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SteamBatpunk - Nouvelle 02/11/2012

Publié le par BenT

Bonjour à tous.

 

Ceux qui suivent ce blog, ou jettent simplement un oeil sur la droite pour voir les catégories d'articles, le savent : j'écris et publie quelques nouvelles ici, et suis fan de comics, de Science-Fiction et de Steampunk. Hier, poussé par l'envie de m'amuser et de fusionner mes centres d'intérêt, j'ai réalisé une petite nouvelle sobrement intitulée SteamBatpunk, soit tout simplement un court récit sur un Batman dans un univers Steampunk (où la machine à vapeur l'a emportée sur la course à l'énergie, avec donc plusieurs changements dans la technologie et l'Histoire).

 

J'ai longuement écrit des fan-fictions (récits de fans sur des personnagex existants), et je m'étais promis de ne plus vraiment le faire pour favoriser mes propres personnages. Cependant, en découvrant ce design de Marc Tan (tout le look est copié de cette oeuvre, donc merci à lui) :

 

http://features.cgsociety.org/newgallerycrits/g96/1196/1196_1251870996_submedium.jpg

 

J'avoue n'avoir pas pu résister.

Voici donc SteamBatpunk, petit délire assez drôle à créer même si je n'ai pas forcément poussé trop loin le concept. Peut-être une autre fois ! Bonne lecture !

 

 

SteamBatpunk

 

2 novembre 2012

 

« Sir Bruce, la pendule me semble être une malfaçon… elle indique une heure qui ne peut être exacte », murmure une voix lente derrière moi.

« Je ne suis pas d’humeur pour petits jeux d’esprits », réponds-je en fermant la ceinture qui serre mes hanches. Le tranchant des outils qui y sont accrochés m’arrache une grimace de douleur.

« Pourtant, Sir Bruce, il est d’une importance fondamentale d’arranger ce problème et de vous plaindre auprès de Monsieur Lucius. Vous ne pouvez vous priver de l’avantage de connaître l’heure exacte : il ne peut être dix-huit heures et dix-sept minutes. Cela voudrait dire que vous êtes en retard à la réception du Gouverneur », annonce-t-il avec un immense sourire ; pas besoin de me retourner, je le devine dans mon dos.

« Alfred », fais-je avec un ton qui ne souffre d’aucune réponse, « je ne suis pas d’humeur ».

 

J’abrège la conversation et m’empare de mon immense manteau sombre et le glisse avec aisance sur mes épaules. Mes bottes claquent sur le métal, et m’approchent de la trappe en acier qui trône au milieu de la structure. Je m’accroupis calmement et y appose mes mains quand il reprend la parole.

« Sir Bruce », parle-t-il d’une voix moins moqueuse et plus calme, « pardonnez mes petits jeux, mais ils bénéficient d’un fond de vérité ». Il s’approche et s’arrête à un mètre de moi. Engoncé dans son grand manteau polaire, un petit bonnet sur son crâne dégarni, il me fixe avec ses yeux ronds et reprend. « Votre vie sociale ne peut souffrir de vos sorties. Vos responsabilités de Chevalier de l’Ordre de Saint-Patrick vous poussent à certaines astreintes ».

« Je sais, Alfred. Je sais aussi que vos camarades domestiques jalouseraient certainement votre liberté de ton, s’ils connaissaient la teneur réelle de nos échanges. Tout comme mon ami Oswald, ce cher Gouverneur, serait enragé de connaître les raisons réelles de mes retards. Heureusement, nous malmenons la vérité depuis des années – et cela va encore continuer », dis-je avec un léger sourire. Mes mains gantées ouvrent la trappe, et une bouffée d’air froid agresse mon visage ; heureusement, mon masque est suffisamment collé pour me permettre de résister à ces bourrasques sans danger pour mon secret.

« Espérons, Sir Bruce », murmure-t-il en reculant pour se tenir contre une rambarde, sur un des murs métalliques qui nous entourent. La structure est légèrement ballotée depuis que j’ai ouvert la trappe, mais cette bonne vieille Chiroptera en a vue d’autres.

« Espérez surtout que je parvienne à appréhender Victor. Ses dérives n’ont que trop duré », dis-je en me jetant directement au travers de la trappe, qui se referme derrière moi.

 

Son claquement métallique est le dernier son que j’entends. La chute dans le vide occupe mes sens, agresse mon ouïe et mes yeux, et mes mains gantées agrippent mon immense manteau sombre dans les ténèbres nocturnes.

La texture et le pliage réalisés par Lucius me permettent de maîtriser ma descente, et je parviens à lutter contre la gravité en m’approchant de ma cible sans danger : l’immense bâtiment d’architecture victorienne qui abrite le Tribunal – et le pauvre homme qui se tient sur le toit, à haranguer et menacer la foule.

 

Vêtu d’un scaphandre ocre qui recouvre tout son corps, les boulons et ressorts directement visibles sur la structure rongée par la rouille et le gel, il fixe de ses yeux rouges, derrière son casque construit en un verre incassable et transparent, une vingtaine de personnes rassemblées malgré les ordres de la maréchaussée.

Ses gestes sont lents, l’immense structure de métal qu’il porte depuis des années doit être si lourde que chaque mouvement doit être une torture. Il lui faut plus d’une minute pour faire à peine deux pas, mais ça ne le rend pas moins dangereux. J’ai appris depuis longtemps à ne plus sous-estimer le docteur Fries.

 

« Victor », fais-je avec un ton plein d’autorité. Ma voix précède mon arrivée, mes bottes se posent lourdement sur le toit du Tribunal. « Cela doit cesser ».

Le crissement du mouvement de son casque parvient à mes oreilles en même temps que sa voix aigüe. « Chiroptère, j’espérais que tes précédents échecs te feraient prendre conscience de ton inutilité », me réplique-t-il lentement. Je découvre son visage si pâle, ravagé après les expériences qu’il s’est infligées depuis des années – sans jamais être arrêté. Tous, dans notre communauté, nous portons la responsabilité du destin d’un de nos plus grands esprits, mais le bilan n’est pas encore à dresser : Victor n’est toujours pas appréhendé.

« J’ai laissé mes sentiments m’aveugler, cela est terminé », murmure-je me relevant lentement, usant de toutes mes leçons de théâtre pour l’impressionner.

 

Mon immense cape glisse sur le toit, alors que je gonfle ma poitrine pour me préparer. Le symbole de chauve-souris noir brille sur ma chemise de toile vert foncée, alors que les outils à ma ceinture continuent de racler ma chair sous mon pantalon sombre. Mes yeux, derrière les lunettes glissées devant mon masque, analysent chaque détail du scaphandre et des armes qu’il manipule. Mes mains se crispent, ma mâchoire suit rapidement.

Je ne veux pas le combattre – je ne veux pas m’acharner sur celui qui fut mon camarade de chambrée à l’Université de Gotham. Mais je ne peux plus laisser Victor s’enfermer dans la folie, et causer des dégâts autour de lui.

 

« Tes secrets, tes masques, ta croisade… tout cela ne sert à rien, Bruce », murmure-t-il en s’avançant difficilement vers moi.

Les ressorts hydrauliques de son scaphandre crissent au moindre mouvement, mais Victor n’y fait même plus attention. C’est un miracle qu’il puisse encore survivre, mais les lentilles infra-rouges que j’ai glissées devant mes lunettes m’informent du danger réel de la structure : elle va exploser. Il l’a poussée trop loin.

L’invention principale du docteur Fries, cette technologie qui a impressionné tous les savants de notre époque, a été abusée, utilisée trop souvent. Malgré les alertes de ses collègues et mes propres conseils, Victor a toujours voulu dépasser les limites de ses recherches et de la décence. Si le Grand Homme nous a appris quelque chose, c’est bien que lui seul a pu développer autant en si peu de temps, et que la science est affaire de lenteur et de prudence… mais Victor ne l’a jamais entendu ainsi.

 

« Cela sert mon but, Victor », dis-je en m’emparant de mon outil préféré. Le tenant à bout de bras, je vise mon meilleur ami et n’hésite plus à appuyer sur la gâchette. Lentement, le canon de ce qui s’assimile de loin à une arme à feu, mais qui n’a rien de commun avec ces horreurs, s’ouvre. L’acier crisse, les ressorts s’activent, l’énergie s’affole et est finalement libérée.

Un filin doré est propulsé du canon, et une pince vient s’enticher sur le torse du scaphandre. L’électricité frappe toute la structure métallique – mais ne provoque nulle conséquence.

Un sourire mauvais apparait sur les lèvres gercées de Victor : il m’a devancé.

 

« Venger la mort de tes parents n’a aucun intérêt. Ton anoblissement ou la façade que tu offres en société non plus, mon ami. Rien ne les ramènera », glisse-t-il en arrachant la pince et en s’avançant encore vers moi. Le canon greffé à son bras droit commence à bourdonner – je connais déjà son plan, je dois intervenir.

« Rien ne ramènera Nora non plus », murmure-je en lâchant mon outil et en me drapant dans mon immense manteau. Trop souvent, Victor m’a vaincu avec ses inventions : il n’est que temps de lui montrer que je détiens aussi une science efficace, qui elle a suivi les préceptes du Grand Homme.

« NE PRONONCE PAS SON NOM ! », hurle-t-il en levant difficilement son bras et en actionnant son mécanisme. Une poussée de gel et de glace vient me frapper directement, mais le mécanisme mis au point par le domestique Lucius Fox me protège.

 

Les rainures métalliques, qui réchauffent le manteau et empêchent mon ami de me bloquer sur place, sont activées grâce à un habile système chargé auparavant par la prodigieuse vapeur – l’essentiel de notre énergie et de notre science.

Victor a eu tort de vouloir chercher de nouvelles ressources, de braver les principes du Grand Homme et de réveiller sa femme à jamais endormie. A lui de faire face aux conséquences de ses actes. Mon domestique a trouvé une technique respectable qui surpasse ses créations impies.

 

Le gel s’arrête, et mes mains sortent de mon manteau pour agripper le bras de Victor. D’un geste sec, j’arrache le canon, alors que mes jambes propulsent mon corps en l’air. Les leçons durement apprises durant mon service au sein de la Compagnie des Indes me permettent de tourner autour du casque de mon ami pour frapper différents points sensibles de son scaphandre – et enfoncer l’acier usé dans sa propre chair.

 

Les hurlements de Victor agressent mes oreilles, tant que leur sens est incompréhensible. La puissance de l’armure lui permet de me rejeter au loin, mais je me retiens au sol et glisse sur le toit du Tribunal en fixant mon adversaire.

Sans la voir, je sens la foule à quelques mètres sous moi : je l’imagine terrifiée. Mes apparitions continuent de diviser les opinions, les rumeurs vont bon train et je sais que le Brigadier Gordon a de grandes difficultés à cacher nos arrangements ; je suis persuadé que les esprits chagrins m’associeront encore à Victor quand tout ceci sera terminé.

 

Lentement, le scaphandre se tourne vers moi. Je vois mon ami s’emparer d’une de ses fameuses « bombes de glace » qui envoient dans l’autre royaume leurs pauvres victimes ; le juge Dent est le seul à y avoir survécu, mais son esprit est resté ailleurs.

Je ne peux laisser Victor continuer ainsi. J’arrache de ma ceinture une sphère récemment créée par Lucius, et l’envoie directement vers mon ami ; de ma main libre, j’appuie sur un bouton spécifique de mes lunettes, et les filtres obscurs s’activent devant mes yeux. L’outil explose à quelques centimètres de lui, délivrant un éclair lumineux qui l’aveugle.

 

Victor lâche sa « bombe de glace », qui s’évapore immédiatement à ses pieds.

Un hurlement de douleur et de colère s’échappe de son crâne rongé par la folie. Son corps est immédiatement immobilisé par sa propre création, ce gel nouveau qui devait faire fonctionner la machine sensée redonner vie à son éternel amour.

 

« C’est terminé, Victor », murmure-je en m’approchant. La glace a déjà bloqué ses jambes, son torse disparaît peu à peu sous la matière mi-blanche, mi-transparente qui l’empêchera bientôt de se mouvoir entièrement. « Nous allons t’aider ».

« Per… personne ne le peut… Sir Bruce », souffle-t-il en sentant ses fonctions vitales se bloquer. « Tout… je… je voulais tout… pour elle… »

« Nora est morte, Victor. Ton règne de terreur s’achève », dis-je en m’arrêtant devant lui. La glace a déjà recouvert son tronc et attaque ses bras.

« Tu… Bruce… tu ne sais rien. Tout… tout est lié… tout est faux », murmure-t-il alors que son corps l’abandonne. « Mes recherches… c’est lui… le juge Dent… le destin… du savant Nigma… le monde… tout… tout est lié. Le monde… ne devrait pas être… ainsi… »

« Victor, tes expériences sur cette énergie ont détruit ton esprit », fais-je avec toute la tristesse qui m’anime.

« La science… ne doit pas être… prudence. Gare… gare à l’Homme-Sourire… il… la science… il l’a… corrompue… elle aurait dû… avancer… le Grand Homme… », essaye-t-il de dire quand la glace s’empare de son visage. « Il est vivant, Bruce… il… il agit encore… rô… rôde près », mais il ne peut finir sa phrase.

 

La glace a entièrement recouvert son crâne.

Le reste de son discours restera inconnu, du moins tant que mon domestique Lucius n’aura pas percé le secret de sa technique – et la Lenteur et la Prudence dictent ses recherches.

 

Au loin, le Beffroi de la Colonie de Gotham sonne dix-huit heures trente : j’ai plus d’une heure de retard à la réception du Gouverneur, Oswald Cobblepott. Alfred doit achever la préparation de ma tenue dans mon dirigeable furtif, ma base d’opérations au-dessus de ma ville, ma chère Chiroptera.

Je dois y aller. Je dois laisser la maréchaussée prendre possession du corps inanimé de mon meilleur ami, et l’abandonner aux bons soins d’ivrognes et autres brutes qui voudront se venger des pertes qui leur a fait endurer.

 

Ses paroles raisonnent dans mon esprit alors que je saute de bâtisse en bâtisse pour rejoindre un point de rendez-vous. Divagations d’un homme dérangé, bien sûr – mais je connais Victor, le vrai Victor. Et j’ai eu l’impression que ses derniers mots avaient l’accent de mon ami, quand il était encore sain d’esprit.

Mais il ne peut avoir dit vrai.

 

Le Grand Homme, Nikola Tesla, nous a quittés le 7 janvier 1943 – il y a cinquante-six ans, maintenant. L’Empire Britannique a décrété jadis une année entière de deuil pour l’inventeur qui a révolutionné le monde et permis à la Couronne d’achever toutes les guerres et la pacification du monde sous son drapeau.

Il ne peut être vivant, il ne peut être coupable de tels crimes… Victor est devenu fou, tout simplement.

 

Nulle autre explication n’est possible, nulle autre explication n’est acceptable.

Et alors que je rejoins discrètement mon dirigeable, pour troquer mon costume pour l’habit du lâche et frivole Sir Bruce, j’essaye de me convaincre de ces quelques mots, alors que tout mon être me crie le contraire. Le temps n’est pas venu d’enquêter sur les révélations de Victor – mais, j’en fais le serment, ce temps ne tardera guère. Je lui dois au moins cela.

 

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Ambre 10/11/2012 18:29

Crap ! Vraiment énorme ! J'ai beaucoup apprécié, chapeau bas l'artiste ! ;)

BenT 10/11/2012 21:34



Merci beaucoup !



Emmessem 02/11/2012 13:13

Réinterprétation steampunk très intéressante de l'univers de la Chauve-Souris.On aura une suite où Bruce fera face à l'Homme-Sourire ?

BenT 02/11/2012 13:20



Tout dépendra du temps, de l'inspiration et d'une éventuelle demande des lecteurs. 


Merci de l'avis !