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L'autre monde

Publié le par Benjamin Thomas

Bonjour,

 

Je l'avais dis avant-hier, voilà un nouveau texte. La panne d'inspiration est un peu passée après un gros récit encore inédit et qui sera publié (wouhou !). Voilà donc un petit texte sans aucune volonté autre que de m'amuser et de faire ce que j'aime faire dans l'écriture : de l'introspection, des dialogues et de la géopolitique. Ca ne va pas loin mais ça m'a plu de l'écrire même si c'est un texte très secondaire !

Bonne lecture !

 

 

 

L’autre monde

 

5 août 2010

 

 

C’était bon. Il avait fini.

Ses yeux se fermaient sous la fatigue, ses mains épuisées malaxaient son crâne en écartant les cheveux de son visage. Il était exténué mais un sourire pointait quand même au coin des lèvres. Il était content. Malgré les heures passées devant l’écran, malgré les sacrifices, malgré les cris de sa compagne et les portes qui claquent, il y était parvenu.

 

Il avait entamé ce long périple deux ans auparavant, se coupant volontairement de ses contacts habituels, de ses amis et de ses proches dernièrement pour parvenir à cette centaine de pages sur le sujet qui risquait de lui coûter sa carrière. Journaliste, Al avait décidé de s’en prendre à certaines personnes qui n’aimaient pas que les gens comme lui découvrent leur existence, et il était conscient que peu de journaux oseraient publier le fruit de son enquête. Aucun, même.

 

Pour autant, maintenant, avec Internet, les choses changeaient. Il avait prévu de publier la première partie de sa série d’articles sur de multiples sites protégés, de façon à ce que les sécurités tiennent assez de temps pour que le buzz se fasse. A peine une journée suffirait pour qu’une partie de la population soit informée du contenu de son enquête, et alors tout commencerait.

 

Bien sûr, il serait poursuivi par ceux qu’il veut faire tomber. Bien sûr, il allait perdre beaucoup de temps au tribunal et il aura beaucoup de mal à retrouver un emploi correct dans les années à venir. S’il parvenait à ses fins, il éclaboussait ceux qu’il avait pris comme cible et peut-être même certains ne s’en relèveraient pas. Il avait peu d’espoir, mais c’était possible. Il pouvait réussir et faire éclater la vérité.

Cependant, ça impliquerait de perdre beaucoup… beaucoup trop, pour certains. Mais pas pour lui. Même si sa carrière en prenait un coup, au moins pourrait-il se regarder dans la glace dans les années à venir.

 

Au moins pourrait-il se dire ça quand ses cibles survivantes s’en prendraient à lui dans une quête vengeresse, quand elle partirait après en avoir eu assez d’être avec un utopiste, voir un naïf selon elle. Même si elle s’accrochait pour l’instant, Al était certain que tout ça finirait ainsi. Lui, seul, vieux, abandonné de tous, ne trouvant du réconfort que dans les articles de journaux accrochés sur son mur et dans les fonds de bouteille qui deviendraient ses futurs meilleurs amis.

 

Le tableau n’était pas du tout agréable mais il était réaliste : s’en prendre aux puissants était une chose à part, il fallait être bien conscient de ce que ça impliquait. Al lui savait ce qu’il faisait et ce qu’il allait devoir endurer. Il savait que son monde allait bientôt changer et que ses plans de carrière allaient s’écrouler.

Pourtant, il n’hésiterait pas : il affronterait tout ça en face, regardant dans les yeux ceux qui le traîneront dans la boue et qui voudront faire pression sur lui. Et il ne faiblirait pas. Il avait le courage et la folie de la jeunesse, tout comme son inexpérience. Il n’avait pas encore suffisamment vécu et souffert pour craindre à nouveau la douleur et les remords. Il allait se servir de tout ça pour encaisser… pour continuer, même si personne ne voudrait le soutenir.

 

Lentement, il déplia ses jambes endolories par une position assise trop longue et trop inconfortable. Ca faisait deux semaines qu’il avait pris une chambre d’hôtel, refusant de continuer son travail dans leur appartement – autant pour éviter de la mettre en danger que pour être tranquille. Elle ne comprenait pas ou ne voulait pas comprendre : elle était persuadée que tout ça n’en valait pas la peine et qu’il regretterait d’avoir osé lancer ça sur la Toile quand il verrait toutes les conséquences.

Lui savait qu’elle se trompait mais il préférait la laisser parler et s’énerver. Le dialogue ne rimait à rien avec elle quand elle était comme ça.

 

Un bayement vint briser le silence de cette pièce froide et sombre. Ca y était, pensa-t-il. Ca y était vraiment. Il allait devenir « célèbre » et enfin faire ce pour quoi il était sur Terre. Même si Al n’avait jamais été croyant en une quelconque religion, il avait toujours apprécié l’idée que chacun pouvait être né avec quelque chose à faire ; libre à chacun après de suivre ce chemin ou d’en choisir un autre. Lui avait décidé d’accepter le sien et il était sûr de ne rien regretter, même quand elle partirait et que son nom serait traîné dans la boue.

 

C’était trop important. C’était…

 

TOC TOC.

 

Al fronça les sourcils : il n’attendait personne et personne ne savait qu’il était ici. Prudemment, sentant la nervosité prendre le contrôle de ses muscles, il s’approcha de la porte et déglutit difficilement. Etaient-ils déjà informés de ce qu’il prévoyait ? Savaient-ils tout avant même qu’il ne publie ? Il avait toujours couvert ses traces et n’en avait parlé à personne, mais… mais ils n’auraient pas été aussi hauts s’ils n’avaient des ressources qui lui étaient inconnues.

La peur prit place solidement dans son cœur alors que les secondes, tendues, s’écoulaient. La main sur la poignée, il s’apprêtait à l’ouvrir malgré sa terreur quand une voix connue vint le rassurer et lui faire ouvrir avec soulagement la porte de son domaine.

 

« Al… c’est moi. Art. Ouvre-moi, je sais que tu es là.

-          Qu’est-ce que tu fais là ?

-          Bonjour, quand même. Je peux entrer ?

-          Je… »

 

Al hésitait. Il avait ouvert par réflexe à Art parce qu’il le connaissait et l’appréciait, mais… mais il n’était pas sensé savoir qu’il était ici. Il ne l’avait plus vu depuis deux semaines, comme les autres, et sa présence ici était illogique.

Art était un collègue au journal, qui était arrivé deux ans avant lui et se cantonnait à un rôle d’assistant du rédacteur en chef. Il était très rare qu’il écrive lui-même des articles, préférant apparemment gérer les relations humaines et l’aspect administratif de la rédaction. Le rédac’ chef étant d’un naturel fougueux et adorant prendre la plume, Art, avec son calme et sa gentillesse qui ne disparaissaient jamais, était le parfait complément pour leur patron et surtout la clé de voûte du journal.

Pour autant, tout le monde ne l’appréciait pas car il pouvait être dur au niveau de la véracité des faits et de la fiabilité des sources, préférant la rigueur de l’analyse détaillée et vérifiée aux scoops faciles et au buzz illusoire. Al n’avait cependant aucun problème avec ça et c’était pour ça qu’il avait ouvert la porte à celui qu’il pouvait voir comme un ami – même s’il se demandait maintenant s’il avait bien fait.

 

« Tu es là depuis deux semaines, tu es parti de chez toi et de la rédaction sans informer quelqu’un et là tu te demandes en bon journaliste paranoïaque que tu es ce que je fais ici, n’est-ce pas ? Réfléchis, Al, réfléchis. Si je suis ici, c’est parce que j’ai fait mon boulot : j’ai enquêté. J’ai appelé chez toi, j’ai compris que tu avais voulu finir ton enquête tout seul et sans mettre les autres en danger. J’ai donc téléphoné à chaque hôtel de la ville et essayé de découvrir où tu te cachais, même si je devais faire ça en dehors des horaires de bureau et si je devais être discret. Je suppose que si tu t’es enfermé ici, c’est que tu crains pour toi… ou au moins tes proches. Donc j’ai fait exprès de prendre mon temps pour ne pas mettre sur ta piste ceux que tu crains.

-          Je… »

 

Wow. Al était impressionné. Il était habitué à de tels discours de la part d’Art, mais jamais il n’aurait imaginé en être la victime. Il l’avait déjà vu détailler entièrement l’historique des difficultés de l’enquête d’un journaliste grâce à ses notes de frais sans même avoir évoqué avec lui les pots de vin qu’il avait dû verser. Le rédac’ chef adjoint était un merveilleux enquêteur, un journaliste hors pair qui préférait l’aspect administratif à l’aventure que lui voulait vivre à ses débuts. Il n’avait jamais su le pourquoi de ce revirement mais apparemment quelque chose de sale lui était arrivé en Irak, lors de la deuxième Guerre du Golfe. Il n’en avait jamais parlé avec lui mais n’y tenait pas vraiment.

 

« Je peux entrer ?

-          Oui… oui, bien sûr. »

 

Art pénétra dans la petite chambre d’hôtel et déposa son imperméable sur la table, sans même regarder le PC portable à quelques centimètres à peine du vêtement. Il alla s’asseoir dans le fauteuil en face de la fenêtre, craquant ses phalanges comme chaque fois qu’il devait évoquer un sujet difficile avec un collègue. Al prit la chaise de la table et la posta devant lui, dos à la vitre. Dehors, la pluie tombait fortement et tous les habits d’Art étaient trempés. Celui-ci semblait se réchauffer dans la chambre, même s’il n’avait jamais payé le chauffage.

 

« Comment… comment tu sais pour mon enquête ?

-          Réfléchis, Al. Tu disparais sans rien dire après avoir mis en ordre tes articles, laissé des notes pour gérer tes indicateurs et supprimé les dossiers récents de ton ordinateur. Même l’analyste informatique ne les retrouve pas. En plus, tu as rangé ton bureau : c’était peut-être le détail de trop, d’ailleurs. Dans une telle situation, soit tu voulais te suicider, mais ça ne m’a pas paru crédible, soit tu étais sur quelque chose de trop gros pour en parler ouvertement. Je suis journaliste aussi et je l’ai été avant toi.

-          C’est pas à un vieux singe qu’on apprend à faire des grimaces, c’est ça ?

-          Premièrement, je suis peut-être poilu mais pas au point d’être un primate. Et deuxièmement… je ne suis pas vieux ! »

 

Les deux hommes sourirent franchement et Al se sentit un peu mieux. Il était exténué et la peur gardait forte la pression en lui, mais la présence d’Art lui faisait du bien. Il croyait en ses explications car elles paraissaient crédibles matériellement et humainement parlant : seul lui au journal en aurait eu assez à faire de lui pour se démener autant pour le trouver, et seul lui en aurait les capacités.

 

« Bon… soyons sérieux. Qu’est-ce que tu fais, Al ? Sur quoi tu es ? Et ne me sors pas le couplet du journaliste infiltré ou qui ne veut pas mettre en danger ses proches… j’ai fait ça avant toi. Si tu n’as rien dis à la rédaction, c’est que tu ne veux pas qu’on le publie. Soit. Ca m’ennuie si c’est quelque chose d’intéressant mais ce n’est pas en tant que rédacteur en chef adjoint que je suis ici, mais en tant qu’ami. Je m’inquiète de te savoir ici seul à plancher sur ton ordinateur et à te mettre en danger.

Qu’est-ce qui a justifié ces mystères, Al ? Qu’est-ce qui t’a poussé à te couper du monde ? »

 

Al soupira. Il ne pensait pas que la conversation prendrait ce chemin aussi rapidement même s’il n’en avait jamais douté. Pouvait-il faire vraiment confiance à Art ? Comment pouvait-il lui refuser des explications alors que ce dernier avait tant fait pour le retrouver et s’inquiétait pour lui ? Y avait-il encore un danger suffisant pour s’en tenir au mystère ? Il avait fonctionné en secret pendant deux ans et normalement tout était terminé, maintenant. Même s’il lui arrivait quelque chose, il avait mis en place un dispositif pour qu’un cabinet d’avocat londonien reçoive les informations sauvegardées la veille et les fasse publier.

Normalement, son enquête ne risquait rien s’il prenait le risque d’en parler. Et en dehors du fait qu’il faisait bien confiance à Art, il se rendait compte qu’il avait besoin de… parler. De se libérer du poids de cette enquête qui lui avait fait perdre tant de choses et allait lui en faire perdre encore plus. Le poids du silence, du secret était trop lourd pour le supporter alors que tout était fini.

 

« Je… j’ai trouvé il y a deux ans un document qui m’a intrigué. Tu te rappelles mon reportage sur la compagnie pétrolière qui avait finalement décidé de ne pas s’implanter près des cotes parce que ses analyses montraient que ça en valait pas la peine ?

-          Oui. Après six mois, une autre était apparue et avait trouvé un puits souterrain important à quelques kilomètres des plages. La première compagnie avait été humiliée, tu avais écrit un très bon papier dessus.

-          Merci. Mais en fait j’avais trouvé un document dans ma première enquête qui indiquait que la première compagnie avait reçu des analyses d’un consortium scientifique que je ne connaissais pas et qui m’avait marqué par son nom : Embrace Change.

-          Joli.

-          Oui. Mais en fait ce qui m’a intrigué dans l’arrivée de la deuxième compagnie, c’est que les analyses étaient totalement contraires… apparemment, en cherchant un peu, n’importe qui aurait pu découvrir l’existence de ce puits, mais pourquoi Embrace Change ne l’avait pas indiqué ? J’ai creusé un peu plus et j’ai découvert que le deuxième groupe de scientifiques, mené par un certain Schneider, avait été fondé par Anton Laboussa.

-          Et ? Je ne connais personne, là.

-          Anton Laboussa a un fils, qui a été à l’université avec Bernd Holle. Le fondateur et directeur d’Embrace Change.

-          Et tu y vois un lien ? C’est un peu léger.

-          C’est vrai, c’est pour ça que j’ai continué à chercher. En fait, Laboussa à revendu son groupe de scientifiques à Schneider mais il a fait ça pour des dizaines d’entreprises et de groupes de ce genre. La majorité des études scientifiques actuelles ont un lien, proche ou éloigné, avec lui ou une de ses sociétés. Il est à la tête depuis des dizaines d’années d’un réseau d’influence extraordinaire au niveau scientifique.

-          Oui… mais ce n’est pas nouveau. Les scandales sur les réseaux de laboratoires et leurs comptes occultes sont connus du public.

-          C’est vrai, mais j’ai découvert aussi que Laboussa n’était qu’un maillon de la chaîne. Il reverse chaque année des millions d’euros à différentes associations, différents organismes autour du monde pour abaisser ses impôts. Jusque-là, pas de souci. Mais je me suis rendu compte en épluchant les comptes et les feuilles d’imposition que la majorité de ses donations étaient faites à des associations factices, qui reversent après cet argent à une structure mère. Par un jeu de papiers et de faux semblants, Laboussa donne en fait chaque année des millions à une seule structure, basée à l’étranger.

-          Qu’est-ce que c’est ?

-          Un parti politique. Un parti politique au pouvoir à l’étranger.

-          Oh…

-          Oui ! Mais c’est pas tout. Ce parti a une vitrine publique mais la majorité de ses cadres proviennent de la sphère privée et ont fondé des entreprises importantes. Certes, ils les gèrent plus maintenant mais… ils ont encore des parts dedans. Et ceux qui s’en occupent sont des hommes de confiance.

-          Quoi comme entreprises ?

-          Chimie, pétrochimie, compagnies pétrolières, consortiums, sociétés commerciales, etc. A partir de là, j’ai commencé à vérifier les liens entre les structures de Laboussa et ces entreprises et… et bien sûr j’ai trouvé.

-          Quoi ?

-          Laboussa a créé un réseau qui lui ramène de l’argent dont il dépense une moitié pour financer un parti politique. Les cadres de ce parti donnent du travail aux structures de Laboussa en les engageant sur leurs actions, et en retour Laboussa se débrouille pour que les contrats tombent toujours du côté des cadres du parti.

-          Mais… mais c’est à l’étranger, tout ça.

-          Oui ! Mais pas que ! Le pays est apparemment rongé par les actions de ces gens et ils s’en prennent à toute l’Europe et l’Amérique du Nord ! Même nous, nous sommes touchés alors que ce parti n’existe pas chez nous ! Mais nos ressources naturelles et la faiblesse de nos institutions leur permettent de s’étendre ici aussi.

-          Oh. »

 

Art l’avait regardé dans les yeux durant toute leur conversation. Il n’avait pas bougé, il n’avait pas exprimé sa surprise comme chaque fois qu’un journaliste lui faisait part de ses théories. S’il était bien venu en ami, c’était en tant que professionnel qu’il réfléchissait maintenant.

 

« Tu as des preuves ?

-          Oui : je suis entré en contact avec des fonctionnaires et des agents un peu partout. Je suis heureusement tombé sur es gens avec une conscience ou parfois un peu bêtes qui ont accepté de coopérer, de photocopier quelques documents et de tout oublier. J’ai même des photos de Laboussa et de membres du parti à des orgies complètes avec des mineures : un paparazzi me les a vendues en pensant que ça m’intéresserait.

-          Rien de tout ça ne sera recevable devant un tribunal.

-          Je sais bien. C’est pas mon objectif.

-          Qu’est-ce que tu veux alors ?

-          Dire la vérité, la faire éclater. Que les gens sachent et prennent conscience.

-          Ça va te coûter énormément. Tu vas tout perdre pour… quoi ? Une semaine de gloire ?

-          Non. La certitude d’avoir fait une bonne chose. De ne pas m’être couché devant les puissants qui ne devraient pas l’être.

-          Tu es idéaliste.

-          J’en suis fier. »

 

Art soupira et baissa pour la première fois les yeux. Il se massa la mâchoire comme il le faisait quand il était préoccupé par quelque chose. De longues secondes s’écoulèrent alors qu’Al se sentait plus léger d’avoir enfin tout révélé à quelqu’un. Maintenant, il allait pouvoir encaisser tout ça et il était sûr qu’Art ferait ce qu’il pourrait pour l’aider. C’était quelqu’un de bien.

Après sa longue réflexion, son ami releva des yeux las et lui offrit un sourire fatigué.

 

« Je te félicite, Al. Jamais je n’aurais réussi quelque chose d’aussi impressionnant.

-          Arrête… t’as même pas encore lu l’enquête.

-          Ça viendra mais je te fais confiance. L’exposé que tu viens de m’en faire me glace le sang mais je suis heureux d’avoir été le premier à pouvoir te serrer la main. »

 

Les deux hommes échangèrent une poignée virile alors qu’Art continuait à parler.

 

« Je… je ne pense pas que j’aurais le même courage que toi. Es-tu vraiment sûr de ne pas vouloir reculer ? Tu as bien pensé à tout ce que tu allais subir et devoir sacrifier ?

-          Je… oui. J’y ai beaucoup pensé et je suis sûr de moi. Je veux pas pouvoir me dire que j’aurais pu faire quelque chose de bien et que je me suis contenté de vivoter. Même si ça veut dire tout perdre, au moins je pourrais être fier de moi.

-          Bien… je te connais, je sais que je ne pourrais pas te faire revenir en arrière. Je… je suis bien le premier à qui tu en parles, c’est ça ?

-          Et oui ! Tu as tout en avant-première !

-          Bien. »

 

Al arborait un grand sourire. C’était comme si la fatigue s’estompait au fil de leur discussion, comme si le contact humain et amical le faisait revenir au monde des vivants.

 

« Tu sais… tout ça m’a l’air vraiment impressionnant, mais… j’ai peur d’une chose. As-tu pensé que ce parti et ces gens-là puissent avoir des agents de renseignement chez nous ? Chez nous ? Comment comptes-tu publier tout ça sans être censuré ou arrêté ?

-          J’y ai réfléchi : je vais tout mettre sur Internet et solidifier au maximum les systèmes de sécurité. Ça devrait tenir quelques jours.

-          Je vois. Mais… tu ne crains pas qu’il y ait un agent de renseignement sur la Toile ? Ou bien un de tes indicateurs ?

-          Non, ils sont cleans. Et je pense pas que ce parti se soit un jour douté de quelque chose à mon égard… je pense que je suis passé sous le radar. Jusqu’à maintenant.

-          Je vois. Ça m’étonne, parce qu’en général ses pratiques sont de tout prévoir et de placer des agents dormants dans différentes structures : universités, ministères, organisations territoriales, police, etc. Même dans la presse, il y en a.

-          Euh… ah bon ? Mais comment tu sais ça ? Tu sais même pas de quel parti je parle !

-          Ah bon ? »

 

Un sourire glacial apparut sur le visage d’Art alors qu’Al se sentit commencer à geler face à cet homme dont le comportement venait de subtilement changer, passant de l’état passif à quelque chose de plus actif… et terrifiant.

 

« Je sais ça parce que c’est mon boulot, Al. C’est mon boulot d’être informé de tout. Et de faire en sorte que les enfants curieux ne se mêlent pas des jeux d’adulte. »

 

Calmement, Art se leva et sortit de ses poches une paire de gants. Il se dirigea calmement en sifflotant vers l’ordinateur portable, sans jamais jeter un œil sur le corps sans vie d’Al, touché en plein cœur avant la dernière tirade par une balle tirée de l’immeuble d’en face par un sniper qui dévalait déjà les escaliers.

Deux jours plus tard, le cabinet d’avocat londonien, qui avait reçu deux semaines plus tôt une visite courtoise d’un homme politique local, publierait bien les informations délivrées par Al sur Internet et son ancienne compagne toucherait beaucoup pour les droits qu’il lui avait laissés par un montage financier.

Pour autant, elle ne comprendrait jamais pourquoi cet homme qu’elle aimait, ce journaliste apparemment si strict et sérieux avait passé autant de temps et s’était suicidé pour publier des photographies d’orgies d’hommes politiques secondaires d’un pays étranger. Ça n’avait aucun sens – tout ça n’en aurait que dans le monde des « adultes », celui où personne ne voulait aller mais où tout le monde se retrouvait malheureusement.

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Romain 26/08/2010 00:33


Bon, désolé, je ne suis pas allé jusqu'au bout.
Je passe les deux, trois erreurs de style (→ seul lui au journal [...] et seul lui... "Lui seul" serait beaucoup plus juste) que je mets sur le compte d'une relecture peut-être trop légère. C'est
pas vraiment ça le souci.

Le souci, et il m'a fait décrocher aux deux-tiers du texte, c'est que c'est long à se mettre en place et qu'en définitive, il ne se passe rien. Tu exposes d'un bloc ce qui semble être un scandale
politico-économique qui s'avère indigeste, lourd, confus...
Jusqu'au commencement de l'explication de l'affaire, j'avais du mal à accrocher... je tenais en attendant de savoir de quoi il était question, mais après, impossible de suivre.
Il manque un cadre à tout cela. Tu exposes deux personnages très semblables (l'un n'est que la version plus mature de l'autre, semble-t-il) dans un lieu donné qui est loin d'être palpitant, où il
ne passe rien : un chat qui fait tomber une poubelle, la femme de ménage qui vient frapper à la porte, c'est autant de détails qui vont réveiller l'attention, rappeler qu'il y a un monde dehors...
tu développes en début de texte une ambiance paranoïaque que, je trouve, tu n'utilises pas du tout. Soigne autant l'idée que le cadre dans laquelle tu la mets en scène ;)
Tout peut arriver dans une chambre d'hôtel : là, tout le long d'un discours explicatif très lourd, il ne se passe rien sinon des regards et une poignée de main (oui,j'ai terminé en diagonale).

Bref, je n'ai pas lu le détail de la machination, j'avais malheureusement deviné la fin dès la première moitié du texte (pas de ta faute, je m'y attendais simplement) et je n'ai pas aimé.

Pour tes prochains textes, ne t'arrête pas à l'idée qui en est à l'origine : pense à tout ce qui doit graviter autour. Cela ne les rendra que meilleurs !


Jason Todd, un ami qui vous veut du bien :D 07/08/2010 12:31


Joli texte, inquiétant et crédible. Bravo