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Gotham Noir - La bibliothèque de Ben Wawe

Publié le par BenT



Nom : Gotham Noir.

Auteur(s) : Ed Brubaker (scénariste), Sean Phillips (artiste), Bill Oakley (lettreur), Dave Stewart (coloriste & séparations).

Maison d'édition : DC Comics.

Année de publication : 2001.

Personnages principaux : James Gordon, Sélina Kyle, Rachel Hollingsworth, Harvey Dent, Boss Zucco, Maire Artie Dehaven, Bruce Wayne, The Bat.

Résumé général : 1949. L'ancien policier James Gordon, devenu plus ou moins détective privé, a perdu son emploi, sa femme et sa fille en s'enfonçant dans l'alcool après avoir été marqué par la deuxième guerre mondiale. Incapable de dépasser les horreurs qu'il a vues là-bas, il s'enfonce jour après jour dans la dépression et la boisson.
Sélina Kyle, directrice du Kitty Kat Club, embauche cependant son vieil ami (et amant) Gordon pour protéger Rachel Hollingsworth, jeune femme au passé trouble qui vient de revenir en ville et doit rencontrer des gens de la haute société pour régler quelques vieilles affaires. Cependant, James boit lors de la soirée, notamment après avoir vu le Maire Dehaven, qui lui rappelle ses échecs, le cas qu'il n'a su résoudre lors de sa carrière de policier et qui lui fait comprendre combien la ville est corrompue (Dehaven est en effet soutenu et financé par le milliardaire Bruce, l'amant actuel de Sélina). Le lendemain, Gordon se réveille dans une ruelle, aux côtés du corps froid et mort de Rachel... et ses anciens collègues sont devant lui, avec les menottes.
Commence alors une enquête sombre, violente et terrible sur la vie et la mort de Rachel. Gordon arrivera-t-il à s'innocenter ? Pourra-t-il retrouver sa vie ? Et à qui parle-t-il, du début au milieu d'un récit fait en flashbacks, dans une ruelle sombre : The Bat, la rumeur qui terrifie les bas-fonds ? Ou pire encore ?

Mon avis : En 2001, Ed Brubaker est déjà connu pour écrire les titres Batman depuis un an environ. L'année d'après, il se lancera dans la série Catwoman et le titre Gotham Central, qu'il co-écrira avec Greg Rucka. En 2001, donc, Ed Brubaker se lance complètement dans l'univers de Batman, qu'il ne quittera pas avant longtemps. Et il signe un Elseworld d'une soixantaine de pages avec un artiste qui marquera sa carrière : Sean Phillips.

http://lambiek.net/artists/p/phillips_sean/phillips_gothamnoir.jpg

Avant Criminal, avant Incognito, avant même Sleeper, la paire Brubaker/Phillips s'essaye à un récit noir, évidemment, lorgnant plus du côté des vieux films policiers des années 30 et 40 que des histoires de super-héros classiques. Et si l'histoire n'est pas une entière réussite, les qualités du duo sont déjà suffisamment présentes pour faire passer un excellent moment de lecture.

En effet, Brubaker propose une narration classique, faite de flashbacks sur la base d'une discussion entre Gordon et The Bat, la légende urbaine à laquelle personne ne croit sauf les criminels des bas fonds. L'auteur livre une vision classique de Gotham City et d'une ville des années 30/40 : corruption de fonctionnaires et de politiques, mafia régnante et rampante, femmes fatales, dépravations sexuelles et morales, meurtres, folie, alcool et personnage principal désabusé et désespéré.
Si ça n'est en rien original, le tout fonctionne assez bien grâce à l'excellente connaissance du scénariste des trucs du genre, qu'il met en avant avec une grande facilité. Il ponctue son récit de multiples références aux comics, intégrant donc le fan dans toute la dynamique. Si certains clins d'oeil tiennent plus du gadget et sont, finalement, assez inutiles (Jack Nappier et son destin, notamment), la majorité demeure agréable et sert l'histoire.

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L'idée la plus intéressante de Brubaker est, finalement, de faire de The Bat, que tout le monde connaît ici, une légende urbaine. En ne le faisant apparaître qu'avec Gordon, et uniquement lors des scènes de James loin des autres personnages principaux, l'auteur interroge clairement sur la réalité de The Bat.
Après une double révélation de fin, Brubaker trouble les cartes et demande clairement son avis au lecteur : est-ce que The Bat existe réellement ? Ou bien n'est-ce réellement qu'une rumeur, fantasmée par les criminels et prise au sérieux par certains esprits troublés et fatigués ?

En utilisant avec intelligence les disparitions régulières de Bruce et les indices disséminés durant le récit, Brubaker s'amuse clairement et laisse le lecteur choisir. Mieux, il utilise avec intelligence le traumatisme de Gordon durant la guerre, qui remet en question beaucoup d'éléments du récit.

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Cependant, si Brubaker réussit bien ce petit jeu et gère tout autant sa galerie de personnages, dont les caractères varient à peine, il peine un peu sur l'intrigue en elle-même. Celle-ci apparaît en effet assez rapidement comme un prétexte à dérouler les éléments phares du genre et les guests-stars de luxe.
C'est un peu dommage de n'avoir pas plus travaillé cette intrigue, pourtant principale : si le récit s'axe rapidement sur le destin de Gordon et de sa famille, j'aurais apprécié un peu plus d'inventivité sur Rachel Hollingsworth.



Sean Phillips, lui, offre des planches sublimes. Si certaines cases sont parfois moins travaillées que d'autres, il offre une ambiance extraordinaire qui colle totalement au récit de Brubaker. Ses yeux d'ombres, ses yeux de mise en page sont excellents et m'ont totalement happé. Sa Sélina est sublime, son The Bat est terrifiant à souhait et son Gordon est minable au possible.
Une réelle claque graphique, qui fait sentir presque le climat poisseux, désespéré et sans avenir de la ville avec tous ses sens. Une réussite.

***

Gotham Noir est donc un bon Elseworld, qui s'amuse beaucoup avec ses personnages, leurs versions et la réalité de l'un d'entre eux. Si Brubaker aurait pu mieux travailler le fonds de son histoire, ses qualités scénaristiques, ses idées, ses dialogues et surtout les dessins de Phillips offrent un très bon moment de lecture pour un bel hommage aux classiques du genre.

Commenter cet article

Cyril 28/01/2012 03:37

Agreed. Je ne suis pas complètement convaincu par leurs collaborations en général ( bon ok il y a largement pire).

BenT 28/01/2012 13:48


Même Sleeper ?


Cyril 27/01/2012 01:59

Dans les grandes lignes je suis d'accord. Un sentiment d'inachevé cependant, un récit vite oublié (qui commence à s'effacer de ma mémoire).

BenT 27/01/2012 14:05


Un bon premier essai pour la suite. ;)