Dimanche 29 janvier 2012 7 29 /01 /Jan /2012 14:58

Bonjour à tous.

 

Il y a quelques semaines, je vous avais présenté le premier numéro du fanzine Ganesha, où ma première bande-dessinée complète était publiée (même si elle n'était pas aussi bonne que je l'aurais voulu, par ma faute et non celle du très bon dessinateur Blastalx). J'avais même réalisé un billet de ma collection Lumière sur .

 

Aujourd'hui, je vous propose une nouvelle publication dans la même rubrique : Lumière sur Ganesha n°2.

Vous pouvez le commander sur le site de l'association Ganesha.

 

http://92.bulles.free.fr/images/couv-2.jpg

 

Même si les crédits indiquent une sortie en décembre 2011, le fanzine est bel et bien sorti en janvier 2012 - je suis donc encore dans les temps pour le chroniquer.

 

Premier point : la couverture de Frédéric Grivaud est magnifique, totalement dans l'esprit Science-Fiction voulue par le magazine pour son deuxième épisode. L'intégration de la date, du numéro et de la thématique dans les rectangles d'analyse est une excellente idée, tout comme les différences de couleurs. Une image parfaite pour donner envie de voir la suite.

 

Deuxième point : le sommaire est modifié. Désormais, avant chaque histoire, une page au format adapté au thème (cette fois-ci un graphisme très cybernétique avec un dessin de robot féminin) présente les crédits du récit et les auteurs qui l'ont produit. Une bonne idée, qui permet de bien respecter la vocation de l'association Ganesha, qui veut permettre aux jeunes auteurs d'obtenir un tremplin pour le monde professionnel.

 

Troisième point : le papier est toujours d'excellente qualité, comme la reliure. Avec un édito encore intéressant, le travail de publication est de très haute qualité.

 

Quatrième point : joint au fanzine, une très belle carte de voeux pour l'année 2012, reprenant le robot féminin adapté à la nouvelle année. Une bonne idée, qui fait sourire et fait plaisir.

 

Passons donc maintenant aux présentations et critiques des histoires présentes à l'intérieur.

 

Première histoire : "Beurk à l'Inter, Stock en colère" par Philippe BUCHET (co-scénariste) et Benoît HOREN (co-scénariste, dessinateur).

Résumé : Le capitaine Beurk appelle son adjoint Stock sur leur vaisseau Inter pour partir en excursion - mais Stock en a assez des tics de son capitaine et de ses manières.

Version humoristique de Star Trek, ce récit est bien fait - sans plus. Avec un scénario clair, drôle et un dessin solide et réaliste mais une colorisation qui ne m'a pas convaincu. C'est sympathique, ça m'a fait sourire, mais ça ne va guère plus loin. L'histoire fait passer un bon moment, mais ça ne va pas plus loin. Solide, c'est déjà ça, mais rien de plus.

 

Deuxième histoire : "L'efficacité de l'indigène" par Blastalx (scénariste et dessinateur).

Résumé : Au XXVIe siècle, l'Humanité a été quasiment exterminée par sa propre folie. Une autre race est arrivée sur Terre et évolue comme chez elle, même si quelques indigènes existent encore et sont utilisés comme des armes fatales.

Si j'ai beaucoup aimé la double page initiale, qui a d'excellentes idées de narration pour expliquer rapidement l'univers voulu par Blastalx, j'ai été moins convaincu par la suite. J'espérais plus après une telle introduction : si le récit est bon, il manque de vraie fin et est finalement moins ambitieux que les deux premières pages ne le laissaient présager.

Blastalx livre de belles images, évolue encore dans son style et s'améliore. Si le scénario n'est pas ce que j'avais imaginé, l'histoire reste bonne et les dessins intéressants. Un bon moment également.

 

Troisième histoire : "Jurassic Fight Club" par Mickael HAIRION (scénariste), Kevin BARAS (dessinateur) et Ismael BA (coloriste).

Résumé : Ted Notts, galaxy trotteur, tente de survivre sur une planète étrange où essayer de coucher avec la femme d'un Evil Super Mario mène à des combats de dinosaures. Normal.

Cette histoire est réalisée par des copains de l'excellent forum Buzz Comics : je serai donc intraitable - c'est très sympathique. Je connaissais déjà Ted Notts, et le revoir ici est une très bonne surprise. L'histoire en elle-même est délirante, comme souvent, mais moins que je ne l'avais pensé. Les dessins sont bons et très solides, avec une très bonne colorisation, et ce bon vieux Ted s'attire encore les pires ennuis - et s'en sort sans réellement savoir comment.

Finalement, cet épisode de Ted Notts est sympathique mais aurait pu être plus fou-fou. Restent de très bons dessins et un concept fun, en plus de bons moments. Cool, mais j'aurais voulu über-cool.

 

Interlude : interview de Fred Grivaud dans L'artiste de la couv !.

A nouveau, Fred est quelqu'un que je connais et que j'apprécie. Ces quatre pages, agrémentées de plusieurs dessins, permettent d'en apprendre plus sur lui, son parcours, ses préférences et ses envies. Une interview fluide, plus claire que la précédente et qui permet de comprendre mieux l'artiste.

 

Quatrième histoire : "Défaillance génétique" par Tandhruil (scénariste et dessinateur).

Résumé : En 2096, deux réfugiés et leur ami tentent de fuir par les égoûts pour passer du Nord au Sud, mais les mesures ethniques mettent leurs vies en danger.

Tandhruil est un des deux membres fondateurs de l'association et livre ici une excellente histoire. Claire, simple, rapide, bien dessinée, bien rythmée, elle place de bonnes idées avec une belle narration. Rien à dire, pour ne pas spoiler, mais c'est une très bonne lecture.

 

Cinquième histoire : "John Rimbaud" par Mast' (scénariste et dessinateur).

Résumé : John Rimbaud se défend dans une arène pour sauver sa vie sur un monde qui n'est pas le sien.

Mast' est un homme complexe, troublé et troublant - encore plus quand on le découvre dans la vraie vie. Son histoire ici m'a moins convaincu que son dernier jet, lors du premier numéro, beaucoup plus poignante et bluffante. Là, le délire est sympathique, l'ambiance graphique et les traits sont très bons, mais je n'ai pas accroché : je n'ai pas adhéré.

Une belle oeuvre graphique, mais le scénario ne m'a pas transporté (ça ne doit pas être ma terre, quoi).

 

Sixième histoire : "Le dragon" par Ray BRADBURY (histoire originale), MitchPuru (adapteur libre) et Laurent SIEURAC (story-board).

Résumé : Deux chevaliers se motivent pour affronter un dragon terrifiant.

Adaptée d'une nouvelle de BRADBURY, cette histoire dont les bases de narration ont été établies par le dessinateur de la couverture du précédent Ganesha est réalisée par l'autre fondateur de l'association. Si la chute n'avait rien de prévisible, les dessins sont eux très bons et l'ambiance qui se dégage de ces quelques pages est prenante. Rien de révolutionnaire, mais une bonne histoire à chute - même si, en étant tâtillon, je vois mal le lien avec la S-F pure.

 

Septième histoire : "Doubt" par Laura BEVON (scénariste et dessinatrice).

Résumé : Comment un monde de robots, dont la fin est prévue dès le début par un compte à rebours placé sur leur poitrine, change quand le système se trouble.

Un récit étonnant, onirique presque, mais dont la fin n'est pas aussi bonne que je l'espérais. L'auteure passe un peu à côté de son message en n'en révélant pas assez, en n'allant pas aussi loin qu'elle l'aurait dû. Restent une bonne idée de départ et de bons dessins, qui offrent une ambiance prenante et désespérée. Dommage, mais des qualités indéniables quand même.

 

Finalement, le deuxième numéro de Ganesha met encore en avant des talents en devenir et des petites histoires très intéressantes. Réaliser des scénarii sur un nombre limité de pages est un exercice extrêmement difficile et si tout n'est pas parfait, beaucoup de récits ont des qualités qui permettent de passer un bon moment de lecture.

Vivement le prochain, avec comme thématique l'Histoire !

 

A bientôt et longue vie à Ganesha !

Par BenT - Publié dans : Lumière sur
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Samedi 28 janvier 2012 6 28 /01 /Jan /2012 13:49

Bonjour à tous.

 

Trop longtemps après le prologue, le chapitre 1 et le chapitre 2 du crossover entre Drak Béryl et Lord Corlatius, voici enfin le troisième et avant-dernier chapitre de cette histoire.

Toujours rédigée avec Emmessem, elle fait suite aux derniers événements.

 

Petit rappel : Ryumaru, jeune franco-japonais, vit dans un monde où l'Europe et l'Asie ont fusionné dans Europazia. Se balladant dans les rues avec son colocataire Sébastien pour rencontrer une fille lors d'un rendez-vous arrangé, il est malheureusement témoin d'une attaque de monstres terrifiants - que la jeune femme tente d'arrêter ! Tuée par les actions de créatures cauchemardesques, son esprit est alors transféré dans le corps de Sébastien. Celui-ci est alors contrôlé par Lord Corlatius, un voyageur extra-dimensionnel, qui met fin à l'attaque des monstres venus de l'Anté-Monde.

Cet univers tente d'envahir régulièrement différentes Terres parallèles, et semble avoir choisi celui de Ryumaru, en réalité le héros Drak Béryl. Tous deux décident alors de partir vers l'Océan Atlantique et l'île de Cordouan, sortie des eaux à nouveau pour être le portail d'entrée de l'Anté-Monde.

 

Bonne lecture !

 

Chapitre 3 : Une odeur pestilentielle.

 

 

 


Campagne française, 14h08.

Le chapeau vissé sur l’avant de son crâne, les yeux fermés, Ryumaru avait l’impression que Corlatius avait décidé de se reposer après toutes ces émotions. Lui-même aurait bien repris les forces qui lui manquaient s’il n’était pas paradoxalement excité par tout ce qui venait de passer. Il savait que le monde, aussi fou que cela pouvait paraître, était en danger et qu’il, et là ça devenait vraiment inconcevable, était un des deux seuls pouvant le sauver.
Il allait faire face au plus grand défi de sa vie – même s’il avait l’impression qu’à chaque nouvelle épreuve, c’était toujours la plus grande. Théoriquement, il aurait dû penser à ses proches, songer aux amis absents et disparus, espérer être digne de son héritage et de son honneur ; normalement, il aurait dû être absorbé par ses réflexions et réfléchir à la meilleure façon de quitter ce monde héroïquement.

Or, la seule chose à laquelle pensait le jeune franco-japonais, la seule idée qu’il pouvait formuler se résumait assez simplement : c’était cool d’être avec un voyageur dimensionnel.

Drak Béryl fixait Corlatius depuis leur départ. Vêtu toujours de ses habits sales, puants et recouverts des matières visqueuses issues des envahisseurs d’Europazia, il n’était pas à l’aise mais n’en tenait pas compte. Ses yeux étaient rivés sur la silhouette immobile devant lui, les pieds posés sur le siège en face, les bras croisés, le chapeau baissé comme Indiana Jones.
Il avait la classe – mais c’était quand même un sale con.

Plus de deux heures plus tôt, ils s’étaient introduits discrètement dans une des gares de la ville, pour partir vers la Gironde et l’île qui venait de ressortir des eaux : Cordouan. Selon Corlatius, elle était le signe d’une invasion à grande échelle de la part de l’Anté-Monde, une dimension parallèle peuplée de monstres ayant inspirés à H.P. Lovecraft ses nouvelles.
Leur mission était de prendre un train, pour fuir la ville et les questions que la police allait immanquablement leur poser sur la manière de gérer une telle invasion. Or, si l’euro-japonais s’était naturellement dirigé vers les automates délivrant des billets, Corlatius lui avait fait signe de le suivre et avait violemment agressé un contrôleur.

 

http://fondecran.biz/fondecran/train/train_06.jpg

Source : http://fondecran.biz/fondecran/train/train_06.jpg

 

Avec quelques coups précis et bien placés, il avait frappé le visage d’un homme deux fois plus grand que Sébastien, le propriétaire initial du corps que le voyageur dimensionnel contrôlait depuis peu. La face boursouflée, les bras ballants, l’employé des trains avait été étendu avec une sauvagerie rare, qui avait réellement choqué Ryumaru.
Lui qui voulait défendre la Justice et sa vision personnelle de l’honneur avait du mal à accepter un tel comportement ; ce n’était pas bien – ce n’était pas digne.

« Tu sais, tu peux me poser des questions : je suis réveillé, murmura Corlatius au grand étonnement du jeune homme.
-    Hein ? Quoi ?
-    Je sais que tu me fixes, annonça d’une voix plus sûre son interlocuteur en se relevant et en enlevant son chapeau.
-    Je… oui, c’est vrai, avoua difficilement l’homme-dragon, qui dut détourner le regard ; voir en lui autre chose que Sébastien devenait de plus en plus compliqué.
-    Qu’est-ce que tu veux savoir ? »

Le jeune franco-japonais resta pensif, longuement. Des dizaines de questions trottaient dans son crâne, sur les dimensions, sur l’Anté-Monde, sur les monstres, sur la personne même de Corlatius – mais il ne pouvait pas toutes les poser. Il réfléchit encore quelques secondes, avant de se décider et de fixer, pour la première fois, ses yeux dans ceux de l’autre.

« Quels sont vos liens avec ces Lik…ces Licktails…ces créatures, Corlatius ?

Le Lord poussa un long soupire, il savait que cette question finirait par arriver. Des tas des souvenirs horribles revenaient soudain le hanter et il prit un temps de réflexion tout en fixant son jeune compagnon avant de répondre d’une voix assurée :

-    Je te l’ai déjà dit, non ? Je suis un nomade, un voyageur spatio-temporel, un genre de Gardien et je chasse ces… choses.

Ryumaru sentait de la haine dans l’expression de son ami et se posait donc encore plus de questions qu’auparavant. Cependant, il n’osa pas trop en demander pour l’instant, espérant juste qu’il en saurait plus avec le temps.

-    Puisque j’ai répondu, jouons au jeu de « je te pose une question, tu m’en poses une ». A moi donc : depuis que je t’ai rencontré tu m’intrigues. Tu es puissant, tu parles et tu agis comme un être qui a des centaines d’années d’expériences mais tu n’as pas l’arrogance d’un extra-terrestre, d’un être venu d’une autre dimension, d’une créature mythique ou même d’un mec qui a une machine temporelle : à l’intérieur comme à l’extérieur tu restes un adolescent ; j’en déduis que tu es humain. Par conséquent d’où te viennent tes pouvoirs, qui sont je présume juste de cracher du feu ?
-    J’ai le don de cracher du feu mais je pense qu’en l’exploitant, je peux faire sortir du feu par tous mes orifices…Quoi qu’il en soit, c’est compliqué à expliquer, disons juste qu’ils sont liés à mon sabre. expliqua l’eurasien sans vouloir en dévoiler trop sur ses origines et la façon dont il avait choisi sa voie. Et t’avais pas plus long comme question ?
-    Intéressant. Je pouvais faire plus court mais j’aime penser à haute voix. Par contre tu as perdu ton tour en posant par réflexe une question stupide et dénuée d’intérêt. Encore à moi.
-    Mais…
-    On ne dit pas « mais » à l’entité la plus cool du Multivers, compris ?
-    Oui c’est très clair, comme le fait que vous avez posé votre question.
-    …Bien vu.
-    Parfait ! En fait je me demandais surtout ce que vous avez vus dans les différentes dimensions que vous avez visité.
-    Elles se ressemblent toutes plus ou moins et sont basées     sur des variables X ou Y. Des futurs alternatifs, des univers en guerre, il y a de tout….le plus intéressant était un univers où toutes les époques de l’univers avaient convergé en un seul point, sur Terre. Mais étrangement je n’ai jamais vu aucun univers semblable au tiens, il est particulier…Comment est née Europazia ?
-    Conséquence de la Guerre Froide.
-    La Guerre Froide, une période passionnante et qui est la cause de tellement de dimensions ! L’Empire d’Amerika est en place ?
-    Il me semble pas. Mais vous posez pas un peu trop de questions ?
-    Si, mais tu en poses autant que moi ! »

Soudain, sans trop savoir si c’était le stress, la fatigue ou un mélange de tout, les deux héros éclatèrent de rire. Finalement sans pour autant l’apprécier, Corlatius trouvait son jeune compagnon très sympathique…pour un simple humain. Et Drak Béryl trouvait ce type au chapeau de cow-boy de plus en plus cool, même s’il continuait de se méfier de lui. Cette scène, ce rire naturel lui rappelait des moments vécus avec Sébastien quelques heures ou quelques jours plus tôt.

Mais la joie apparente masquait les doutes et les peurs de chacun. Cette série de questions avait rappelé des souvenirs traumatisants aux deux hommes et soulevait de nouvelles interrogations alors que des secrets le restaient. Pourquoi Corlatius chassait-il les créatures ? Pourquoi le franco-japonais était il devenu un héros alors que des dizaines d’autres opportunités s’offraient à lui ? Evidemment, un aveu restait en suspens : l’adolescent ne pouvait pas avouer qu’il sauvait le monde en pyjama vert et orange, ça faisait pas cool.

« Au fait, si tu as un costume… mets-le, il risque d’y avoir des caméras et de ce que j’ai compris tu cherches à préserver ton identité. C’est mieux comme ça, profites tant que tu peux encore le faire. »

Le train n’allait pas tarder à arriver, et Corlatius avait raison : malgré l’honneur et toutes les valeurs morales qui y sont associées, la discrétion et la préservation de son identité étaient primordiales pour Nogard, surtout qu’il savait qu’il était surveillé par le gouvernement Eurasien depuis déjà plusieurs mois.
En tant que clandestins, nos deux héros s’étaient placés dans un endroit du train où ils ne pourraient pas être vus avant leur sortie, mais Drak Béryl s’éclipsa quand même relativement loin de l’être venu d’une autre dimension pour qu’il ne puisse pas le voir pendant qu’il se changeait.

Pendant l’attente, « Sébastien » pensa énormément à tout ce qui était en train de se passer. Les murs entre les dimensions étaient affaiblis en ce moment et c’était en partie à cause des créatures de l’Anté-Monde. Aucun monde ne se remettait complètement d’une attaque de ces monstres mais celui-ci semblait vraiment différent des autres. Plus sensible aux problèmes d’ordre « multiversel »…ce qui n’était pas forcément une bonne chose. Et le processus qui allait bientôt se déclencher…

« Alors, t’en penses quoi ? »

 

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Drak Béryl par Fabien WALESCH.

 

Interrompu dans son raisonnement par cette voix d’adolescent, le Lord fixa le jeune humain, son costume vert et orange avec le « D » sur la poitrine et ce masque de ninja, se retenant d’afficher un sourire narquois. C’est pas qu’il n’aimait pas le costume mais on voyait directement que c’était un adolescent qui l’avait confectionné et qu’il avait essayé de l’améliorer mais ce faisant il révélait plus ou moins ses origines. Ainsi ce n’était pas réellement un moyen de cacher son identité mais plutôt le miroir de sa personnalité, le « vrai » Ryumaru Nogard était révélé par cet accoutrement et quelqu’un qui le connaissait bien n’aurait pas de mal à deviner qui il était.

« Ton pyjama te donne un air très…ARRGH ! »

Soudain saisit d’un violent spasme, l’extra-dimensionnel ne put finir sa phrase et se retint à la barre derrière lui pour ne pas s’écrouler au sol. Il reprit son souffle et tenta de démarrer une nouvelle phrase sympathique et cynique à la fois. Mais cette fois un spasme plus violent le fit balbutier une phrase incompréhensible, même pour lui, et il serait tombé si le franco-japonais ne s’était pas jeté sur lui pour le rattraper. Ca y est, le processus commençait et personne n’en serait ravi.

« Qu’est-ce qui t’arrive ? demanda le samouraï de feu.
-    C’est rien…prononça difficilement un Corlatius tremblant de toute part, luttant contre les crises, conscient que son acolyte ne le croirait pas.
-    C’EST RIEN ?!

Le hurlement du héros vert et orange raisonna dans tout le wagon. Sa rage était incommensurable et par-dessus les spasmes il secoua le Lord, affichant un regard noir derrière les yeux blancs du masque.

-    T’ES DANS LE CORPS DE SEBASTIEN ALORS NE DIS PLUS JAMAIS QUE C’EST RIEN !

Le Dragon plaqua Corlatius contre le mur. Ce dernier comprit alors que l’heure des révélations était venu. Tant pis, ils auraient au moins passé un bon moment.

-    Es-tu prêt à tout entendre ?
-    Evidemment.
-    Pour faire court il nous reste environ 44 heures et 17 minutes.
-    Avant quoi ?
-    …
-    Réponds !
-    Prendre le contrôle d’un corps implique des risques pour l’hôte. Mes pouvoirs « poussent » à l’intérieur de Sébastien. 48 heures après la fusion, il mourra. Soit dans maintenant 44 heures et 15 minutes. Je suis désolé.

Le sang de Ryumaru ne fit qu’un tour et il dégaina son sabre, le pointant vers Corlatius.

-    Tue moi, tue ton ami et condamne cette dimension si ça t’amuse !.
-    Ce n’était pas mon intention. Pourquoi ne m’as-tu rien dit ?
-    Regarde ta réaction d’humain pathétique et égoïste ! Qu’aurais-tu fait si je t’avais prévenu ?! Ose me dire que tu aurais foncé vers l’aventure avec un sinistre inconnu plutôt que de chercher à me faire sortir de ce corps ! On aurait perdu encore plus de temps que ce qui était prévu ! »

Un silence pesant s’abattit pendant quelques secondes qui parurent des heures. Drak Béryl savait que l’autre avait raison. Il rangea son sabre, même si ça le répugnait de savoir que son meilleur ami était condamné.

« Cependant, ne pleures pas. Si je sors de ce corps avant le délai imposé, il vivra.

Ces mots étaient une véritable lueur d’espoir pour le Dragon.

-    Alors, finissons-en. »

Corlatius replaça son manteau et repositionna son chapeau sur son crâne. Ryumaru s’était retourné et fixait l’extérieur, alors que le train était en train d’arriver en gare ; quelque chose était brisé entre eux, ils le savaient. S’ils avaient commencé à s’apprécier et à se rapprocher lors du voyage, le voyageur dimensionnel sentait que ce lien avait disparu.

Il le comprenait, bien sûr : ce devait être insupportable de découvrir un proche manipulé, possédé et absorbé par un visiteur inopportun. Surtout, l’injustice était encore plus inacceptable quand l’hôte était innocent, pur… normal. Et Sébastien semblait l’être, au vu des souvenirs et des réflexes qu’il commençait à mieux appréhender.
En effet, si ses propres pouvoirs apparaissaient de plus en plus à l’intérieur du jeune homme, le processus allait dans les deux sens : au fil des heures qui s’écoulaient, inexorablement, Corlatius en apprenait plus sur sa victime – et souffrait d’avantage de devoir lui imposer une telle agonie.

Sébastien commençait à devenir plus qu’un corps. Son amitié pour Ryumaru, ses tics de paroles, sa façon de faire des phrases immenses et trop longues… tout cela commençait à devenir normal pour lui. Il commençait à adopter les réflexes du jeune adulte, et il savait que le temps pressait s’il voulait le laisser survivre – s’il voulait lui laisser son corps.

« Sortons, annonça d’une voix neutre l’étranger.
-    Bien. »

La voix de Drak Béryl avait été froide, inhumaine ; Corlatius acquiesça et pénétra dans le couloir du wagon. En quelques enjambées souples et dynamiques, il parvint à la porte et l’ouvrit à la vole tandis que le train était encore en train de freiner. Son idée était de se jeter sur le quai pour échapper aux curieux et partir rapidement vers l’Océan, pour rejoindre Cordouan.
Hélas, il aurait dû savoir que ses plans ne fonctionnaient jamais comme ils le voulaient.

Alors que la porte s’ouvrait en grand, une foule d’une trentaine de personnes s’amassait déjà sur le quai. Surpris, décontenancé, il ne put prévenir à temps Ryumaru, qui fonçait tête baissée pour ne pas avoir à fixer la silhouette de son ami possédé. Le jeune héros bouscula alors Corlatius, et apparut directement à ceux qui attendaient l’arrivée du train.

 

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Source : http://lecantilien.blogencommun.fr/wp-content/uploads/gare-du-nord-foule-300x225.jpg

 

En réalité, la foule était rassemblée pour fuir. Après l’attaque d’Europazia, le monde entier avait été informé de la catastrophe et les autorités ne parvenaient pas à gérer efficacement la crise. Tous ceux qui ne se terraient pas au fond de leurs caves voulaient rejoindre les campagnes ou les grands espaces, dans l’espoir imbécile d’échapper au pire.
La présence de tous ces désespérés ne tenait donc qu’à leur besoin irrépressible de fuir – mais tout changea quand ils virent le costume orange et vert.

Jusque-là, Drak Béryl n’avait été qu’une rumeur, qu’une légende urbaine dont beaucoup se moquaient et riaient. Même si son action avait eu des impacts, même si des gens de plus en plus différents évoquaient sa présence rampante et protectrice, la majorité de la population n’y croyait pas ; elle ne pouvait pas y croire, tout simplement.
Cependant, tous connaissaient le « gros » des racontars, sur le costume, le style… bref, l’allure générale du ninja coloré. Et ils le reconnaissaient.

Pendant de longues secondes, un silence assourdissant emplit le quai. Violent, brutal, il agressait les sens tant il était inapproprié en présence d’une telle foule. Et, comme si quelque chose venait d’être libéré après une trop longue attente, ils crièrent – tous.

Néanmoins, leurs hurlements n’étaient pas vindicatifs, agressifs ou haineux : ils étaient… positifs. Encourageants. Pleins d’espoir.
Ils sautaient, levaient les poings, criaient pour Drak Béryl – ils l’encourageaient. Sitôt qu’ils l’avaient vu, ils avaient compris : il existait. La rumeur était vraie. Quelqu’un, quelque chose, protégeait ceux qui en avaient besoin et veillait ; et il était là, maintenant. Pour arranger. Pour sauver. Pour les sauver.

Corlatius avait profité des hurlements et de la folie ambiante pour disparaître dans la foule et se rapprocher de l’extérieur. En quelques instants à peine, il fut en dehors de la gare, se dirigeant à pieds et en silence vers l’Océan.
Dans quelques minutes, il savait que Drak Béryl s’éclipserait après avoir profité d’un bain de foule sûrement mérité. La tension reprendrait entre eux, et ils devraient aller au-delà de leurs différences pour tenter de sauver ce qui pouvait encore l’être. Mais, pour le moment, il s’autorisait à un léger sourire en imaginant ce qu’était en train de vivre Ryumaru. C’était peut-être la part de Sébastien en lui, c’était peut-être ses émotions qui reprenaient enfin le dessus, mais… il était heureux pour lui.

Drak Béryl allait devoir affronter l’enfer – et pire encore.
Il méritait de profiter d’un peu de gloire et de bonheur avant. Ce ne serait peut-être pas le cas après – et il n’y aurait peut-être pas d’ « après ».

Par BenT - Publié dans : Lord Corlatius
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Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 11:27

Bonjour à tous.

 

Après l'ouverture d'une section La bibliothèque de Ben Wawe et la publication de plusieurs articles ces derniers jours, je vous propose un article de ma collection Lumière sur, qui présente des dossiers, des éclairages et des analyses plus poussées que celles que je pourrais faire dans des billets classiques. Aujourd'hui, je présente un article sur un comics, ou plutôt une série de comics basée sur le même thème. En réalité, il y eut d'abord une histoire principale, prolongée par trois récits basés dans le même univers.

Parce qu'il y a plusieurs titres, parce que tout ça nécessite une analyse plus poussée qu'une simple critique, parce que j'ai envie, je vous propose un Lumière sur Marvel 1602. C'est parti !

 

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Marvel 1602 est à la base une mini-série en huit parties, par Neil Gaiman et Adam Kubert. Elle fut suivie par 1602 : New World, 1602 : Fantastick Four et Spider-Man : 1602. Je vous présenterai d'abord les auteurs et résumés de chaque histoire avant de livrer une analyse plus longue et globale de l'ensemble.

 

1) Marvel 1602 : de quoi ça parle ?


En l'année de grâce 1602, le monde est troublé. Agressé par des catastrophes naturelles de plus en plus violentes, la Terre semble se diriger droit vers l'Apocalypse redoutée par les croyants. La Reine Elizabeth, vieille femme tolérante (à la différence de Jacquies d'Ecosse, son successeur violent et fanatique allié de son maître de tortures Sir David) mais mourrante, mandate son espion principa, Sir Nicholas Fury, pour gérer la crise et surtout collaborer avec le médecin royal, le Docteur Stephen Strange, maître des arts mystiques.

 

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Sir Nicholas Fury.

 

Ensemble, ils vont tenter de protéger un envoyé des Templiers, qui ramène de Jerusalem un objet supposé protéger le monde et empêcher les catastrophes à venir. Fury, suivi par son jeune assistant Peter Parquagh, engage donc Matthew, un aveugle irlandais roux sachant étonnamment se battre, pour accompagner Dame Natasha, la femme la plus dangereuse du monde, pour rejoindre et protéger ledit colis des Templiers. Hélas, dans l'ombre, le Comte Otto Von Fatalis, dit le Magnifique, cherche lui-même à s'emparer de l'objet pour ses propres fins après avoir été le responsable de la disparition des Quatre de Fantastick.

 

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Le Baron Otto Von Fatalis, dit le Magnifique.

 

Venue des colonies, Virginia Dare, première enfant née sur le Nouveau Monde, arrive en bâteau accompagnée de l'indien blanc (!) Rojhaz, et semble être à l'origine des malheurs du monde.

 

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L'indien blanc Rojhaz.

 

Au même moment, Carlos Javier protège ses Prodiges, des êtres d'exception aux capacités extraordinaires (Roberto Trefusis et ses pouvoirs sur la glace, Scotius Summerisle et son regard destructeur, Hal McCoy et son apparence bestiale, le mystérieux John Grey et Werner, l'ange). Il lutte également contre le Grand Inquisiteur Enrique, qui tue les Prodiges visibles mais protège Soeur Wanda et Petros, qui ont des capacités plus discrètes.

 

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Les Prodiges de Javier.

 

Plus tard, les mini-séries 1602 : New World, 1602 : Fantastick Four et Spider-Man : 1602 montreront d'autres personnages Marvel adaptés à cet univers (le Caïd en chef pirate, Namor dit Numenor comme maître d'une ville au-delà du monde, Iron Man en Lord Iron, etc.), et mettront en avant des histoires centrées sur des personnages spécifiques.

 

2) Marvel 1602 : analyse d'un nouveau monde au service de la nostalgie

 

A. Les auteurs

 

En 2000, Joe Quesada est nommé Editeur en Chef de Marvel : pour redresser la barre financière et artistique, il décide de contacter des auteurs connus et reconnus, généralement pour des oeuvres phares, et qui demandent une grande indépendance dans leurs travaux. Il réussit ainsi à ce que Grant Morrison, auteur adulé pour ses Doom Patrol, Animal Man, Batman Arkham Asylum et autres JLA vienne s'occuper des X-Men ; à ce que Joe Michael Straczynski, scénariste derrière la série TV Babylon V, prenne en main Spider-Man ; et il contacte Neil Gaiman.

 

Neil Gaiman est à la base un journaliste, arrivé dans le milieu des comics grâce à son ami Alan Moore. Principalement connu pour son oeuvre phare, Sandman, il a publié une longue série sur le personnage éponyme, dieu des rêves et de leur royaume, emprisonné pendant soixante-ans par un homme stupide. Ayant réussi à se libérer, il découvre son royaume en ruines, ses armes abandonnées aux mains de mortels inconscients ; débute alors une quête pour retrouver ses possessions, mais surtout son être, son âme et l'intérêt de la vie, tout en rencontrant ses frères et soeurs (Death, Despair, Delirium, etc. : les membres des Endless, dont je reparlerai un jour).

En août 2001, Neil Gaiman, qui a depuis bâti une réputation méritée pour ses travaux de romancier, de scénariste et de réalisateur, accepte de collaborer avec Marvel. Ne sachant pas encore sur quel sujet portera son projet, il se laisse le temps de la réflexion. Cependant, les événements du 11 septembre 2001 modifient son approche et le poussent à abandonner des aspects généralement essentiels chez Marvel.

 

En effet, suite à l'attaque terroriste du World Trade Center, Gaiman annonce qu'il ne veut ni avions, ni bombes, ni armes à feu dans son histoire : "je ne voulais pas que ce soit une histoire de guerre, et je ne voulais écrire une histoire qui puisse justifier ça - ou qui puisse justifier quelque chose" selon l'auteur. Après un voyage à Venise, Gaiman fut troublé par l'architecture et l'ambiance locale, et le sentiment que "le passé était à portée de main". A partir de ce moment-là, il sut quelle histoires il voulait raconter.

 

***

 

Andy Kubert est le dessinateur de Marvel : 1602. Il est le fils de la légende des comics, Joe Kubert, et le frère d'Adam, lui aussi dessinateur. Ayant dessiné sur les X-Men, Wolverine : Origin, Ka-Zar, Ultimate Iron Man, Captain America, Ghost Rider, Batman VS Predator. Depuis, il a réalisé également Whatever Happened to the Caped Crusader ?, à nouveau scénarisé par Gaiman, et a été l'auteur du crossover Flashpoint, en 2011.

Richard Isanove est le coloriste de la première mini-série. Artiste français, il a appuyé beaucoup de grands artistes et a notamment usé ses crayons sur Dark Tower, Ultimate Iron Man, Ultimate X-Men, Ultimate Spider-Man et beaucoup d'autres titres.

 

Dans la première histoire de 1602, les dessins ont un aspect étrange, nouveau. Contrairement à d'habitude, Kubert et Isanove ont utilisé une autre technique, où les crayonnés ont été envoyés directement au coloriste avant un passage chez l'encreur. En effet, d'habitude, les crayonnés des dessinateurs sont encrées ensuite par d'autres artistes, avant d'être colorisées. Or, ici comme pour Wolverine : Origin, les planches crayonnées de Kubert sont de suite arrivées chez Isanove.

 

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La version crayonnée, la version finale.

 

***

 

Les autres mini-séries ont eu des auteurs différents, tout autant talentueux en général mais qui n'ont pas livré des résultats extrêmement probants ici. Je vous les liste rapidement :

- Pour 1602 : New World, le scénariste est Greg Pak (ayant opéré sur Planet Hulk, World War Hulk, Phoenix : Endsong, Phoenix : Warsong, différents épisodes de Hulk, Incredible Hercules...) et le dessinateur est Greg Tocchini (qui a notamment réalisé Last Days of American Crime et Green Lantern : Ion) ;

- Pour 1602 : Fantastick Four, le scénariste est Peter David (auteur génial de Incredible Hulk, X-Factor, Supergirl, Spider-Man, etc.) et les dessinateurs sont Pascal Alixe et Khoi Pham ;

- Pour Spider-Man : 1602, le scénariste est Jeff Parker (Hulk actuellement, Thunderbolts) et Ramon Rosanas.

 

B. Marvel 1602 : mon avis

 

L'idée de départ est aussi claire que géniale : transférer les personnages de Marvel de la deuxième moitié du XXe siècle en l'an 1602. Gaiman pouvait ainsi user d'un univers différent, daté, passé tout en s'amusant avec les versions des héros et vilains connus, et en évitant les fameux avions et bombes qu'ils refusaient d'utiliser.

 

L'intérêt principal de Marvel 1602 est donc bel et bien de proposer des versions différentes des personnages que tout le monde connaît. Avec un grand effort marketing, Marvel n'avait rien révélé sur l'histoire, laissant à peine filtrer le titre et une image d'un vieil homme - rien de plus. Si Gaiman a réalisé des oeuvres plus poussées, plus fortes et plus symboliques, Marvel 1602 est clairement un récit plus clair et plus basique, mais non dénué de charme.

 

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Le Grand Inquisiteur Enrique.

 

En effet, en transférant les personnages dans le passé, l'auteur a fait l'effort de bien comprendre et adapter les concepts. Ainsi, si depuis quelques années Marvel met continuellement en avant le personnage de Wolverine, celui-ci n'apparaît pas ici - tout simplement parce que cela aurait été improbable et injustifié. En effet, comment adapter un personnage bestial, transformé par une agence gouvernementale ? Cela n'aurait pas été crédible, et c'est bien la crédibilité totale que cherchait Gaiman ici.

 

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Le Docteur Stephen Strange.

 

En se concentrant sur les premiers personnages de l'univers Marvel, le scénariste a également choisi ceux qui auraient pu évoluer sans trop de difficultés en 1602, ceux pour qui les pouvoirs ne sont pas trop voyants. Ainsi, un espion comme Fury aurait évidemment eu sa place à cette époque, comme un sorcier du nom de Strange. Les mutants choisis par Gaiman, les premiers X-Men, ont eux aussi des pouvoirs qui peuvent se cacher. Même les Fantastick Four apparaissent comme crédibles, car apparaissant tard dans le récit.

 

Ainsi, Gaiman peuple son récit de références, de clins d'oeil mais tous très travaillés, tous adaptés au concept de base. Piochant notamment dans la véritable Histoire, avec la Reine Elizabeth, le futur Roi Jacques qui fut un fanatique violent et surtout Virginia Dare, première enfant née des colonies et symbole énorme aux Etats-Unis, il donne un aspect réaliste et très historique à tout le récit.

Mieux encore, il tisse des liens clairs et évidents entre chaque personnage, quitte à bousculer quelque peu l'ordre normal de ce que nous connaissons. Je n'ai jamais vu, ainsi, Nick Fury aussi ami avec le Docteur Strange, Charles Xavier et Reed Richards, mais tous ici sont proches et prêts à soulever des montagnes les uns pour les autres. Une bonne idée, donc.

 

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Daredevil version 1602.

 

Cependant, si Nei Gaiman ne livre pas ici une histoire digne de Sandman ou de ses autres productions, il ne fait pas simplement un récit hors continuité, classique. S'attachant une nouvelle fois aux détails, il relie clairement Marvel 1602 avec l'univers Marvel classique : sans spoiler véritablement, la fin révèle que les personnages apparaissant en 1602 ont un lien réel avec les personnages "normaux", qui vivent bien aussi à la deuxième partie du XXe siècle. Un tour de passe-passe, lié à des difficultés temporelles, l'explique plutôt bien, surtout grâce à la révélation du véritable responsable des troubles du monde (attention, ce n'est pas Virginia mais presque... indice : quel grand personnage manque-t-il aux héros Marvel ?).

D'ailleurs, le petit jeu au sujet de Virginia Dare et de ses pouvoirs est assez amusant et dérive bien l'attention du lecteur. Une bonne idée, à nouveau assez crédible si l'on accepte, évidemment, le surnaturel.

 

Neil Gaiman propose ainsi un récit clair, s'amusant de quelques indices et centré sur le jeu des adaptations. Offrant même une très, très légère réflexion politique, j'ai eu l'impression qu'il a voulu proposer une histoire simple mais jolie, magnifiquement illustrée et qui propose une version plus simple et plus pure de l'univers Marvel. Sans des guerres, des déluges de pouvoirs, des massacres, sans des avions, sans des bombes, Gaiman met en avant les premiers pas de héros troublés, peu violents et qui finalement sauvent le monde en s'unissant au-delà de leurs différences et de leurs difficultés.

Finalement, Gaiman met en avant les premiers principes de l'univers Marvel créé par Stan Lee, avec des personnages qui s'apprécient, se disputent parfois mais ont un grand sens de l'honneur et savent s'épauler. Si Neil Gaiman a voulu faire un récit dans le passé, il l'a fait autant dans le fonds que dans la forme : Marvel 1602 est clairement, pour moi, une ode à un univers Marvel aujourd'hui disparu ; Marvel 1602 est une recréation nostalgique.

 

Evidemment, l'auteur passe par des adaptations très bien faites et bien pensées, mais son propos est avant tout celui-ci à mon avis. Il est sublimé par les dessins d'Andy Kubert, magnifiques de bout en bout avec une colorisation excellente pour rendre la puissance des éléments, l'ambiance de fin du monde et la beauté des paysages. Une ambition scénariste servie par une ambition graphique.

Cependant, les suite qui ont été données n'ont pas eu les mêmes volontés et les mêmes espoirs artistiques.

 

C. Marvel 1602 : l'héritage

 

A peine quelques mois après Marvel 1602 sort 1602 : New World, où les auteurs adaptent différents personnages en Amérique avec Spider-Man en personnage principal et l'apparition de Lord Iron. Récit classique mais bien réalisé, avec quelques bonnes idées d'adaptation mais rien de révolutionnaire, la mini-série perd beaucoup par rapport à Marvel 1602 qui n'a quasiment pas d'ambition et est surtout illustrée par un Tocchini assez faible et très irrégulier.

 

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Lord Iron.

 

1602 : Fantastick Four n'a pas de grand intérêt à part adapter d'autres personnages des Quatre Fantastiques (Namor, Namorita, le Sorcier, les Terrifics, etc.). La présence de William Shakespeare apporte un peu d'intérêt à l'histoire, surtout que le scénariste a essayé d'adopter le rythme d'une des pièces de l'auteur. Cependant, le résultat n'a rien de très pertinent et les dessins sont, surtout, extrêmement faibles. Dommage.

 

http://www.brainfreeze.be/wp-content/uploads/1602bengrimm.jpg

Grimm.

 

Spider-Man : 1602 est assez amusant, avec des adaptations plus intéressantes que certaines autres, et les dessins sont assez jolis. Cependant, encore une histoire sur Spider-Man... ! Si le récit est bon, bien rythmé et que ça s'avère finalement une bonne lecture, l'intérêt est mineur, malgré une fin qui tente de raccrocher les wagons avec Marvel 1602. Bien fichu, mais rien de vraiment exceptionnel - ça n'a même pas été publié en France.

 

http://www.blogcdn.com/www.joystiq.com/media/2010/03/1602.jpg

 

3) Marvel 1602 : conclusion

 

Finalement, Marvel 1602 est avant tout une première histoire bien faite, bien écrite et bien dessinée, qui propose un univers étonnant, amusant et bien fichu, avec une légère réflexion passéiste et historique. Cependant, si cette nouvelle Terre est intéressante, les récits qui ont suivi ont perdu l'ambition et l'envie des premiers numéros, et sont finalement des histoires classiques et facilement oubliables.

Personnellement, j'ai relu avec un plaisir non-dissimulé la première mini-série et je la conseille ardemment. Elle est disponible en France dans deux 100% Marvel (deux autres la suivant sur les deux récits suivants, Spider-Man : 1602 n'ayant jamais été publié), mais également dans un Deluxe.

 

Ah, et je tiens également à souligner les très belles couvertures peintes de Scott McKowen, qui reproduit une ambiance passéiste et ancienne qui sied à souhait aux récits.

 

A bientôt !

Par BenT - Publié dans : Lumière sur
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Jeudi 26 janvier 2012 4 26 /01 /Jan /2012 11:42



Nom : Gotham Noir.

Auteur(s) : Ed Brubaker (scénariste), Sean Phillips (artiste), Bill Oakley (lettreur), Dave Stewart (coloriste & séparations).

Maison d'édition : DC Comics.

Année de publication : 2001.

Personnages principaux : James Gordon, Sélina Kyle, Rachel Hollingsworth, Harvey Dent, Boss Zucco, Maire Artie Dehaven, Bruce Wayne, The Bat.

Résumé général : 1949. L'ancien policier James Gordon, devenu plus ou moins détective privé, a perdu son emploi, sa femme et sa fille en s'enfonçant dans l'alcool après avoir été marqué par la deuxième guerre mondiale. Incapable de dépasser les horreurs qu'il a vues là-bas, il s'enfonce jour après jour dans la dépression et la boisson.
Sélina Kyle, directrice du Kitty Kat Club, embauche cependant son vieil ami (et amant) Gordon pour protéger Rachel Hollingsworth, jeune femme au passé trouble qui vient de revenir en ville et doit rencontrer des gens de la haute société pour régler quelques vieilles affaires. Cependant, James boit lors de la soirée, notamment après avoir vu le Maire Dehaven, qui lui rappelle ses échecs, le cas qu'il n'a su résoudre lors de sa carrière de policier et qui lui fait comprendre combien la ville est corrompue (Dehaven est en effet soutenu et financé par le milliardaire Bruce, l'amant actuel de Sélina). Le lendemain, Gordon se réveille dans une ruelle, aux côtés du corps froid et mort de Rachel... et ses anciens collègues sont devant lui, avec les menottes.
Commence alors une enquête sombre, violente et terrible sur la vie et la mort de Rachel. Gordon arrivera-t-il à s'innocenter ? Pourra-t-il retrouver sa vie ? Et à qui parle-t-il, du début au milieu d'un récit fait en flashbacks, dans une ruelle sombre : The Bat, la rumeur qui terrifie les bas-fonds ? Ou pire encore ?

Mon avis : En 2001, Ed Brubaker est déjà connu pour écrire les titres Batman depuis un an environ. L'année d'après, il se lancera dans la série Catwoman et le titre Gotham Central, qu'il co-écrira avec Greg Rucka. En 2001, donc, Ed Brubaker se lance complètement dans l'univers de Batman, qu'il ne quittera pas avant longtemps. Et il signe un Elseworld d'une soixantaine de pages avec un artiste qui marquera sa carrière : Sean Phillips.

http://lambiek.net/artists/p/phillips_sean/phillips_gothamnoir.jpg

Avant Criminal, avant Incognito, avant même Sleeper, la paire Brubaker/Phillips s'essaye à un récit noir, évidemment, lorgnant plus du côté des vieux films policiers des années 30 et 40 que des histoires de super-héros classiques. Et si l'histoire n'est pas une entière réussite, les qualités du duo sont déjà suffisamment présentes pour faire passer un excellent moment de lecture.

En effet, Brubaker propose une narration classique, faite de flashbacks sur la base d'une discussion entre Gordon et The Bat, la légende urbaine à laquelle personne ne croit sauf les criminels des bas fonds. L'auteur livre une vision classique de Gotham City et d'une ville des années 30/40 : corruption de fonctionnaires et de politiques, mafia régnante et rampante, femmes fatales, dépravations sexuelles et morales, meurtres, folie, alcool et personnage principal désabusé et désespéré.
Si ça n'est en rien original, le tout fonctionne assez bien grâce à l'excellente connaissance du scénariste des trucs du genre, qu'il met en avant avec une grande facilité. Il ponctue son récit de multiples références aux comics, intégrant donc le fan dans toute la dynamique. Si certains clins d'oeil tiennent plus du gadget et sont, finalement, assez inutiles (Jack Nappier et son destin, notamment), la majorité demeure agréable et sert l'histoire.

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L'idée la plus intéressante de Brubaker est, finalement, de faire de The Bat, que tout le monde connaît ici, une légende urbaine. En ne le faisant apparaître qu'avec Gordon, et uniquement lors des scènes de James loin des autres personnages principaux, l'auteur interroge clairement sur la réalité de The Bat.
Après une double révélation de fin, Brubaker trouble les cartes et demande clairement son avis au lecteur : est-ce que The Bat existe réellement ? Ou bien n'est-ce réellement qu'une rumeur, fantasmée par les criminels et prise au sérieux par certains esprits troublés et fatigués ?

En utilisant avec intelligence les disparitions régulières de Bruce et les indices disséminés durant le récit, Brubaker s'amuse clairement et laisse le lecteur choisir. Mieux, il utilise avec intelligence le traumatisme de Gordon durant la guerre, qui remet en question beaucoup d'éléments du récit.

http://images1.wikia.nocookie.net/__cb20100526054334/marvel_dc/images/d/d8/Boss_Zucco_Gotham_Noir_01.jpg

Cependant, si Brubaker réussit bien ce petit jeu et gère tout autant sa galerie de personnages, dont les caractères varient à peine, il peine un peu sur l'intrigue en elle-même. Celle-ci apparaît en effet assez rapidement comme un prétexte à dérouler les éléments phares du genre et les guests-stars de luxe.
C'est un peu dommage de n'avoir pas plus travaillé cette intrigue, pourtant principale : si le récit s'axe rapidement sur le destin de Gordon et de sa famille, j'aurais apprécié un peu plus d'inventivité sur Rachel Hollingsworth.



Sean Phillips, lui, offre des planches sublimes. Si certaines cases sont parfois moins travaillées que d'autres, il offre une ambiance extraordinaire qui colle totalement au récit de Brubaker. Ses yeux d'ombres, ses yeux de mise en page sont excellents et m'ont totalement happé. Sa Sélina est sublime, son The Bat est terrifiant à souhait et son Gordon est minable au possible.
Une réelle claque graphique, qui fait sentir presque le climat poisseux, désespéré et sans avenir de la ville avec tous ses sens. Une réussite.

***

Gotham Noir est donc un bon Elseworld, qui s'amuse beaucoup avec ses personnages, leurs versions et la réalité de l'un d'entre eux. Si Brubaker aurait pu mieux travailler le fonds de son histoire, ses qualités scénaristiques, ses idées, ses dialogues et surtout les dessins de Phillips offrent un très bon moment de lecture pour un bel hommage aux classiques du genre.

Par BenT - Publié dans : La bibliothèque de Ben Wawe
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Mercredi 25 janvier 2012 3 25 /01 /Jan /2012 17:20

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Nom : Moriarty : The Dark Chamber.

Auteur(s) : Daniel Corey (scénariste), Anthony Diecidue (dessinateur), Dave Lanphear (lettreur et designer), Perry Freeze (coloriste).

Maison d'édition : Image Comics.

Année de publication : 2011.

Personnages principaux : Professeur James Moriarty, Jade, Tartarus, Mycroft Holmes, Docteur Watson, Sons of Chaos.

Résumé général : A l'aube de la première guerre mondiale, le Professeur Moriarty se fait passer pour mort et continue de survivre, à peine, sous l'identité de Trumbold. A la fois businessman dans l'import/export et vague enquêteur irrégulier dans le monde criminel, il a perdu toute envie et tout intérêt pour la vie depuis la mort de son grand adversaire, vingt ans plus tôt.
Cependant, quand le MI 5 lui demande d'enquêter sur la disparition de Mycroft Holmes, Moriarty retrouve ses vieux réflexes et l'adrénaline qui lui manquaient tant. Découvrant un complot complexe liant Mycroft à une société secrète menée par un homme nommé Tartarus et qui veut détruire le monde en usant d'une Chambre Noire, qui dépasse les limites de la science et de la physique, Moriarty va alors devoir lutter pour protéger le monde qu'il hait tant en retrouvant d'anciens amis/ennemis (l'assassin nommée Jade, Mata Hari, le Docteur Watson et tant d'autres).

Mon avis : Attiré par les avis positifs publiés sur Internet sur cette mini-série transformée en série depuis, mais également par mon attrait presque millénaire pour l'univers de Sherlock Holmes, j'ai été charmé par les idées de Corey et le trait sublime de Diecidue.



L'intelligence principale de Corey est de décrire un Moriarty désabusé. Depuis vingt ans, il n'a plus goût à rien et se laisse lentement glisser dans l'abîme de médiocrité qui l'entoure déjà. Corey passe suffisamment de temps à bien mettre en avant le marasme dans lequel le personnage évolue depuis si longtemps, et cela permet amplement de légitimer sa façon de se jeter comme un mort-de-faim sur l'occasion de se relancer dans une intrigue.
Il est en effet intéressant de voir que ce qui permet à Moriarty de redevenir lui-même est d'agir comme Sherlock Holmes l'aurait fait. D'ailleurs, jusqu'à la fin, j'étais persuadé que le Professeur était l'ancien pensionnaire de Baker Street, et qu'il avait été blessé au crâne en Suisse et était désormais persuadé d'être son ennemi. L'ouverture finale de The Dark Chamber est différente mais passionnante également.

http://comicbuzz.com/files/2011/06/MORIARTY-2_p16-17.jpg

Corey gère ensuite d'une façon efficace son intrigue, donnant une consistance énorme à chacun de ses épisodes. Pas de décompression ici, des numéros denses et rythmés, remplis d'informations, de clins d'oeil et de sous-entendus qui prennent une importance au fil de l'intrigue. L'auteur adopte clairement une narration forte, qui intègre pleinement le lecteur en lui demandant une attention constante ; personnellement, j'adore ça.



L'utilisation de personnages célèbres est excellente, quoiqu'étonnante régulièrement, et l'implication de la Science-Fiction très steampunk est bien fichue. Si l'adversaire est finalement classique, son design et sa façon de se comporter permettent de dépasser cette petite faiblesse. Et puis, il ressemble clairement aux "vilains" des récits classiques de ce genre, ce qui peut légitimer comme un clin d'oeil une éventuelle baisse d'imagination.

http://farm7.static.flickr.com/6134/6004034169_eeba243ecf.jpg

Un récit bien rythmé, donc, une idée de départ excellente, de très bons principes et concepts, des numéros denses, une fin étonnante et qui donne envie d'en voir plus... Corey a réussi son pari. Il s'est de plus associé à l'excellent Diecidue, qui donne un trait sublime à ses planches, pour fournir une atmosphère extraordinaire et très troublante.
Avec un très bon choix de couleurs, une ambiance très étrange (très "verte" en fait), il est pour moi une énorme révélation. J'ai hâte d'en voir plus, même si le deuxième story-arc n'est pas dessiné par lui.

Moriarty : The Dark Chamber est un récit maîtrisé, qui contient plusieurs clins d'oeil mais s'attache surtout à être une bonne histoire. A lire d'urgence pour les fans de Sherlock, et aussi pour ceux qui aiment les comics intelligents et bien fichus.

Par BenT - Publié dans : La bibliothèque de Ben Wawe
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