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Wind of change - 12 septembre 2011

Publié le par BenT

Bonjour à tous,

 

Après beaucoup d'articles sur des sujets liés à mes passions, je retourne à l'objectif initial du blog en vous proposant une nouvelle courte : Wind of change. Inspirée non pas par la chanson du groupe Scorpions mais par cette image :

 

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Je ne sais plus du tout où je l'ai trouvée, mais elle m'a immédiatement poussé à rédiger une nouvelle sur un thème précis.

A vous de découvrir lequel durant votre lecture (promis, elle est courte !), avant que je ne vous confirme ou non votre éventuelle trouvaille à la fin. Et même si les paroles n'ont pas énormément à voir, je vous joins également la chanson Wind of change de Scorpions, dont l'ambiance convient assez bien. Bonne lecture et à bientôt !

 

 

Wind of change

12 septembre 2011

 

 

 


« Bonjour Maria. Encore des nuages aujourd’hui, hein ? Ca n’arrangera pas Tony, ça. Je ne suis pas sûr que ses plantes pousseront, cette saison. Il faudra bien s’occuper de lui, il aura du mal à l’encaisser, mais je te fais confiance pour ça. Tu as toujours eu un don avec les gens. »

 

Ses genoux craquent alors qu’il s’accroupit. La terre fraîche s’enfonce sous son poids, sa vieille salopette salie un peu plus par les éclaboussures qu’il ne lave jamais. Il n’a jamais été très soigneux de ses affaires, et il ne l’entend plus maugréer sur son manque de soin. Son dos le lance alors qu’il se penche en avant pour tasser la terre autour des fleurs qui poussent courageusement, malgré la météo difficile.

Deux mois depuis la dernière pluie. Deux mois depuis le dernier rayon de soleil. Et vingt mois depuis la dernière parole échangée avec un être vivant.

 

Un sourire usé fait vibrer ses rides. Ses mains fatiguées se posent sur la pierre rectangulaire qui lui fait face. Les inscriptions, gravées des décennies plus tôt, ont disparu mais il sait où il est, il sait à qui il s’adresse. Il parle à sa femme tous les jours, ce ne sont pas les ravages du Temps qui vont le gêner ou l’empêcher de la retrouver parmi toutes les autres. Elle a toujours été unique, même dans la foule. Ça non plus, ça ne change pas.

 

« Ah, Maria… je me demande ce que tu dirais en voyant tout ça. Toi qui détestais la ville quand je t’ai amenée ici, tu devrais aimer, je pense… En un sens, c’est devenu ce que tu as toujours préféré : du calme, du silence… Plus de voiture, plus de foule, plus de bruit… La Nature a repris ses droits… »

 

Il veut ajouter « sur toi aussi » mais il n’en a pas le courage. Ça non plus, ça ne change pas.

Il se relève et étouffe un sanglot. Il s’appuie sur la pierre appartenant à Tony, comme toujours. Jamais il n’utilise celle de Maria pour se relever. Jamais il ne permet que les plantes, la poussière ou les détritus s’amoncellent sur sa parcelle.

Un peu de respect. Un peu de tendresse. Un peu d’amour. Ce qu’elle a toujours voulu, ce qu’il ne lui a donné que trop tard.

 

« Je vais devoir y aller, Maria… je reviendrai demain. Porte-toi bien et prends soin du petit. »

 

Son sourire las s’efface quand il lui tourne le dos, se contorsionnant pour éviter de se cogner dans une autre pierre tombale, à deux mètres à peine devant celle de Maria. Avec un mètre cinquante de large à peine, chaque tombe laisse peu d’espace pour son occupant mais il n’a pas eu le choix. Quand la situation a commencé à dégénérer et que la contagion a été trop forte, des décisions ont dû être prises… par lui. Parce qu’il a osé quand les autres ont baissé les yeux. Ça non plus, ça n’a jamais changé.

 

C’est lui qui s’est porté volontaire pour tout organiser. C’est lui qui a voulu rester auprès d’elle, une des premières touchées par le Fléau. Il a juré de veiller sur elle jusqu’à ce que la Mort les sépare, et de son point de vue, ce n’est pas une boîte en bois et un peu de terre qui peut y arriver. Il a raté la vie qu’elle a eu avec lui, il ne fera pas la même erreur pour la suite.

 

Lentement, il s’approche du rebord et des escaliers.

Autour de lui, la centaine de tombes parfaitement alignées sur l’ancien stade le fixe, le trouble. Il a toujours un sentiment de malaise en étant aussi haut et entouré d’un tel silence. Il n’est pas comme Maria, il est un enfant de la ville : la Nature, très peu pour lui. Il lui faut du béton, des immeubles, de la pollution, du bruit.

 

Maintenant, il n’a plus que la moitié. Jamais satisfait, jamais vraiment heureux. Ça non plus, ça ne change pas.

Et elle n’est plus là, surtout. Il n’a rien gagné à l’amener ici, mais au moins il peut encore veiller sur elle. Ils se seraient éteint tous deux s’ils étaient restés dans sa ferme. Là, au moins, il la protège et la chérie du mieux qu’il peut. Il soupire ; il n’ose pas se demander ce qu’elle en penserait.

 

Un pas après l’autre, une marche après l’autre, il redescend, sentant tout le poids des pierres tombales sur ses épaules ; il sent surtout celui de celles à installer. Ça fait trois ans qu’il n’a plus la force de faire l’effort, mais Jim s’en occupait jusqu’à… jusqu’à ce que le Fléau l’emporte aussi. Comme toujours, quand il croit qu’il a enfin disparu, quand il retrouve un peu de sérénité, il revient et lui prend ce qui lui reste. Ça non plus, ça ne change pas.

 

Le Fléau est son ennemi personnel. Sa Némésis. L’adversaire qu’il ne pourra jamais vaincre.

Ça ne l’a pas empêché de faire tout ce qu’il pouvait pour le contrer. Et réduire sa capacité de nuisance.

 

« Saloperie… faudrait pas vieillir… »

 

Ses doigts s’accrochent désespérément à la rambarde gelée par une température toujours négative ; il a déjà glissé, et il a mis des mois à s’en remettre. Son corps n’est qu’une vieille coquille usée, qui cicatrise si mal depuis que le docteur a été emporté, quatre ans plus tôt. Il ne peut plus se permettre de vivre dangereusement ; il a même hésité à s’occuper de Jim, quand les premiers symptômes sont apparus.

Il a vu trop de victimes pour savoir que tout va beaucoup trop vite et que la contagion peut être brutale. Et il n’a pas le droit de se mettre en danger ; il est le dernier à s’occuper des tombes et de Maria. Il ne peut pas lui faire ça.

 

Arrivé au sol, sur la terre jadis recouverte d’herbe, il soupire et referme son manteau. Il est toujours mieux, au sol, malgré un vent toujours plus piquant. Il n’est jamais à l’aise en hauteur, avec le froid trop présent et le vertige, mais c’est encore pire quand il va dans les immeubles. Quand il n’y avait plus de place sur le sentier des vaches pour les pierres, il a été obligé de transporter les parcelles dans les bâtiments.

 

D’abord les locaux administratifs, puis les grosses constructions, puis les immeubles d’habitation. Sa mémoire s’effrite, mais il sait encore que chaque appartement de la ville contient au moins trois parcelles, plus selon le nombre de pièces à l’intérieur. Jim et lui ont transporté les corps et les ont recouverts de sacs, avec toujours cependant une pierre, de plus en plus petite au fil des victimes, pour reconnaître la victime.

Tout le monde a droit à sa stèle, c’est quelque chose sur laquelle il n’a jamais transigé. Même s’il a dû convaincre son jeune ami de faire encore plus d’efforts pour « rien » selon lui, il a imposé sa volonté ; il en est fier.

 

Il avance lentement, récupérant sa canne au pied des anciens gradins traversés par un vent gelé. Sa vue baisse, mais il sent que la lumière diminue ; il est temps de rentrer. Il met toujours plus longtemps à retourner chez lui, à préparer sa maigre ration en boîte, à se laver et à s’endormir. Non pas qu’il s’inquiète : il n’y a plus de danger pour lui ici, ou du moins plus de danger contre lequel il peut se défendre. C’est simplement que la quiétude du sommeil lui échappe alors que le Temps passe et que les souvenirs deviennent plus réels que les jours qui s’offrent à lui.

Il ne devrait plus être ici, il a suffisamment vécu. Mais il n’y a plus personne pour les parcelles, et Maria a besoin qu’on prenne soin d’elle. Il a promis ; il ne la décevra pas cette fois. Il veut que ça change.

 

Seule silhouette mobile dans un stade recouvert de pierres, entouré de ruelles jonchées de stèles, dans un quartier regorgeant de parcelles, il avance. Le dos voûté. La tête basse. Le regard vide. Le corps frissonnant face au vent glacé qui l’accompagne jusqu’à son repaire. Et le cœur remplit d’impatience à l’idée de revenir.

Pour elle. Jusqu’à sa fin – jusqu’à La fin. Quand le dernier fossoyeur disparaîtra, la dernière ville s’immobilisera ; le dernier pays se taira ; la dernière planète s’éteindra ; et le dernier homme sourira en la retrouvant. Et ça, surtout ça, ça changera – enfin.

 

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En réalité, l'image ci-dessus m'a inspiré une cité morte, une ville recouvrte de tombes à chaque endroit. Un cimetière au sein d'une ville, normalement symbole de vie et d'agitation. Je ne suis pas sûr d'avoir su retranscrire ce que ça m'a fait penser dans cette courte nouvelle, je la retravaillerai peut-être encore.
Salut !

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Romain 14/09/2011 20:52


Flemme de faire une longue critique !
Histoire sympa mais trop peu de rebondissements !
Tu t'es trop attardé sur les détails qui tuent un peu le côté poétique !
La musique est bien !
Une amélioration sur la maîtrise du rythme, encore un petit effort !
Bisou !