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Du flair - 29 mars 2011

Publié le par BenT

Bonsoir,

 

Petite pause (petite, promis !) dans mon histoire Erreurs ajustées pour publier Du flair, courte nouvelle partie d'un défi lancé par mon vieil ami Romain. Je vous dirais à la fin l'objet du défi et si commentaires il y a, dites-moi si je l'ai bien relevé ! Bonne lecture à tous.

 

 

Du flair

 

 

La rosée me fait éternuer. L’aube hivernale fait frissonner mes vieux alors que je sens mes grosses pattes peiner dans la neige. L’odeur du cadavre égorgé devant moi me révulse. Saleté d’odorat. J’aurais préféré avoir l’ouïe plus développée, dans des moments comme ça. J’aurais aussi voulu éviter d’être là, surtout.

 

Les proches de la victime sont derrière moi. Je sens leur regard sur mon dos : elles attendent que je dise quelque chose de rassurant, de fort. Elles tremblent, autant à cause de la fraîcheur matinale que de la peur. Elles sont terrifiées, et elles ont raison. Ça fait des mois que nous n’avons pas eu à recenser de disparition, naturelle ou autre. La dernière fois, c’était Isabelle, et c’était parce que son moment était venu.

Marie s’est couchée comme les autres hier soir, et sa journée a été ordinaire. Repos, réveil, repas, travail, repos. Une mécanique bien huilée, une dynamique organisée pour une efficacité optimale. Marie était appréciée par ses proches et ses collègues, et personne ne comprend pourquoi elle a été retrouvée devant chez elle ce matin. La gorge arrachée, le ventre ouvert en deux.

 

Du sang recouvre les murs de l’endroit qu’elle appelait auparavant chez elle. La collègue qui l’a retrouvée ne s’en remet pas, paraît-il. Je vais devoir aller l’interroger, mais… j’ai le temps. D’abord la scène de crime. Mais d’abord, éloigner les témoins gênants. Je n’ai pas besoin qu’on me mette la pression.

Ce meurtre… c’est du travail de pro. La gorge, le ventre : il n’y a pas de traces de coups autre part. Le tueur savait où viser, vite et bien vu que personne n’a entendu les cris de Marie. Ça a dû se passer en quelques secondes à peine. Du travail de pro, oui. Et je crains de déjà connaître l’auteur, mais j’espère que non. Il s’était rangé, merde.

 

J’évacue donc avec difficulté la foule qui glousse de colère. Elles n’osent pas me le dire, mais elles ne supportent pas que je les traite comme ça. Elles ont toujours l’impression d’être considérées comme le plus bas échelon, comme les « petites mains », qui ne comptent pas vraiment. Elles n’ont pas forcément tort. Ce n’est pas une raison pour les humilier d’avantage en étant trop vulgaire et autoritaire.

 

Enfin seul, je peux m’approcher et faire mon boulot. Je me sens vieux. Ça fait longtemps que je fais ça, que je maintiens l’ordre ici, entre les collègues de Marie, les grands types d’André qui accompagnent toujours le Chef dans ses déplacements ou Otto et les siens, tous plus vulgaires les uns que les autres. Certains n’ont aucune notion d’hygiène. Et je ne parle pas des autres : j’ai l’impression d’être entouré de bandes rivales, prêtes à exploser à chaque instant.

Je me sens fatigué en regardant les traces autour du cadavre. Nous sommes en hiver, le sol est dur et froid : impossible de trouver un véritable indice ici. Seules les traces sur les murs de la maison de Marie et de ses proches et le cadavre peuvent m’aider. C’est mince. Surtout que je n’ai jamais été doué pour ça.

 

Moi, ce que je préfère, c’est la chasse. Poursuivre la cible, remonter sa trace en pleine forêt. Etre discret. Rapide. Efficace. Voir mais ne pas être vu. Et choper enfin celui ou celle que je poursuis depuis des heures. J’ai toujours laissé mon Chef tirer la gloire de mes victoires : ça ne m’a jamais intéressé. Moi, ce que j’aime, c’est la poursuite, la traque.

Le Chef a apprécié mon sens du sacrifice, je pense. C’est pour ça que, trop vieux pour les opérations sur le terrain, il m’a laissé finir ma carrière ici. A protéger ceux qui n’en n’ont pas besoin. Qu’est-ce que je peux faire contre la sélection naturelle ? Il n’y a plus eu de meurtre depuis des mois, et à chaque fois le coupable est facilement identifié.

 

C’est lui. C’est toujours lui. Et je suis persuadé que, là encore, il est derrière tout ça.

Merde. Il m’avait pourtant promis.

 

Je traîne ma carcasse fatiguée jusqu’à l’orée de la forêt. Il se cache, je le sens. Il pense que je ne l’ai pas vu, mais mon odorat est toujours là et sa puanteur est bien trop présente pour l’oublier. Surtout, je le connais par cœur : je sais comment il fonctionne, comment il pense.

Des années d’opposition nous ont rapprochés, finalement. Je le connais mieux que mon coéquipier, Julian. Lui qui ne peut pas me seconder parce qu’il est en déplacement avec le Chef, à garder les troupes. Hé. Plus jeune, plus sûr. Même s’il a été blessé lors de la dernière sortie du Chef, quand une meute d’adversaires l’a acculé pour s’en prendre aux gamines. Il s’en est sorti avec talent, c’est normal qu’il soit avec le Chef. Mais j’aurais bien besoin de lui, là.

 

J’attends.

Je sais qu’il sait que je suis là. Je ne bouge pas, en signe de paix. Je ne veux pas l’attaquer. Plus. J’en ai assez des combats, surtout que l’issue est toujours la même. Si je ne l’emporte pas, le Chef s’en mêle et l’autre en souffre. Le Chef tape plus fort que moi. Red, ce vieux filou, sait bien qu’il vaut mieux me parler à moi plutôt qu’à lui.

 

Mais rien. Toujours rien. Ce n’est pas normal. Red sait très bien que ça ne sert à rien de se cacher quand je suis là, et au fil des ans une relation de « confiance » s’est instaurée entre nous. Il sait que je suis venu seul. Il n’a pas besoin de se cacher. Sauf si quelque chose ne va pas.

 

Lentement, prudemment, je m’approche. Même si je le connais, je préfère assurer mes arrières. Hé, on est ennemis, quand même. J’enlève doucement les branches devant sa tanière, cachée entre deux grands arbres et une petite dune, si proche de nous que ça en est indécent. Je lui ai souvent dit qu’il était fou de se cacher aussi près. Ça l’a toujours fait rire.

Mais là, il ne rit plus. Parce qu’il n’en a plus le cœur. Ou parce qu’il n’en a plus la mâchoire, arrachée et trônant à quelques mètres de sa carcasse.

 

Il est mort. Depuis hier après-midi, au moins, vu l’odeur. Et Marie est morte dans la nuit, vu qu’elle s’est couchée avec les autres hier soir. Il n’a donc pas pu la tuer, même si c’était sa méthode. Il en a emporté beaucoup, des « petites mains », et le Chef a souvent essayé de le punir définitivement. Red s’est toujours enfui. Il a toujours utilisé les failles du système pour se défendre. Il a toujours réussi à échapper à la sanction finale. Jusqu’à aujourd’hui.

 

Ici aussi, le cadavre est net : la mâchoire arrachée, et rien d’autre. Du travail de pro. Personne, chez nous, ne sait faire ça. Personne n’a la précision, la fureur et la force pour ça. Red a dû essayer de se défendre, et son agresseur a quand même réussi en quelques secondes à le détruire. Et pourtant, Red était un pro lui aussi. Qui a bien pu… qui était assez doué pour…

 

Oh. Oh merde.

 

Ma vieille carcasse bondit de la cachette de Red. Mes vieilles pattes me portent jusqu’à la cour centrale, près de la maison de Marie. Le Chef. J’entends le véhicule du Chef. Je dois le prévenir. Il est en danger, nous sommes tous en danger. Il… oh non, c’est lui. Mon dieu… c’est terrible. C’est lui. Ça ne peut être que lui. Trop fort, trop pro, trop puissant pour que ça soit quelqu’un d’autre. C’est lui.

Le Chef. Je dois avertir le Chef. Avant qu’il ne lui tourne le dos.

 

Là. Je le vois. J’y suis presque. Je l’appelle. Il me regarde. Oh, il recule. En même temps, je dois être recouvert du sang de Marie et de Red : j’ai inspecté leurs cadavres, j’ai cherché des traces sur les scènes de crime. Et je cours et j’hurle tellement que je dois faire peur. Il recule encore. Mais je ne peux pas ralentir. Je dois l’avertir. Je dois…

 

Le choc me coupe la respiration. Je roule sur le sol, je sens mon épaule souffrir sous le choc.

Quelque chose… quelqu’un est sur moi. J’ouvre mes yeux pour voir la gueule de Julian. Je suis allongé, il est assis sur moi. C’est lui qui m’a frappé. C’est lui qui me frappe, en fait. Coup droit, coup gauche, coup de tête : la totale. Il me fait tout subir. Tout ce que je lui ai appris.

 

Je n’arrive pas à relever mes poings pour me défendre. Il est trop rapide, trop jeune. Merde, c’était prévisible : je l’ai formé. A être le meilleur. A suivre le Chef. A prendre ma place. J’étais heureux de ce sacrifice pour le Chef. Finir ma vie ici, ça ne me plaît pas mais pour le Chef… je le fais. Et je laisse Julian suivre ma voie.

Mais… Julian. C’est lui. Alors que je sens mon visage être ravagé par ses coups et ma conscience peu à peu disparaître, je sais que c’est lui. Il… il a dû être contaminé par une maladie quand la meute l’a blessé, l’autre fois. Il ne peut plus se restreindre, maintenant.

Il veut du sang. Il veut mon sang. Il l’a.

 

« Ola, ola, couché ! Couché, Julian ! »

 

Le Chef sépare les deux chiens. Le plus vieux est mort depuis quelques minutes, déjà. Il a eu peur en le voyant foncer vers lui, surtout après le meurtre de sa poule, ce matin. Est-ce que le vieux l’a tué ? Peut-être a-t-il eu la rage, à force de s’en prendre au renard, qui rôde toujours près de la ferme. Heureusement, Julian l’a protégé et a mis fin à la menace. Comme il a protégé le troupeau l’autre jour contre une petite meute de loups. Il les a fait fuir avec seulement une petite blessure, sur le dos. Il s’en est déjà remis.

Bien joué, pense-t-il en caressant son chien qui grogne, sûrement encore dans l’action et dans l’adrénaline. J’ai eu du flair en gardant Julian près de moi et en laissant le vieux ici. Qui sait ce qu’il serait arrivé si j’avais gardé le vieux pour protéger les brebis et pour me protéger ? Oui, j’ai eu bien du flair ! Mais c’est quand même bizarre qu’il grogne toujours autant, remarqua-t-il…

 

 

 


 

Comme vous l'avez deviné, le défi était de faire un polar animalier, mais sans animaux humanisés. Alors, comment m'en suis-je tiré ?

Commenter cet article

Julie 11/04/2011 15:28


Je suis d'accord avec Romain : on a du mal à dire qui est quoi, et du coup ça gâche un peu certains passages... Le dernier paragraphe également, qui nous explique en fait de quoi il s'agit, est un
peu trop "brut"...

Mais sinon, j'ai trouvé ça sympa comme tout :)
(commentaire très constructif, n'est-il pas?)


BenT 15/04/2011 21:10



J'aime bien ces textes mystérieux qui se révèlent à la fin. Mais je ne maîtrise peut-être pas encore les phases de révision.



Romain 30/03/2011 20:42


Tu t'en es bien tiré.
Bon, je t'ai déjà fait un debriefing détaillé, je résume donc : bon style, histoire prenante, final très sympa. Je regrette juste qu'on ne saisisse pas très bien qui est quoi. Je trouve aussi le
final un peu trop rapide.
Mais le défi est relevé !

Pour la petite histoire, le but est de mettre Ben à l'épreuve dans des textes un peu différents de ce qu'il a l'habitude de faire.
Si vous avez des idées de défis, envoyez !