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Être conlanger, créateur de langues et de langages pour Hollywood

Publié le par BenT

Bonjour à tous.

 

J'ai découvert aujourd'hui qu'il existait un terme pour la profession de ceux qui inventent des langues pour Hollywood. En effet, des linguistes sont embauchés par l'industrie cinématographique et télévisuelle pour créer des mots, des expressions, des phrasés et des intonations pouvant définir des langues inconnues, ou créées dans des médias différents.

 

Un conlanger, expression américaine, désigne ainsi un linguiste spécialisé dans l'invention de langues et langages pour le cinéma et les séries télévisées. Et tous, ici, nous avons déjà eu l'occasion d'assister à la mise en oeuvre de leur travail : des séries comme Star Trek, Star Wars, Stargate SG-1, Game of Thrones et plein d'autres ont bénéficié de telles créations et de tels traitements.

 

http://www.ecranlarge.com/upload/wiki/article/small_374813.jpg

Un Klingon, célèbre race de Star Trek.

 

Le New York Times présente ainsi David J. Peterson, conlanger de trente ans ayant étudié la linguiste à l'Université de Californie. Il a, comme fait de gloire, l'invention de la langue dothraki, parlée dans la série télévisée à succès Game of Thrones dont voici un extrait :

 

 


 

David J. Peterson n'en est cependant pas à son coup d'essai : malgré son jeune âge, il a déjà créé douze langues avant celle-ci ! Il garde un excellent souvenir de deux d'entre elles : le Zhyler, pour lequel il s'est inspiré de l'ancien turc, et le Kamakawi, pour lequel il a déniché des points communs avec la langue de Hawaï (je ne trouve néanmoins pas pour quelles oeuvres ont servi ces deux langues).

 

 

http://www.pifpafpouf.fr/wordpress/wp-content/uploads/Stargate-Goauld.jpg

Un Goa'uld, célèbre race de parasites extraterrestres apparus dans Stargate SG-1 et contrôlant les corps qu'ils possèdent.

 

Pour Peterson, le plus ardu dans sa profession est de juger de l'existence ou non d'un mot, qui est pourtant très connu et commun pour nous. Si certains sont aisément expulsables (pas de téléphone pour les Dothrakis !), certains méritent un plus gros travail : si la série de livres Game of Thrones (Le Trône de Fer en français) n'indique aucune grammaire et aucun orthographe particulier pour les Dothrakis, l'auteur souligne quand même que ce peuple a quatorze mots différents pour définir un cheval, pièce fondamentale de leur culture.

Pour être un grand fan de cette série, je ne peux qu'apprécier le travail de Peterson, qui s'est très bien approprié l'esprit des histoires pour livrer une langue adaptée et qui me refait penser aux livres que j'ai lu.

 

Peterson indique d'ailleurs s'inspirer des oeuvres pour créer ses langues, mais surtout en jouant et en combinant des lettres avec des sons. Après avoir forgé quelques bases de vocabulaire, il teste grammaticalement ses productions en créant des modèles de phrases, en y insérant des suffixes et des préfixes pour envelopper le tout. Son objectif final est ainsi de parvenir à environ 10 000 mots.

 

En août 2011, Slate.fr avait publié un article s'interrogeant sur les langues fictives et leur réalité : si des linguistes et des fans s'acharnent à trouver plusieurs milliers de mots, peut-on encore considérer un tel language comme fictif, artificiel ? Un lexique y est également proposé, en plus de cette réflexion sur le développement de ce phénomène.

Les langues sindarin, quenya ou khuzdûl dans Le Seigneur des Anneaux de Tolkien ont ainsi beaucoup fait pour cette nouvelle dynamique, qui incorpore totalement les fans dans la continuité des oeuvres, dans leur enrichissement. Le phénomène touche également la Science-Fiction avec le klingon dans Star Trek, pour le na'vi dans Avatar de James Cameron.

 

Cependant, pour que de telles langues soient considérées comme réelles, il faudrait une volonté, un désir de ceux qui veulent la pratiquer de l'utiliser régulièrement, de la faire vivre et évoluer, comme nos langages actuels. Et D'Armond Speers, un père américain du Minnesota, a eu une telle volonté : en parlant à son fils uniquement en klingon de sa naissance à ses trois ans, alors que sa femme continuait de lui parler uniquement en anglais, il est parvenu à ce que son enfant soit totalement bilingue anglo-klingon !

 

Rares sont les fans ayant autant d'abnégation (et de telles pratiques !), et les langues inventées semblent encore demeurer dans le carcan des oeuvres dont elles sont issues, malgré leurs fans. A noter que, si depuis plus de soixante ans le phénomène de création de langues imaginaires augmente, l'Unesco souligne que 25 langues bien réelles disparaissent chaque année.

En effet, le Français Claude Hagège a souligné dans l'Express que «Dans un siècle, si rien n'est fait, nous aurons perdu la moitié de notre patrimoine linguistique, et sans doute davantage à cause de l'accélération due aux prodigieux moyens de communication

 

Une situation paradoxale, qui prouve peut-être que les générations actuelles s'intéressent plus à la fiction qu'à la réalité : un autre sujet de débat !

A bientôt !

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Fraffert 14/12/2011 23:20

Pour être précis, le terme ne s'applique pas qu'aux langues créées pour les besoins d'Hollywood, mais à toutes les langues artificielles. Comme cité, Tolkien en est certainement le meilleur
exemple.

Linguiste/phonologiste de formation, il a dévelopé son univers fictif parallèlement aux langues qui lui sont propres, en donnant à celles-ci une histoire "interne" compliquée (évolution des langues
à l'intérieur de l'oeuvre), en appliquant des méthodes rigoureuses de phonologie. En réalité, l'univers de la Terre du Milieu est plus issu des langues que les langues ne sont issues de l'univers.
Tolkien est plus ou moins parti des langues, et à construit l'univers pour leur donner un cadre. Et c'est toute une flopée de langues qu'il a inventé selon ses goûts, chacune ayant une saveur toute
différente. Le Quenya ("Haut-elfique" inspiré du Finnois), le Sindarin ("Gris-elfique" inspiré du Gallois), le Khuzdûl ("Nain", apparemment inspiré des langues sémitiques), l'Adûnaic ("Numénoréen",
inspiré d'on ne sait pas trop quoi, peut-être l'égyptien), le Noir Parler ("Mordorien", regroupant les sonorités détestées par Tolkien) sont les plus connues, mais en creusant on peut trouver le
Nandorin ("Vert-elfique" à la saveur Anglo-saxonne), le Valarin, le Telerin, le Westron, le Doriathrin (un dialecte archaïque du Sindarin) etc... à différents niveaux de complétion. Sans parler de
l'elfique primitif, ancêtre des langues elfiques (un peu comme notre indo-européen primitif théorique, ou l'une des autres langues primitive (germanique primitive, par exemple).

Tout ça pour dire que les langues ont une place vraiment centrale dans l'oeuvre de Tolkien, même si ce n'est pas très visible dans ses oeuvres les plus connues. Les textes publiés à titre posthume
donnent un nouvel éclairage à son univers. En bref, il n'imaginait pas son univers sans les langues inventées, et ne l'aurait pas inventé sans elles.

C'était quelques précision de la part d'un ancien passionné des langues de Tolkien ;)

BenT 16/12/2011 12:21



Et bien merci beaucoup !


Je ne savais pas que Tolkien était tellement spécialisé dans les langues. Je suis étonné qu'il ait fait le chemin "inverse" à celui qui me semble logique, c'est-à-dire partir de l'univers vers
les langues (ce qu'il n'a donc pas fait).



Romain 13/12/2011 21:20

Petit bug pour ta première image. Je souligne également le fait que les sous-titres sont totalement dépourvus d'âme (et d'une ponctuation adaptée).
Mis à part ça, très bon article, je connaissais déjà ce métier qui m'avait étonné à l'époque, presque amusé. "Quel intérêt, me disais-je, d'inventer tout un lexique dans une oeuvre où seulement
quelques phrases seront utilisées ?"
Merci pour ta recherche !

BenT 16/12/2011 12:20



Je vais essayer d'arranger la première image, qui s'affiche chez moi. Les sous-titres sont en effet faibles, mais la vidéo contient l'un de mes passages préférés de la première intégrale du Trône
de Fer : je ne pouvais passer à côté.


Merci !