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Apocalypse, please ! Prologue

Publié le par BenT

Bonjour à tous.

 

Après plusieurs teasers (ici, ici et ici), voici enfin le début du crossover entre Lord Corlatius, un personnage fétiche à la mise en lumière difficile, et Drak Bèryl, que j'ai eu l'occasion de présenter sur ce blog.

Pour plus d'informations sur Lord Corlatius, prière d'aller directement ici (un billet plus récent que celui-ci, mais j'édite à l'heure actuelle mes vieux dossiers et ce crossover en fait partie).

 

Ce crossover, qui a eu la chance d'avoir plusieurs teasers par des auteurs de talent, sera fait sous la forme d'une nouvelle divisée en quatre parties et un prologue. Emmessem et moi-même avons en effet décidés de nous lancer un défi littéraire, et d'éviter de mêler des dessinateurs à ce projet. Nous voulions revenir un peu aux bases, et surtout pouvoir faire évoluer notre personnage dans un style qui n'est pas le leur (Drak Bèryl est en effet un personnage de BD, publié dans le premier numéro de Forgotten Generation et bientôt ailleurs, et son auteur sera les 5 et 6 novembre au célèbre Lille Comics Festival).

 

Les chapitres du crossover seront publiés sur un rythme que nous espérons soutenu, au mieux tous les dix ou douze jours. Ainsi, la première partie du crossover arrivera normalement au plus tard le 12 novembre. Et ainsi de suite.

Les chapitres seront courts, également. Nous ne tenons pas à rédiger un roman et à vous perdre. Et, si possible, nous incluerons des images liées aux histoires, soit originales, soit prises sur d'autres structures, en respectant toujours les crédits et copyrights. Nous tenons en effet à joindre à l'écrit des supports visuels, pour former des récits imagés.

 

La publication de ce prologue est faite en même temps sur le blog de Emmessem, et cela se fera ainsi à chaque fois.

Maintenant, trêve de bavardage, place à un rapide et court prologue que j'espère intéressant du crossover que nous avons nommés Apocalypse, please !

 

Prologue

 

Une goutte tombe.

Lentement, elle quitte une tige sombre et s’élance dans l’air froid et vicié qui l’entoure. Le silence est si étourdissant que sa simple chute est une explosion. En soi, c’est une révolution mais personne ne le sait encore.

 

La goutte glisse sur le sol aride qui entoure l’immense statue immobile. L’Humanité n’existait pas encore quand la Vie l’a quitté. Mais toute attente a une fin – et un recommencement.

 

Lentement, la goutte glisse, se divise, se sépare. A chaque fois, sa forme perd de sa consistance dans la terre rugueuse et morte. Elle parcourt les sillons arides et froids, s’oublie jusqu’au plus profond de la terre. Elle n’est plus qu’une minuscule trace de liquide au bout d’une traînée sinueuse et morte au sein de la pierre et de la boue solide.

La goutte s’arrête, immobile ; elle n’a plus la densité suffisante pour avancer. Ce n’est pas grave, elle a rempli son office. Elle est née, elle est tombée – elle a semé.

 

Lentement, un bruit trouble le silence morbide qui règne sur ce territoire mort.

Un martèlement sourd fait battre la structure de la statue. Elle est immense, divisée en son extrémité en une dizaine de petites tiges ; elle est recouverte d’une sorte de carapace… d’écorce. Celle-ci s’effrite au rythme régulier de coups anonymes mais dont l’écho se ressent sur toute la zone plongée dans l’obscurité. Les tiges sèches vibrent, se brisent et tombent sur le sol. La terre s’ouvre, traçant des tranchées dans la terre aride.

 

Au bout de quelques instants, un hurlement guttural, animal, s’échappe des racines de l’arbre. Les sillons apparaissent au grand jour, brisant en deux le sol. Les vibrations s’intensifient, jusqu’à ce que toute l’écorce soit tombée.

L’arbre est désormais nu – et ce n’est plus une statue.

 

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Image issue du film Hellboy.

 

La silhouette jusque-là recouverte d’écorce bouge, lentement. Ses longs bras, ses multiples bras jusque-là emprisonnés dans des tiges d’écorce s’ébattent, son torse redécouvre la respiration. Sa gorge tousse pour crier à nouveau, poussant ses poumons à reprendre leurs anciennes fonctions. Ses paupières battent pour habituer ses yeux au Réveil. Sa bouche forme un sourire maléfique quand il comprend le sens du Réveil.

 

Autour de lui, les autres statues, ses autres frères, s’éveillent. Ils hurlent à l’unisson ; ils sourient à l’unisson.

 

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Image issue du film Hellboy.

 

Devant eux, un cercle lumineux, un portail, apparaît. D’abord blanchâtre, puis jaunâtre, il laisse ensuite entrapercevoir une image troublée, mouvante. Au bout d’un petit temps, elle devient plus nette, moins floue. Elle se concentre sur un endroit précis, une tour immense, majestueuse, triomphante mais également inquiétante. Une construction relativement bien conservée, avec quelques évolutions récentes, mais étonnamment datée, comme si elle avait été montée et arrachée à son Temps précis pour être fixée en une époque qui ne la mérite pas.

Un beffroi. Le Beffroi d’Europazia, capitale des Etats-Unis d’Eurasie, localisé depuis vingt ans sur les ruines de la ville détruite jadis dénommée Lille.

 

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Case dessinée par Gaëtan.

 

Leurs sourires s’agrandissent.

Leurs bras se plantent dans le sol et les relèvent.

Leurs multiples jambes bougent, lentement, et les dirigent vers le portail – vers le vortex qui les emmènera vers une nouvelle dimension, un nouveau territoire à conquérir.

 

Ils arrivent. Lentement, ils arrivent. Et personne ne pourra les en empêcher.

 

***

 

Ailleurs, plus tôt, plus loin, quelqu’un soupire dans sa bière. Quelques gouttes s’élèvent et tachent le comptoir, attirant le regard sévère du barman. Il ne laisse cette épave dans son établissement que parce qu’il a payé d’avance une dizaine de coups, à un tarif bien supérieur à celui qui le fait vivre ; mais même l’attrait pour l’argent commence à s’effacer devant son envie de rentrer chez lui et de dormir enfin.

 

Il est trois heures du matin, dans une gargote sombre et malodorante en plein cœur de l’Australie, à quelques dizaines de kilomètre de route de la ville de Darwin, sur la pointe Nord de l’île. Le client est là depuis quatre heures, s’abîmant dans l’alcool et le silence. Son cerveau semble le trahir, d’ailleurs, vu les gestes lents et désordonnés qui l’animent et la bave qui coule lentement sur sa chemise grisâtre, sa cravate vaguement rouge et son imperméable noir.

C’est un type vraiment bizarre, d’ailleurs. Il est sorti des terres sans voiture, comme s’il avait marché pendant des heures. Son jean, jadis bleu, est entièrement délavé par la poussière, tout comme son imperméable, sali par plusieurs aventures apparemment peu glorieuses. Son chapeau, une sorte de Stetson, est déformé par deux trous au milieu du crâne. Et l’homme en lui-même, avec des joues creusées recouvertes d'une barbe fine mais abondante, un regard vide, des lunettes brisées vissées quand même sur son nez et des cheveux poivre-et-sel recouverts eux aussi de crasse, ne vaut guère mieux.

 

Il donne l’impression qu’un camion lui a roulé dessus, et qu’il s’est relevé pour aller boire un verre, le corps dézingué et l’esprit obstrué. Il fait peine à voir, mais surtout tache sur le siège du bar.

Le barman repose le verre qu’il a astiqué pendant cinq longues minutes ; il va le virer, il l’a décidé. L’argent ne fait pas tout, et il a déjà assez ramassé. Et puis, vu l’état du type, il ne résistera certainement pas s’il le brusque un peu.

 

Cependant, alors qu’il s’approche, une sorte de cercle lumineux, d'un rouge vif et aveuglant, apparaît aux côtés du client ; celui-ci ne bronche pas, alors que le barman hurle sa surprise avant d’être lentement… attiré par la chose.

Peu à peu, toutes les chaises, tous les verres, toutes les bouteilles s’avancent progressivement vers le phénomène, qui semble être une sorte de portail ou un trou noir.

 

Le client ne bouge toujours pas. Ou plutôt, si : il finit sa bière.

Et tourne lentement le visage vers ce qui semble être définitivement un portail, faisant apparaître des rues, des immeubles et des symboles qu’il ne connaît pas, qui sont à un univers de lui –Europazia, bien sûr. Il hausse les épaules et pose un papier sur le comptoir, qui lui non plus n’est pas attiré par le phénomène.

 

Le barman doit se tenir à un meuble pour ne pas être absorbé par la chose. Un flot terrible de chaises et de verres s’engouffre dans le vortex, à une vitesse de plus en plus folle. Le client se lève enfin et époussète son chapeau, calme, serein.

 

Il craque sa nuque et s’avance, délibérément, vers le portail, alors qu’il semblait résister à son appel jusque-là.

 

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Corlatius par Cytrash.


Et juste au moment où il pénètre entièrement dedans, le phénomène disparaît : plus d’images, plus de cercle, plus d’attraction – et plus de client.

 

Lentement, le barman se relève, tremblant. Il se précipite sur son comptoir, pour découvrir le papier ; il n’y comprend rien, évidemment.

C’est une carte, une carte de visite. « Lord Corlatius, détective, 221B, Baker Street, Nelson, Canada » avec quelques mots griffonnés dessus : « Adresser facture à ».

 

Il n’y comprend toujours rien, mais il est vivant, et c’est ça l’important.

Les mains toujours tremblantes, il s’empare d’un balais pour ranger, tentant de réunir ses pensées pour mieux appréhender ce qu’il vient de se passer. Il n’aura jamais le fin mot de l’histoire, il le sent bien, mais il est sûr d’une chose : tout ça, c’est la faute de ce type. Qu’il brûle en enfer, pense-t-il en poussant avec hargne des verres brisés vers un angle mort ; qu’il brûle en enfer, c’est tout ce qu’il mérite.

 

Ailleurs, plus tard, plus loin, l’objet de sa fureur reçoit la punition tant voulue par le barman.

Mais ce n’est qu’un retour chez lui.

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