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Lumière sur Marvel 1602

Publié le par BenT

Bonjour à tous.

 

Après l'ouverture d'une section La bibliothèque de Ben Wawe et la publication de plusieurs articles ces derniers jours, je vous propose un article de ma collection Lumière sur, qui présente des dossiers, des éclairages et des analyses plus poussées que celles que je pourrais faire dans des billets classiques. Aujourd'hui, je présente un article sur un comics, ou plutôt une série de comics basée sur le même thème. En réalité, il y eut d'abord une histoire principale, prolongée par trois récits basés dans le même univers.

Parce qu'il y a plusieurs titres, parce que tout ça nécessite une analyse plus poussée qu'une simple critique, parce que j'ai envie, je vous propose un Lumière sur Marvel 1602. C'est parti !

 

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Marvel 1602 est à la base une mini-série en huit parties, par Neil Gaiman et Adam Kubert. Elle fut suivie par 1602 : New World, 1602 : Fantastick Four et Spider-Man : 1602. Je vous présenterai d'abord les auteurs et résumés de chaque histoire avant de livrer une analyse plus longue et globale de l'ensemble.

 

1) Marvel 1602 : de quoi ça parle ?


En l'année de grâce 1602, le monde est troublé. Agressé par des catastrophes naturelles de plus en plus violentes, la Terre semble se diriger droit vers l'Apocalypse redoutée par les croyants. La Reine Elizabeth, vieille femme tolérante (à la différence de Jacquies d'Ecosse, son successeur violent et fanatique allié de son maître de tortures Sir David) mais mourrante, mandate son espion principa, Sir Nicholas Fury, pour gérer la crise et surtout collaborer avec le médecin royal, le Docteur Stephen Strange, maître des arts mystiques.

 

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Sir Nicholas Fury.

 

Ensemble, ils vont tenter de protéger un envoyé des Templiers, qui ramène de Jerusalem un objet supposé protéger le monde et empêcher les catastrophes à venir. Fury, suivi par son jeune assistant Peter Parquagh, engage donc Matthew, un aveugle irlandais roux sachant étonnamment se battre, pour accompagner Dame Natasha, la femme la plus dangereuse du monde, pour rejoindre et protéger ledit colis des Templiers. Hélas, dans l'ombre, le Comte Otto Von Fatalis, dit le Magnifique, cherche lui-même à s'emparer de l'objet pour ses propres fins après avoir été le responsable de la disparition des Quatre de Fantastick.

 

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Le Baron Otto Von Fatalis, dit le Magnifique.

 

Venue des colonies, Virginia Dare, première enfant née sur le Nouveau Monde, arrive en bâteau accompagnée de l'indien blanc (!) Rojhaz, et semble être à l'origine des malheurs du monde.

 

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L'indien blanc Rojhaz.

 

Au même moment, Carlos Javier protège ses Prodiges, des êtres d'exception aux capacités extraordinaires (Roberto Trefusis et ses pouvoirs sur la glace, Scotius Summerisle et son regard destructeur, Hal McCoy et son apparence bestiale, le mystérieux John Grey et Werner, l'ange). Il lutte également contre le Grand Inquisiteur Enrique, qui tue les Prodiges visibles mais protège Soeur Wanda et Petros, qui ont des capacités plus discrètes.

 

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Les Prodiges de Javier.

 

Plus tard, les mini-séries 1602 : New World, 1602 : Fantastick Four et Spider-Man : 1602 montreront d'autres personnages Marvel adaptés à cet univers (le Caïd en chef pirate, Namor dit Numenor comme maître d'une ville au-delà du monde, Iron Man en Lord Iron, etc.), et mettront en avant des histoires centrées sur des personnages spécifiques.

 

2) Marvel 1602 : analyse d'un nouveau monde au service de la nostalgie

 

A. Les auteurs

 

En 2000, Joe Quesada est nommé Editeur en Chef de Marvel : pour redresser la barre financière et artistique, il décide de contacter des auteurs connus et reconnus, généralement pour des oeuvres phares, et qui demandent une grande indépendance dans leurs travaux. Il réussit ainsi à ce que Grant Morrison, auteur adulé pour ses Doom Patrol, Animal Man, Batman Arkham Asylum et autres JLA vienne s'occuper des X-Men ; à ce que Joe Michael Straczynski, scénariste derrière la série TV Babylon V, prenne en main Spider-Man ; et il contacte Neil Gaiman.

 

Neil Gaiman est à la base un journaliste, arrivé dans le milieu des comics grâce à son ami Alan Moore. Principalement connu pour son oeuvre phare, Sandman, il a publié une longue série sur le personnage éponyme, dieu des rêves et de leur royaume, emprisonné pendant soixante-ans par un homme stupide. Ayant réussi à se libérer, il découvre son royaume en ruines, ses armes abandonnées aux mains de mortels inconscients ; débute alors une quête pour retrouver ses possessions, mais surtout son être, son âme et l'intérêt de la vie, tout en rencontrant ses frères et soeurs (Death, Despair, Delirium, etc. : les membres des Endless, dont je reparlerai un jour).

En août 2001, Neil Gaiman, qui a depuis bâti une réputation méritée pour ses travaux de romancier, de scénariste et de réalisateur, accepte de collaborer avec Marvel. Ne sachant pas encore sur quel sujet portera son projet, il se laisse le temps de la réflexion. Cependant, les événements du 11 septembre 2001 modifient son approche et le poussent à abandonner des aspects généralement essentiels chez Marvel.

 

En effet, suite à l'attaque terroriste du World Trade Center, Gaiman annonce qu'il ne veut ni avions, ni bombes, ni armes à feu dans son histoire : "je ne voulais pas que ce soit une histoire de guerre, et je ne voulais écrire une histoire qui puisse justifier ça - ou qui puisse justifier quelque chose" selon l'auteur. Après un voyage à Venise, Gaiman fut troublé par l'architecture et l'ambiance locale, et le sentiment que "le passé était à portée de main". A partir de ce moment-là, il sut quelle histoires il voulait raconter.

 

***

 

Andy Kubert est le dessinateur de Marvel : 1602. Il est le fils de la légende des comics, Joe Kubert, et le frère d'Adam, lui aussi dessinateur. Ayant dessiné sur les X-Men, Wolverine : Origin, Ka-Zar, Ultimate Iron Man, Captain America, Ghost Rider, Batman VS Predator. Depuis, il a réalisé également Whatever Happened to the Caped Crusader ?, à nouveau scénarisé par Gaiman, et a été l'auteur du crossover Flashpoint, en 2011.

Richard Isanove est le coloriste de la première mini-série. Artiste français, il a appuyé beaucoup de grands artistes et a notamment usé ses crayons sur Dark Tower, Ultimate Iron Man, Ultimate X-Men, Ultimate Spider-Man et beaucoup d'autres titres.

 

Dans la première histoire de 1602, les dessins ont un aspect étrange, nouveau. Contrairement à d'habitude, Kubert et Isanove ont utilisé une autre technique, où les crayonnés ont été envoyés directement au coloriste avant un passage chez l'encreur. En effet, d'habitude, les crayonnés des dessinateurs sont encrées ensuite par d'autres artistes, avant d'être colorisées. Or, ici comme pour Wolverine : Origin, les planches crayonnées de Kubert sont de suite arrivées chez Isanove.

 

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La version crayonnée, la version finale.

 

***

 

Les autres mini-séries ont eu des auteurs différents, tout autant talentueux en général mais qui n'ont pas livré des résultats extrêmement probants ici. Je vous les liste rapidement :

- Pour 1602 : New World, le scénariste est Greg Pak (ayant opéré sur Planet Hulk, World War Hulk, Phoenix : Endsong, Phoenix : Warsong, différents épisodes de Hulk, Incredible Hercules...) et le dessinateur est Greg Tocchini (qui a notamment réalisé Last Days of American Crime et Green Lantern : Ion) ;

- Pour 1602 : Fantastick Four, le scénariste est Peter David (auteur génial de Incredible Hulk, X-Factor, Supergirl, Spider-Man, etc.) et les dessinateurs sont Pascal Alixe et Khoi Pham ;

- Pour Spider-Man : 1602, le scénariste est Jeff Parker (Hulk actuellement, Thunderbolts) et Ramon Rosanas.

 

B. Marvel 1602 : mon avis

 

L'idée de départ est aussi claire que géniale : transférer les personnages de Marvel de la deuxième moitié du XXe siècle en l'an 1602. Gaiman pouvait ainsi user d'un univers différent, daté, passé tout en s'amusant avec les versions des héros et vilains connus, et en évitant les fameux avions et bombes qu'ils refusaient d'utiliser.

 

L'intérêt principal de Marvel 1602 est donc bel et bien de proposer des versions différentes des personnages que tout le monde connaît. Avec un grand effort marketing, Marvel n'avait rien révélé sur l'histoire, laissant à peine filtrer le titre et une image d'un vieil homme - rien de plus. Si Gaiman a réalisé des oeuvres plus poussées, plus fortes et plus symboliques, Marvel 1602 est clairement un récit plus clair et plus basique, mais non dénué de charme.

 

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Le Grand Inquisiteur Enrique.

 

En effet, en transférant les personnages dans le passé, l'auteur a fait l'effort de bien comprendre et adapter les concepts. Ainsi, si depuis quelques années Marvel met continuellement en avant le personnage de Wolverine, celui-ci n'apparaît pas ici - tout simplement parce que cela aurait été improbable et injustifié. En effet, comment adapter un personnage bestial, transformé par une agence gouvernementale ? Cela n'aurait pas été crédible, et c'est bien la crédibilité totale que cherchait Gaiman ici.

 

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Le Docteur Stephen Strange.

 

En se concentrant sur les premiers personnages de l'univers Marvel, le scénariste a également choisi ceux qui auraient pu évoluer sans trop de difficultés en 1602, ceux pour qui les pouvoirs ne sont pas trop voyants. Ainsi, un espion comme Fury aurait évidemment eu sa place à cette époque, comme un sorcier du nom de Strange. Les mutants choisis par Gaiman, les premiers X-Men, ont eux aussi des pouvoirs qui peuvent se cacher. Même les Fantastick Four apparaissent comme crédibles, car apparaissant tard dans le récit.

 

Ainsi, Gaiman peuple son récit de références, de clins d'oeil mais tous très travaillés, tous adaptés au concept de base. Piochant notamment dans la véritable Histoire, avec la Reine Elizabeth, le futur Roi Jacques qui fut un fanatique violent et surtout Virginia Dare, première enfant née des colonies et symbole énorme aux Etats-Unis, il donne un aspect réaliste et très historique à tout le récit.

Mieux encore, il tisse des liens clairs et évidents entre chaque personnage, quitte à bousculer quelque peu l'ordre normal de ce que nous connaissons. Je n'ai jamais vu, ainsi, Nick Fury aussi ami avec le Docteur Strange, Charles Xavier et Reed Richards, mais tous ici sont proches et prêts à soulever des montagnes les uns pour les autres. Une bonne idée, donc.

 

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Daredevil version 1602.

 

Cependant, si Nei Gaiman ne livre pas ici une histoire digne de Sandman ou de ses autres productions, il ne fait pas simplement un récit hors continuité, classique. S'attachant une nouvelle fois aux détails, il relie clairement Marvel 1602 avec l'univers Marvel classique : sans spoiler véritablement, la fin révèle que les personnages apparaissant en 1602 ont un lien réel avec les personnages "normaux", qui vivent bien aussi à la deuxième partie du XXe siècle. Un tour de passe-passe, lié à des difficultés temporelles, l'explique plutôt bien, surtout grâce à la révélation du véritable responsable des troubles du monde (attention, ce n'est pas Virginia mais presque... indice : quel grand personnage manque-t-il aux héros Marvel ?).

D'ailleurs, le petit jeu au sujet de Virginia Dare et de ses pouvoirs est assez amusant et dérive bien l'attention du lecteur. Une bonne idée, à nouveau assez crédible si l'on accepte, évidemment, le surnaturel.

 

Neil Gaiman propose ainsi un récit clair, s'amusant de quelques indices et centré sur le jeu des adaptations. Offrant même une très, très légère réflexion politique, j'ai eu l'impression qu'il a voulu proposer une histoire simple mais jolie, magnifiquement illustrée et qui propose une version plus simple et plus pure de l'univers Marvel. Sans des guerres, des déluges de pouvoirs, des massacres, sans des avions, sans des bombes, Gaiman met en avant les premiers pas de héros troublés, peu violents et qui finalement sauvent le monde en s'unissant au-delà de leurs différences et de leurs difficultés.

Finalement, Gaiman met en avant les premiers principes de l'univers Marvel créé par Stan Lee, avec des personnages qui s'apprécient, se disputent parfois mais ont un grand sens de l'honneur et savent s'épauler. Si Neil Gaiman a voulu faire un récit dans le passé, il l'a fait autant dans le fonds que dans la forme : Marvel 1602 est clairement, pour moi, une ode à un univers Marvel aujourd'hui disparu ; Marvel 1602 est une recréation nostalgique.

 

Evidemment, l'auteur passe par des adaptations très bien faites et bien pensées, mais son propos est avant tout celui-ci à mon avis. Il est sublimé par les dessins d'Andy Kubert, magnifiques de bout en bout avec une colorisation excellente pour rendre la puissance des éléments, l'ambiance de fin du monde et la beauté des paysages. Une ambition scénariste servie par une ambition graphique.

Cependant, les suite qui ont été données n'ont pas eu les mêmes volontés et les mêmes espoirs artistiques.

 

C. Marvel 1602 : l'héritage

 

A peine quelques mois après Marvel 1602 sort 1602 : New World, où les auteurs adaptent différents personnages en Amérique avec Spider-Man en personnage principal et l'apparition de Lord Iron. Récit classique mais bien réalisé, avec quelques bonnes idées d'adaptation mais rien de révolutionnaire, la mini-série perd beaucoup par rapport à Marvel 1602 qui n'a quasiment pas d'ambition et est surtout illustrée par un Tocchini assez faible et très irrégulier.

 

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Lord Iron.

 

1602 : Fantastick Four n'a pas de grand intérêt à part adapter d'autres personnages des Quatre Fantastiques (Namor, Namorita, le Sorcier, les Terrifics, etc.). La présence de William Shakespeare apporte un peu d'intérêt à l'histoire, surtout que le scénariste a essayé d'adopter le rythme d'une des pièces de l'auteur. Cependant, le résultat n'a rien de très pertinent et les dessins sont, surtout, extrêmement faibles. Dommage.

 

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Grimm.

 

Spider-Man : 1602 est assez amusant, avec des adaptations plus intéressantes que certaines autres, et les dessins sont assez jolis. Cependant, encore une histoire sur Spider-Man... ! Si le récit est bon, bien rythmé et que ça s'avère finalement une bonne lecture, l'intérêt est mineur, malgré une fin qui tente de raccrocher les wagons avec Marvel 1602. Bien fichu, mais rien de vraiment exceptionnel - ça n'a même pas été publié en France.

 

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3) Marvel 1602 : conclusion

 

Finalement, Marvel 1602 est avant tout une première histoire bien faite, bien écrite et bien dessinée, qui propose un univers étonnant, amusant et bien fichu, avec une légère réflexion passéiste et historique. Cependant, si cette nouvelle Terre est intéressante, les récits qui ont suivi ont perdu l'ambition et l'envie des premiers numéros, et sont finalement des histoires classiques et facilement oubliables.

Personnellement, j'ai relu avec un plaisir non-dissimulé la première mini-série et je la conseille ardemment. Elle est disponible en France dans deux 100% Marvel (deux autres la suivant sur les deux récits suivants, Spider-Man : 1602 n'ayant jamais été publié), mais également dans un Deluxe.

 

Ah, et je tiens également à souligner les très belles couvertures peintes de Scott McKowen, qui reproduit une ambiance passéiste et ancienne qui sied à souhait aux récits.

 

A bientôt !

Commenter cet article

Cyril 28/01/2012 03:45

J'ai lu 1602 mais pas les suites ( à raison visiblement). Je suis globalement d'accord et merci pour la référence au 11 septembre ( je ne savais pas du tout). Néanmoins je ne suis pas vraiment
d'accord sur ton analyse concernant James the 1rst. Dire qu'il était un fanatique religieux est à mon sens exagéré et une interprétation moderne. C'était un homme de son temps et certainement plus
modéré que le portrait que tu en fais (rapidement il est vrai).
Désolé je truste ton blog mais je suis moitié insomniaque et les articles sont plutôt intéressants!

BenT 28/01/2012 13:49


Au contraire, ça me fait plaisir d'avoir des commentaires ! Pour le Roi James, j'avoue que je ne le connais pas réellement et que je me suis rapidement renseigné... je me doute qu'il n'a droit à
ces qualificatifs que par un regard moderne, mais l'époque en elle-même était quand même assez fanatique et violente !


Jonathan 27/01/2012 21:20

Voilà une belle initiative de la part de Marvel et de Neil Gaiman et une excellente de la faire partager ainsi. j'ai été convaincu d'acheter le début de cette série qui apparemment est une petite
pépite à sa façon, simple, divertissante et bien dessinée. Merci pour ce bel article.

BenT 28/01/2012 13:46


Ca fait bien plaisir ! :)