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The Sentry - La bibliothèque de Ben Wawe

Publié le par Ben Wawe

 

Nom : The Sentry #1-5 (et one-shots avec Spider-Man, Hulk, Fantastic Four et X-Men).

Année de publication : 2000 en VO.

Editeur : Marvel Comics en VO, Panini en VF.

Auteurs : Paul Jenkins, Jae Lee, Rick Veitch.

Pitch : Robert "Bob" Reynolds est un quadragénaire bedonnant, timide, qui ne supporte pas la foule et avec un problème d'alcool. Il reste avec sa femme parce qu'ils sont ensemble depuis longtemps, mais la lassitude et les non-dits ont rongé peu à peu leur couple.
Cependant, un soir de cette vie morne et banale, Bob se réveille - et commence à se souvenir. Il retrouve une bouteille cachée dans un vieux livre, et retrouve peu à peu ses sensations... ses souvenirs. Void, la quintessence du Mal, est de retour : il faut agir.
Sa femme ne le croit pas. Ses anciens amis ne le croient pas. Le monde l'a oublié, mais Void est de retour - et Bob est, malgré tout, Sentry. Le seul espoir de l'Humanité. Il doit juste les convaincre, s'en convaincre, et savoir pourquoi tout le monde l'a oublié.

Mon avis : A la fin des années 1990, Paul Jenkins et Rich Veitch imaginent l'idée d'un personnage iconique chez Marvel, un Gardien, une Sentinelle importante et extraordinaire, surveillant le monde et l'Humanité du haut d'une tour imposante. Il fallait également intégrer le personnage dans toute l'Histoire de Marvel, avec un événement cataclysmique qui aurait fait oublier son existence à tous les autres.
En 2000, Paul Jenkins propose cette idée à Joe Quesada, qui publie finalement l'histoire au sein du label Marvel Knights, alors un fantastique laboratoire d'idées et d'histoires au sein de l'univers Marvel (ah, Black Panther par Priest, Inhumans par Jenkins et Jae Lee...).

A l'heure actuelle, Sentry est essentiellement connu pour son passage au sein de la série New Avengers puis Dark Avengers de Brian Michael Bendis, qui l'a utilisé dès le début de son run sur la franchise. A titre personnel, je n'ai pas adhéré à son utilisation du personnage, car il n'a à mon avis pas compris le concept et la portée de ce dernier.

The Sentry de Jenkins, Veitch et Lee répond à une question simple : "que se passerait-il si Superman avait été créé par Stan Lee chez Marvel ?"
Cela soulève plusieurs questions fondamentales, que cette sublime mini-série et les one-shots affiliés (Sentry avec Spider-Man, Fantastic Four, Hulk et les premiers X-Men) répond avec un rythme lent mais très étudié.

Jenkins s'amuse à jouer avec le lecteur, en révélant peu à peu des informations vitales sur son personnage. Jouant d'abord avec le staff Marvel sur l'origine de Sentry (la mini-série a été accompagnée d'un buzz monté de toutes pièces, selon lequel le personnage avait été créé et esquissé par Stan Lee avant d'être mis au placard), il fait faire ensuite à ce dernier le tour complet de l'univers Marvel.
Avec le principe simple de la quête de vérité, de souvenirs et le rassemblement de héros face à Void, Sentry cherche fondamentalement qui il est, et ce qui a pu lui arriver. Lui, l'ancien meilleur ami de Reed Richards ; lui, qui a pacifié Hulk ; lui, qui a appris à Warren Worthington à prendre confiance ; lui, qui a fait de Peter Parker un homme riche et sûr de lui. Comment a-t-on pu l'oublier ? Comment a-t-on pu le trahir, lui qui se souvient uniquement d'un enterrement simulé honteux, où Mr Fantastic le traînait dans la boue ?

Avec peu de révélations, une ambiance de fin du monde, magnifiée par les dessins sombres et torturés de Jae Lee (qui a atteint son apogée avec cette histoire et Inhumans), Paul Jenkins se souvient du concept initial et livre la plus belle réponse à cette question.
Que se passerait-il si Stan Lee avait créé un Superman Marvel ? Il aurait été surpuissant, il aurait été exceptionnel, il aurait été merveilleux, il aurait été bon... mais son ennemi serait plus intime que jamais, sa faiblesse aurait été plus intérieure que jamais.

Finalement, tous les personnages iconiques de Marvel créés par Stan Lee ont pour la majorité des points communs, qui ont fait le "style" Marvel.
En premier, leur ennemi principal est lié à eux personnellement, ils ont été proches mais se détestent maintenant. Magneto est un mutant comme les X-Men, et il a été ami avec leur mentor ; le général Ross est le père de l'amour de Bruce Banner, et il a chapeauté l'expérience qui l'a transformé ; le Docteur Fatalis était un compagnon de fac de Reed Richards.
En second, ils ont tous une faiblesse intérieure, qui vient d'eux-mêmes ; et plus ils sont forts, plus leur faiblesse est grande. Les Fantastic Four ne se supportent pas ; Bruce Banner ne peut contrôler Hulk ; Spider-Man porte sa culpabilité comme un sacerdoce.

Ici, Jenkins applique le même schéma à Sentry. Void, son ennemi ultime, est plus que personnel : il est sa faiblesse, son côté obscur, la face cachée. Si le Chevalier du Bien est le plus grand, le meilleur, le plus exceptionnel, alors son ennemi est le Mal le plus absolu.
La révélation finale, apocalyptique, permet de comprendre toutes les révélations disséminées jusque-là. Oui, Sentry EST Void, et c'est parce qu'il est aussi horrible, aussi invincible, aussi cauchemardesque que Sentry se doit de l'arrêter - il doit s'arrêter lui-même.

Sentry, le plus grand des héros, se sacrifie et accepte de retourner à une existence vide, morne et banale pour le bien du plus grand nombre. Alors que tout échoue autour de lui, il choisit une fuite, une fuite programmée qui permet d'endormir Void, et de faire disparaître Sentry.

Déchirante, cette fin est à mon sens un véritable hommage au concept de Superman et de Marvel des années 60. Jenkins a parfaitement saisi le principe du personnage de Superman, le plus noble et le plus grand de tous ; là, plongé dans un univers plus sombre, plus torturé, où il est lui-même le monstre qu'il doit stopper, et qu'il stoppe en abandonnant tout.

Histoire forte, puissante, complétée par une série de one-shots permettant de montrer toute la noblesse du personnage (avec plusieurs dessinateurs, qui offrent de très jolies choses), The Sentry est pour moi un grand souvenir. Offerte par des proches quand je commençais à peine les comics, j'ai dépassé un graphisme qui au début ne m'a pas convaincu (mais que j'adore désormais) pour me plonger pleinement dans une intrigue terrible.

Là, avec cette histoire, Jenkins offre une figure noble et magnifique au monde Marvel, mais qui se sacrifie pour le plus grand nombre et laisse ceux que Sentry a tant aidés à leur misère (Archangel, Spider-Man et Hulk seraient quand même mieux s'ils se souvenaient de Sentry).
C'est beau, tant par le graphique que par la puissance des numéros, c'est fort, c'est percutant et c'est une histoire qui aurait dû être la première et dernière apparition de son héros. Ses autres apparitions, en dehors de tout aspect qualitatif, nuisent à l'impact de ces quelques numéros, et c'est dommage.

Une lecture que je recommande très, très chaudement.

 

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