a failli le rater, en fait. »

Il s'arrête à trois mètres de la créature ; il sent son haleine, fétide, à chaque expiration.

« Je la vois. »

Ses yeux se sont habitués à l'obscurité. Il découvre enfin la créature : haute de deux mètres, recouverte d'une épaisse fourrure, avec un crâne déformé par un immense museau et des dents acérées. La transformation en loup-garou est complète.

« Jay, elle est forte – trop forte. Elle ne pourra pas changer avant plusieurs heures, et tu sais que la première fois est la pire. Sa puissance n'a pas d'égale, et toi... toi... »

Chloé ne finit pas sa phrase ; ni elle, ni lui n'en ont besoin, ils savent ce qu'elle n'ose pas dire.

« Je sais. »

Elle a raison : il n'aurait pas le temps de donner le premier coup que Claude l'aurait déjà décapité. La première transformation libère une énorme énergie, incontrôlable et instoppable. Le massacre du train n'a été qu'un simple échauffement.

« Elle est forte – et elle le sait. Elle veut jouer avec moi, et elle veut me dévorer. »

Ses poings se serrent, alors que ses yeux fixent le regard rouge de la bête. Il a déjà souvent affronté des loups-garous, toujours des femmes transformées par des aléas génétiques hérités d'ancêtres maudites. La lune agit comme un déclencheur sur certaines, et l'affaire doit être étouffée.

« Elle me croit faible, et elle n'a pas tort. J'ai perdu tous ceux que j'ai aimés, tous ceux que j'ai créés. Qu'importe le lieu, qu'importe l'époque, j'ai vu ceux et celles que j'avais façonnés pour m'entourer disparaître. Hercule est mort. Amon n'est plus. Thalna m'a oublié. J'ai perdu Mjöllnir. L'Olympe a coulé. »

Ses phalanges craquent quand il rouvre ses paumes. Sa respiration devient plus lourde, alors que la luminosité baisse peu à peu autour d'eux. C'est désormais son travail de l'arrêter – de chasser les monstres, après les avoir créés. Après en avoir été un lui-même.

« J'ai porté les noms de Tinia, de Rê, d'Indra ou de Bhal, et je les ai tous salis. »

La bête s'approche, déploie ses membres pour le frapper.

« Mais, même affaibli, même vieux et usé... »

Le ciel, bien au-dessus d'eux, est soudain sombre et terrifiant.

« Je reste Jupiter. »

Ses yeux deviennent bleus – d'un bleu vif et dangereux.

« Roi des Rois. »

Un bruit de fin du monde, un roulement terrible les entoure, et fait hésiter la créature.

« Maître du Tonnerre. »

Un éclair s'échappe des nuages, descend du ciel et frappe la gare. Il forme un trou terrible dans le toit, et vient s'écrouler entre lui et Claude, avec une puissance jamais vue depuis des années. Le choc les fait tous deux reculer, mais ses yeux fixent toujours la bête.

La créature recule, terrifiée, et se pelotonne contre le mur du wagon. Le feulement est remplacé par des jappements de peur, alors qu'elle n'ose le regarder en face.

« Jay ! C'était quoi, ça ?! »

La voix terrifiée de Chloé tambourine à son oreille.

« Une démonstration. »

La peur a changé de camp, maintenant. C'est agréable.

« Et... et... »

Il se détourne de la bête, et se dirige vers le précédent wagon.

« C'est un animal, un loup : elle se soumet à plus fort qu'elle, comme dans toute meute. Et j'ai apparemment encore assez de puissance pour m'imposer comme le dominant entre nous. La crise est terminée.. »

***

Non loin, Chloé soupire et éteint son micro et son écouteur. Elle range sa tablette devant des policiers médusés, cherchant encore à comprendre ce qu'il vient de se passer. Elle se détourne d'eux, et se dirige vers l'autre bout du quai, les mains dans les poches.

« Sa puissance a faibli, pas son ego. »

Elle n'est pas surprise de découvrir à ses côtés une silhouette bien connue, qui n'était pas en ce monde la seconde d'avant. Un homme mince, de taille moyenne, engoncé dans un imperméable marron, marche avec elle. Son visage anguleux est caché derrière ses lunettes rondes et son chapeau Stetson, mais il est aisé de reconnaître Lord Corlatius, voyageur entre les mondes.

« Le tien non plus. Je ne pensais pas que tu reviendrais ici... ils te cherchent. Les Sphères Unies veulent ta tête pour ce qui est arrivé à Oliver. »

Il esquisse un sourire triste, marchant calmement avec les mains derrière le dos.

« En effet, et ils l'auront quand tout sera terminé. Je viens vous demander de payer la dette que tu as contractée quand je t'ai sauvé de la Chute d'Elonar. »

Elonar – le Royaume des Fées, anéanti par l'Enfant-Fou. Une pluie de souvenirs cauchemardesques s'écroule dans son esprit. Elle soupire, et se crispe en continuant d'avancer.

« Je sais. J'espérais... mais j'ai toujours su que ce jour viendrait. Est-ce si grave ? »

Son visage se tourne, et elle découvre dans ses yeux quelque chose qu'elle croyait impossible. La peur.

« C'est la Guerre. Les armées sont constituées, et tu fais partie de la mienne. Et, que tous les dieux m'en sont témoins, je suis plus que désolé des horreurs que tu vas bientôt vivre, petite Clochette.. »

***

Il n'existe pas qu'une seule Terre – des dizaines, des centaines de mondes parallèles coexistent entre les dimensions dans le Multiverse.

Certains se ressemblent, certains n'ont rien en commun ; certains n'existent plus, certains viennent à peine de faire naître la Vie.

Seuls quelques êtres peuvent voyager entre les dimensions et les visiter.

Les Liktalzzz, un peuple de monstres qui œuvrent à l'annihilation de tout être vivant, peuvent glisser de monde en monde quand des fenêtres de transfert apparaissent sur leur planète, l'Anté-Monde.

Lord Corlatius, à contrario, lutte contre les Liktalzzz dans chaque dimension, se téléportant à sa guise et changeant d'hôte humain pour abriter son âme, le seul élément qui lui reste de son premier corps – celui du Roi des Liktalzzz, renversé par un coup d'état destructeur.

Sur chaque monde, Lord Corlatius, qui a désormais pris le parti de l'Humanité et développé un goût pour les imperméables, les chapeaux et les lunettes rondes, se cherche des alliés, des partenaires dans son conflit.

L'affrontement a désormais pris un nouveau tournant.

Les combattants se préparent, enfilent leurs armures, lustrent leurs boucliers. Les monstres sortent de leurs grottes.

La Guerre est déclarée. Personne n'y réchappera.

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Sortie du recueil de nouvelles Haiyan

Publié le par Ben Wawe

Bonsoir à tous.

 

Il y a quelques temps, je vous avais présenté une initiative qui m'a touché et à laquelle j'ai participé : le recueil de nouvelles Haiyan, du nom du typhon qui a frappé l'Asie du Sud-Est il y a quelques semaines.

 

 

Je vous avais brièvement présenté le projet, avec une vidéo promotionnelle et de plus amples informations sur ce livre (cliquer ici). Le principe du recueil est simple : il contient un grand nombre de textes, très courts (trois pages maximum), ayant pour thème le seul mot "Haiyan", le nom de ce typhon.

Comme indiqué précédemment, cette initiative est caritative : tous les bénéfices générés par la vente seront reversés à la Croix Rouge Française afin d'aider les victimes de la catastrophe.

 

Le recueil Haiyan est édité sur TheBookEdition, un site où un livre n'est édité que s'il est commandé. Ainsi, pour 10 euros, vous pouvez commander ce recueil de nouvelles, et ainsi participer à l'aide apportée aux survivants du typhon (cliquer ici pour aller sur la page de commande).

 

J'ai personnellement participé à cette initiative en fournissant un texte à Arnaud TIERCELIN, l'auteur à l'origine de ce projet.

Je vous encourage à commander ce recueil, pas parce que je serais heureux que vous lisiez ma production, mais tout simplement parce qu'il s'agit d'un moyen simple, finalement peu onéreux et agréable de participer aux dons et donc à l'aide aux sinistrés. Ceux qui ne sont pas habitués, ou ne savent pas forcément comment aider, ont ici l'occasion de se lancer, et d'en profiter en obtenant en contrepartie un joli recueil.

 

N'hésitez pas à partager l'initiative !

A bientôt !

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Lord Corlatius Teasers

Publié le par BenT

Bonjour à tous !

 

Aujourd'hui, deux images-teasers concernant mon personnage fétiche, Lord Corlatius, dont les aventures rythment désormais pour beaucoup les publications du blog.

 

Après avoir achevé la deuxième saison de cette saga (toutes les informations sont disponibles dans Qui est Lord Corlatius ?), je prépare actuellement l'histoire se glissant entre celle-ci et la troisième saison, qui sera axée sur le recrutement des futurs alliés de Lord Corlatius contre son peuple.

 

Cependant, afin de faire patienter mais aussi de donner envie de lire la suite, voici deux images-teasers réalisées par deux très sympathiques et doués auteurs de BD !

 

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Par GAE.

 

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Par Bruce Cherin.

 

Deux visions d'un même principe, Lord Corlatius devant une ville en ruines. Cela augure bien sûr des drames et des destructions, que vous pourrez bientôt lire en 2014 !

 

A bientôt et n'hésitez pas à visiter les blogs de ces deux auteurs très talentueux (liens ci-dessus), ça vaut le détour !

 

Ben Wawe

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Lumière sur Haiyan - 24 auteurs mobilisés pour les Philippines

Publié le par BenT

Bonsoir à tous.

 

Je suis conscient de n'avoir plus donné de nouvelles depuis longtemps, mais des obligations professionnelles et personnelles m'ont tenu éloigné de ce blog. Ceux qui me suivent depuis le début (si, si, je sais qu'il y en a bien encore un ou deux, dans le fond) savent que ces périodes de "pause" sont déjà arrivées, et je suis toujours revenu, et le blog a toujours repris de la vigueur.

 

Cependant, aujourd'hui, je tiens à mettre en avant une initiative extraordinaire : le recueil de nouvelles Haiyan.

 

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Il y a plusieurs semaines, un terrible typhon a frappé l'Asie du Sud Est. Responsable de milliers de morts et de drames, il a durement touché les Philippines, qui sont encore en plein chaos.

 

Afin de récolter des fonds pour aider les populations locales, l'auteur Arnaud Tiercelin a lancé un appel sur Facebook aux auteurs intéressés pour réaliser des nouvelles courtes (trois pages maximum) centrées sur Haiyan. Vingt-quatre ont ainsi répondu et ont réalisé des histoires courtes sur cette tragédie.

Une vidéo-teaser a été réalisée par A. Betsch afin de promouvoir le recueil de nouvelles :

 

Disponible le 8 janvier sur The Book Edition pour le prix de 10 euros (qui reviendront à la Croix Rouge Française en intégralité), le recueil de nouvelles permettra d'apporter une petite pierre à l'aide fondamentale qui doit être apportée aux populations durement touchées.

 

Je rappellerai la sortie du recueil en date et en heure. J'ai collaboré à ce dernier et un de mes textes se trouve parmi les vingt-quatre sélectionnés, mais je pense qu'au-delà même de cet aspect, cette initiative doit être relayée et saluée au vu du sujet.

 

Bonne soirée à tous.

 

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Je me souviens - Nouvelle SF 25/11/2013

Publié le par BenT

Bonsoir à tous.

 

Je reviens vers vous pour proposer une nouvelle de Science-Fiction, toujours dans une veine similaire à mes précédents travaux.

 

Ici, j'ai essayé de m'adonner à un genre difficile (le space-opera, magnifié au cinéma par Star Wars...) et dans un exercice de style que j'ai tenté mais qui peut être un peu lourd. En toute honnêteté, je ne sais pas si j'ai réussi ce défi, si je suis parvenu à raconter une histoire sans lasser le lecteur et sans devenir un peu « chiant ».

 

J'espère que cette lecture vous plaira. A bientôt !

 

Je me souviens

 

Je me souviens de mes huit ans. Ma première image, mon premier souvenir.

Un dîner autour du feu, dans la cabane. Mère, Père, mon grand frère, ma grande sœur. Moi, assise sur les genoux de Alcala, dévorant le quignon de pain d'arbre ; écoutant les contes de Père, qui essaye d'apprendre à Witcho comment devenir un guerrier d'honneur.

Mère n'intervient pas, comme il sied aux femmes. Les flammes du foyer se reflètent dans les yeux d'Alcala, alors qu'elle est suspendue aux histoires de Père. Si Witcho s'imagine en cavalier fantastique, chevauchant les Triuyt pour s'envoler au-dessus des nuages, elle s'envisage en princesse, évidemment sublime.

Je me souviens de la chaleur du feu, de la douceur de ma sœur, de la voix de Père, de l'attention de mon frère et de la dignité de Mère. Je me souviens de cette douceur, pure et inébranlable ; et je me souviens du couvre-feu, qui nous oblige à éteindre les flammes par précipitation, terrorisés comme chaque soir par les éventuelles représailles.

Je me souviens de la paix et de la peur.

 

Je me souviens de mes douze ans. Ma première sortie, mon premier émoi.

L'agression de la lumière sur mes yeux, habitués depuis ma naissance aux ombres réconfortantes de la cabane. Père est à mes côtés, Mère derrière moi, la Communauté assemblée autour de nous. La cérémonie débute, alors que les deux représentants de l'Empereur me fixent sur leurs Chevaux de Feu. Flottant dans l'air, immobiles dans leurs armures blanches éclatantes, ils écoutent les paroles anciennes que Père récite, pour m'offrir à tous.

Ceci est le premier jour de mon existence – dédiée au service de la Communauté d'abord, de l'Empire ensuite. Ceci est le moment où ma fonction ici sera dévoilée ; deux ans plus tôt, Alcala a été nommée aux Livres, à son plus grand désespoir. Malgré sa tristesse, elle est venue assister à ma sortie, et je la remercie en mon fort intérieur. Je lui offrirai mon premier dialogue dès que j'aurais prononcé le monologue rituel.

Je me souviens de ces mots, les premières paroles prononcées depuis ma naissance. Je me souviens de cette peur enfantine, de ce bonheur d'être enfin adulte et acceptée dans le monde ; et je me souviens des vieillards, cachés sous les ombres des cabanes, pleurant en silence la présence des Lieutenants dans une cérémonie qui leur est étrangère.

Je me souviens de la fierté et de la peur.

 

Je me souviens de mes seize ans. Mon premier refus, mon premier déshonneur.

Les doigts gantés sur ma poitrine, ma main qui vole jusqu'au visage du Lieutenant, la haine dans ses yeux. Père et Witcho sont au combat, Mère est enfermée aux Soins, Alcala est à la Capitale. Je suis, depuis des semaines, privée de ma famille, mais entourée par ma Communauté. Je n'éprouve aucune peur depuis le départ des miens, et je ne suis pas non plus terrifiée quand le représentant de l'Empereur va trop loin ; en réalité, je suis enragée.

Il hurle, m'injurie, me menace mais je refuse de céder. La Communauté se rassemble, ses membres s'approchent, prêts à comprendre la situation mais surtout à me défendre. Les Lieutenants ne sont plus autant nombreux qu'avant, depuis que la guerre a été déclarée avec des envahisseurs terrifiants selon les rumeurs. La marque brunâtre de mes doigts sur la joue de ma victime s'intensifie, et attire les questions auxquelles il ne veut pas répondre.

Je me souviens de son annonce d'un procès, de l'hostilité des miens – et de leur inaction. Je me souviens de ma découverte, terrible : même si les représentants de l'Empereur ne sont plus aussi menaçants qu'avant, la longue habitude de la Communauté à accepter chacun de leurs ordres est plus forte que notre sentiment d'appartenance ; et je me souviens de ma terreur d'apprendre que le déshonneur frapperait désormais ma famille.

Je me souviens du déchirement et de la peur.

 

Je me souviens de mes vingt ans. Mon premier prisonnier, ma première rencontre.

L'armure qui écrase ma poitrine et bloque ma respiration, le casque qui irrite mes cheveux pourtant rasés au plus près, la transpiration sous mes doigts et dans les gants trop grands pour eux. Le champ de bataille s'est rapproché de la Communauté, et nous avons été tous armés pour défendre l'Empire et notre mode de vie. Les enfants, les Pères et même les Mères ont été formés au combat, alors que les meilleurs d'entre nous sont au loin ; je n'ai eu aucun mot de Père et de Witcho depuis des mois.

De par mon passé compliqué avec les Lieutenants, et les multiples déshonneurs qui ont été portés sur ma famille, mon rôle a été compliqué à définir. La Communauté m'avait destiné, lors de la cérémonie de sortie, à une fonction aux Soins, mais ils craignent des pulsions vengeresses de ma part contre les soldats blessés. Je me contente d'un poste aux Cellules, où les journées sont mornes et sans intérêt.

Je me souviens de son arrivée, entouré par quatre Lieutenants blessés et énervés. Je me souviens de sa petite taille, de son équipement sombre, du symbole rectangulaire et coloré sur ses épaules, de ses cheveux mi-longs et de la fatigue sur son visage ; et je me souviens de sa peau, si différente de la nôtre, et de son air, qui hurle à ceux qui savent regarder que rien ne pourra jamais le briser.

Je me souviens de la surprise et de la peur.

 

Je me souviens de mes vingt-et-un ans. Mon premier échange, ma première hésitation.

La lenteur des journées, le vide des Cellules, le quotidien morne et usant, la tristesse de la solitude. Il y a une semaine, j'ai été averti que Witcho a été tué au combat, Père, informé de la nouvelle, a mené une contre-attaque vengeresse dès l'heure suivante ; nous ne savons plus rien de lui. La guerre s'enlise, et les Lieutenants présents dans la Communauté ne sont plus que des lâches ou des blessés. Pire encore, Mère ne sortira plus des Soins, l'infection est trop forte, et Alcala ne répond à aucun de mes messages.

Je suis usée et vidée, ne trouvant aucun réconfort dans mes tâches. Depuis un virus qui a touché la majorité des prisonniers, je n'ai plus qu'un seul ennemi à surveiller – celui que rien ne peut anéantir. Mon rôle n'est qu'une illusion, une punition des Lieutenants pour me punir. L'injustice de leurs sentences et de cette guerre me sont chaque jour plus insupportables.

Je me souviens de ses mots, prononcés avec hésitation dans une langue qui n'est pas la sienne. Je me souviens de ses tentatives, régulières, pour attirer mon attention et évoquer avec moi les affres des batailles et de la vie dans les Cellules ; et je me souviens que je l'écoute, malgré mon éducation, malgré ma Communauté... non, je me souviens que je l'écoute à cause de mon éducation, de ma Communauté qui ne m'a jamais soutenue, des miens qui m'ont été arrachés,

Je me souviens de la haine et de la peur.

 

Je me souviens de mes vingt-deux ans. Mon premier meurtre, ma première bataille.

La furie des lasers, les cris des combattants, la chaleur des moteurs, le tremblement de la terre, les battements de cœurs. Le prisonnier est à mes côtés, mais il ne l'est plus depuis une année – depuis que je l'ai sorti des Cellules. Devenus des Révoltés, rassemblant autour de nous d'autres adversaires de l'Empire, nous agissons contre la guerre et les camps, pour protéger les plus faibles et anéantir les monstres.

Le prisonnier est devenu mon mentor et mon amant. Il s'est détourné des siens, comme moi, et il a fait de moi sa femme. J'appartiens désormais à Byzance Constantin, qui m'a formé au combat et me pousse dans les moments difficiles – comme maintenant, quand mes armes s'acharnent sur des Lieutenants et des membres de ma Communauté. Même si je sais que j'agis pour le bien de mon monde, voir ceux et celles qui m'ont découverte lors de la cérémonie de sortie périr sous mes coups est un déchirement.

Je me souviens de leurs râles, de leur peur, de leur résistance. Je me souviens de mes cauchemars, des mains qui tremblent en tenant les armes et en frappant les miens ; et je me souviens de ce que Byzance m'a montré, des horreurs de mon peuple et de l'Empereur.

Je me souviens de la rage et de l'exaltation de faire quelque chose de terrible mais de nécessaire.

 

Je me souviens de mes quarante-huit ans. Je me souviens d'hier.

La douleur dans chacun de mes gestes, la triste absence de mes mains au réveil, la respiration compliquée par la perte d'un poumon. Je suis une vieille femme, rongée par les remords et les souffrances d'une existence indigne.

Il y a vingt-six ans, j'ai vaincu l'Empire avec Byzance. Mon époux a arraché le cœur de l'Empereur après une guerre épique, qui nous a vus combattre dans l'espace, mener des armées dans un Soleil, affronter avec de simples épées lumineuses des cohortes entières. En quelques mois, j'ai vécu des vies de découverte, d'aventure et d'horreur ; et nous l'avons emporté, malheureusement.

Je me souviens de la victoire, de ces moments de plaisir et de satisfaction. Je me souviens de ces instants de flottement, où les miens attendaient un signe, une décision, une direction à suivre ; et je me souviens de Byzance Constantin, qui a alerté ses supérieurs et fait apparaître autour de nous les armes de son camp.

 

Je me souviens de sa trahison, de l'invasion éclaire, facilitée par notre travail de sape. Je me souviens des violences, des assassinats, des tortures ; je me souviens d'Alcata, abusée devant moi pour me faire céder. Je me souviens de leurs œuvres sur mon propre corps, des coups, des chocs et le reste.

Je me souviens de ces étrangers à la peau pâle et rose, si différente de nos corps jaunes et élégants. Je me souviens de cette annexion, de notre Empire remplacé par l'Empire Humain.

 

Je me souviens de mon peuple réduit en esclavage, des coutumes anéanties, des camps de reproduction et des zones de travail forcé, où notre planète est exploitée jusqu'à ce qu'elle cède.

La culpabilité, la douleur, la haine de mes actes et la mort qui se refuse à moi... ces émotions sont miennes, maintenant, elles forment mon âme, ma propre Communauté intérieure.

 

J'ai tout perdu, et j'ai tout fait perdre.

Je m'en souviens, je m'en souviendrai à jamais.

 

Et je ferai payer chèrement à l'Humanité chacun de mes souvenirs.

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Gravity #1-5 - La bibliothèque de Ben Wawe

Publié le par BenT

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/3/3d/Gravity_%28comic_cover_art%29.jpg

 

Nom : Gravity #1-5.

 

Auteurs : Sean McKeever (scénario), Mike Norton (dessin),

 

Année de publication : 2005.

 

Editeur : Marvel Comics.

 

Pitch : Greg Willis est un jeune homme qui monte à New York de son Wisconsin natal pour étudier et essayer de décrocher un diplôme. Cependant, en plus de ses projets universitaires, Greg veut accomplir son rêve et devenir un super-héros ! Il y a peu, lors d'une sortie en mer, Greg a obtenu des pouvoirs lui permettant de manipuler la gravité, et il est bien décidé à faire partie des protecteurs de New York !

Cependant, l'apprentissage du métier sera difficile, entre l'adaptation à une nouvelle ville, la découverte de l'Université, une éventuelle petite-amie, un super-vilain rancunier et l'incompréhension de ses camarades...

 

Mon avis : En 2005, l'univers Marvel n'est pas encore emporté par la saga Civil War, lancée en 2006 et qui changera pendant plus de six ans le destin des personnages. En 2005, Marvel Studios n'a pas encore mis en marche sa fructueuse machine à succès, et les adaptations Marvel au cinéma s'enfoncent, peu à peu, dans le médiocre alors que Batman Begins vient de remettre Batman sur les rails.

En 2005, Marvel lance Marvel Next, une collection de titres orientés vers les « jeunes » lecteurs, avec des personnages moins connus, moins vieux mais peut-être plus porteurs pour la jeune génération. Gravity fait partie de cette ligne, avec Arana, Young Avengers ou Runaways.

 

Gravity, fondamentalement, est un jeune Spider-Man, sans le drame fondateur. Les cinq épisodes de cette mini-série forment un véritable hommage au Spider-Man « à l'ancienne », ces histoires d'un jeune super-héros coincé entre ses envies de protéger les plus faibles, et les besoins du quotidien : études, argent, famille, petite-copine, etc.

Gravity, et c'est l'évidence, n'a rien d'un comics original. A vrai dire, c'est du classique à l'état pur, du Marvel old-school. Et c'est ça qui est bon !

 

Gravity raconte l'histoire d'un bon gamin, qui veut simplement aider. Il n'a pas perdu son oncle, ses parents n'ont pas été tués devant lui et, au fond, il ne veut pas devenir un super-héros pour la gloire ou pour être aimé.

Greg, finalement, veut juste aider les gens. Et s'il se sent investi d'une forme de mission à cause de ses pouvoirs, c'est parce qu'il voit qu'agir ainsi est ce que font, juste, les gens comme lui. Il est inspiré par les super-héros, mais n'en est pas un fan, comme son voisin de chambre. Il agit ainsi parce que c'est comme ça qu'il faut agir comme on le peut, point.

 

McKeever n'en profite d'ailleurs pas pour faire une critique sociale, là où il aurait pu montrer les différences entre la campagne et la ville, la vie peut-être plus simple et l'agitation de la ville. En fait, McKeever se contente de réaliser un comics simple, mais pas simpliste, et encore une fois très classique.

 

Le héros arrive, découvre, souffre, subit, se relève et l'emporte – plus ou moins. Rien n'est jamais horrible dans Gravity, mais rien n'est jamais parfait non plus. Greg est un mec bien, mais c'est dur de concilier toutes ses activités et la fin n'est pas idéale, mais pas désespérée non plus.

Finalement, Gravity montre simplement le destin d'un type qui essaye de bien faire, qui y arrive globalement mais perd certaines choses qui lui tiennent à cœur sur le chemin (son amie, ses liens avec ses parents, etc.).

 

Encore une fois, Gravity est une série classique, qui fleure bon le bon vieux Marvel. Mike Norton, au style sobre et old school, participe pleinement à ce revival de Marvel, en offrant une partie graphique maîtrisée mais sans originalité. Sans chichi, sans effet de style, mais sans raté et sans défaut.

 

Avec quelques clins d'oeil, quelques bonnes vannes, une intrigue bien solide, un personnage attachant car fondamentalement « normal » (on peut plus facilement se projeter dans le personnage de Greg car il n'a perdu personne, n'a vécu aucun drame fondateur), Gravity est une bonne mini-série, éditée dans un format Digest abordable économiquement mais pas toujours facile à lire.

 

Une très bonne lecture pour les fans du « vieux » Marvel, avec comme un héros un bon mec qui veut juste aider – que ça soit avec ses pouvoirs, ou en veillant une vieille dame malade. C'est bon, c'est sobre et posé, et c'est agréable au milieu de toutes les crises et les guerres qui veulent modifier tout l'univers des comics chaque année.

 

http://www.photography-match.com/views/images/gallery/Gravity.jpg

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