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Nouvelles steampunk

Samedi 10 novembre 2012 6 10 /11 /Nov /2012 16:12

Bonjour à tous.

 

Il y a quelques jours, j'ai publié ici une nouvelle couverte sur ma version personnelle de Batman dans un thème Steampunk.

Bruce Cherin, un sympathique auteur plein de talent dont je reparlerai bientôt par rapport à Lord Corlatius, a lu et apprécié cette histoire, tant et si bien qu'il a réalisé deux illustrations directement tirées du récit !

 

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Ma version de Mr Freeze : à partir d'une description sommaire, Bruce a réalisé ce superbe design.

 

http://sphotos-d.ak.fbcdn.net/hphotos-ak-ash4/387597_3989203368498_350884154_n.jpg

Sa version du début de l'histoire, ma première partie transformée en première planche.

 

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La version magnifiquement colorée.

 

Merci beaucoup à lui ! N'hésitez pas à visiter sa page Facebook ou son blog.

A bientôt !

Par BenT - Publié dans : Nouvelles steampunk
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Vendredi 2 novembre 2012 5 02 /11 /Nov /2012 11:56

Bonjour à tous.

 

Ceux qui suivent ce blog, ou jettent simplement un oeil sur la droite pour voir les catégories d'articles, le savent : j'écris et publie quelques nouvelles ici, et suis fan de comics, de Science-Fiction et de Steampunk. Hier, poussé par l'envie de m'amuser et de fusionner mes centres d'intérêt, j'ai réalisé une petite nouvelle sobrement intitulée SteamBatpunk, soit tout simplement un court récit sur un Batman dans un univers Steampunk (où la machine à vapeur l'a emportée sur la course à l'énergie, avec donc plusieurs changements dans la technologie et l'Histoire).

 

J'ai longuement écrit des fan-fictions (récits de fans sur des personnagex existants), et je m'étais promis de ne plus vraiment le faire pour favoriser mes propres personnages. Cependant, en découvrant ce design de Marc Tan (tout le look est copié de cette oeuvre, donc merci à lui) :

 

http://features.cgsociety.org/newgallerycrits/g96/1196/1196_1251870996_submedium.jpg

 

J'avoue n'avoir pas pu résister.

Voici donc SteamBatpunk, petit délire assez drôle à créer même si je n'ai pas forcément poussé trop loin le concept. Peut-être une autre fois ! Bonne lecture !

 

 

SteamBatpunk

 

2 novembre 2012

 

« Sir Bruce, la pendule me semble être une malfaçon… elle indique une heure qui ne peut être exacte », murmure une voix lente derrière moi.

« Je ne suis pas d’humeur pour petits jeux d’esprits », réponds-je en fermant la ceinture qui serre mes hanches. Le tranchant des outils qui y sont accrochés m’arrache une grimace de douleur.

« Pourtant, Sir Bruce, il est d’une importance fondamentale d’arranger ce problème et de vous plaindre auprès de Monsieur Lucius. Vous ne pouvez vous priver de l’avantage de connaître l’heure exacte : il ne peut être dix-huit heures et dix-sept minutes. Cela voudrait dire que vous êtes en retard à la réception du Gouverneur », annonce-t-il avec un immense sourire ; pas besoin de me retourner, je le devine dans mon dos.

« Alfred », fais-je avec un ton qui ne souffre d’aucune réponse, « je ne suis pas d’humeur ».

 

J’abrège la conversation et m’empare de mon immense manteau sombre et le glisse avec aisance sur mes épaules. Mes bottes claquent sur le métal, et m’approchent de la trappe en acier qui trône au milieu de la structure. Je m’accroupis calmement et y appose mes mains quand il reprend la parole.

« Sir Bruce », parle-t-il d’une voix moins moqueuse et plus calme, « pardonnez mes petits jeux, mais ils bénéficient d’un fond de vérité ». Il s’approche et s’arrête à un mètre de moi. Engoncé dans son grand manteau polaire, un petit bonnet sur son crâne dégarni, il me fixe avec ses yeux ronds et reprend. « Votre vie sociale ne peut souffrir de vos sorties. Vos responsabilités de Chevalier de l’Ordre de Saint-Patrick vous poussent à certaines astreintes ».

« Je sais, Alfred. Je sais aussi que vos camarades domestiques jalouseraient certainement votre liberté de ton, s’ils connaissaient la teneur réelle de nos échanges. Tout comme mon ami Oswald, ce cher Gouverneur, serait enragé de connaître les raisons réelles de mes retards. Heureusement, nous malmenons la vérité depuis des années – et cela va encore continuer », dis-je avec un léger sourire. Mes mains gantées ouvrent la trappe, et une bouffée d’air froid agresse mon visage ; heureusement, mon masque est suffisamment collé pour me permettre de résister à ces bourrasques sans danger pour mon secret.

« Espérons, Sir Bruce », murmure-t-il en reculant pour se tenir contre une rambarde, sur un des murs métalliques qui nous entourent. La structure est légèrement ballotée depuis que j’ai ouvert la trappe, mais cette bonne vieille Chiroptera en a vue d’autres.

« Espérez surtout que je parvienne à appréhender Victor. Ses dérives n’ont que trop duré », dis-je en me jetant directement au travers de la trappe, qui se referme derrière moi.

 

Son claquement métallique est le dernier son que j’entends. La chute dans le vide occupe mes sens, agresse mon ouïe et mes yeux, et mes mains gantées agrippent mon immense manteau sombre dans les ténèbres nocturnes.

La texture et le pliage réalisés par Lucius me permettent de maîtriser ma descente, et je parviens à lutter contre la gravité en m’approchant de ma cible sans danger : l’immense bâtiment d’architecture victorienne qui abrite le Tribunal – et le pauvre homme qui se tient sur le toit, à haranguer et menacer la foule.

 

Vêtu d’un scaphandre ocre qui recouvre tout son corps, les boulons et ressorts directement visibles sur la structure rongée par la rouille et le gel, il fixe de ses yeux rouges, derrière son casque construit en un verre incassable et transparent, une vingtaine de personnes rassemblées malgré les ordres de la maréchaussée.

Ses gestes sont lents, l’immense structure de métal qu’il porte depuis des années doit être si lourde que chaque mouvement doit être une torture. Il lui faut plus d’une minute pour faire à peine deux pas, mais ça ne le rend pas moins dangereux. J’ai appris depuis longtemps à ne plus sous-estimer le docteur Fries.

 

« Victor », fais-je avec un ton plein d’autorité. Ma voix précède mon arrivée, mes bottes se posent lourdement sur le toit du Tribunal. « Cela doit cesser ».

Le crissement du mouvement de son casque parvient à mes oreilles en même temps que sa voix aigüe. « Chiroptère, j’espérais que tes précédents échecs te feraient prendre conscience de ton inutilité », me réplique-t-il lentement. Je découvre son visage si pâle, ravagé après les expériences qu’il s’est infligées depuis des années – sans jamais être arrêté. Tous, dans notre communauté, nous portons la responsabilité du destin d’un de nos plus grands esprits, mais le bilan n’est pas encore à dresser : Victor n’est toujours pas appréhendé.

« J’ai laissé mes sentiments m’aveugler, cela est terminé », murmure-je me relevant lentement, usant de toutes mes leçons de théâtre pour l’impressionner.

 

Mon immense cape glisse sur le toit, alors que je gonfle ma poitrine pour me préparer. Le symbole de chauve-souris noir brille sur ma chemise de toile vert foncée, alors que les outils à ma ceinture continuent de racler ma chair sous mon pantalon sombre. Mes yeux, derrière les lunettes glissées devant mon masque, analysent chaque détail du scaphandre et des armes qu’il manipule. Mes mains se crispent, ma mâchoire suit rapidement.

Je ne veux pas le combattre – je ne veux pas m’acharner sur celui qui fut mon camarade de chambrée à l’Université de Gotham. Mais je ne peux plus laisser Victor s’enfermer dans la folie, et causer des dégâts autour de lui.

 

« Tes secrets, tes masques, ta croisade… tout cela ne sert à rien, Bruce », murmure-t-il en s’avançant difficilement vers moi.

Les ressorts hydrauliques de son scaphandre crissent au moindre mouvement, mais Victor n’y fait même plus attention. C’est un miracle qu’il puisse encore survivre, mais les lentilles infra-rouges que j’ai glissées devant mes lunettes m’informent du danger réel de la structure : elle va exploser. Il l’a poussée trop loin.

L’invention principale du docteur Fries, cette technologie qui a impressionné tous les savants de notre époque, a été abusée, utilisée trop souvent. Malgré les alertes de ses collègues et mes propres conseils, Victor a toujours voulu dépasser les limites de ses recherches et de la décence. Si le Grand Homme nous a appris quelque chose, c’est bien que lui seul a pu développer autant en si peu de temps, et que la science est affaire de lenteur et de prudence… mais Victor ne l’a jamais entendu ainsi.

 

« Cela sert mon but, Victor », dis-je en m’emparant de mon outil préféré. Le tenant à bout de bras, je vise mon meilleur ami et n’hésite plus à appuyer sur la gâchette. Lentement, le canon de ce qui s’assimile de loin à une arme à feu, mais qui n’a rien de commun avec ces horreurs, s’ouvre. L’acier crisse, les ressorts s’activent, l’énergie s’affole et est finalement libérée.

Un filin doré est propulsé du canon, et une pince vient s’enticher sur le torse du scaphandre. L’électricité frappe toute la structure métallique – mais ne provoque nulle conséquence.

Un sourire mauvais apparait sur les lèvres gercées de Victor : il m’a devancé.

 

« Venger la mort de tes parents n’a aucun intérêt. Ton anoblissement ou la façade que tu offres en société non plus, mon ami. Rien ne les ramènera », glisse-t-il en arrachant la pince et en s’avançant encore vers moi. Le canon greffé à son bras droit commence à bourdonner – je connais déjà son plan, je dois intervenir.

« Rien ne ramènera Nora non plus », murmure-je en lâchant mon outil et en me drapant dans mon immense manteau. Trop souvent, Victor m’a vaincu avec ses inventions : il n’est que temps de lui montrer que je détiens aussi une science efficace, qui elle a suivi les préceptes du Grand Homme.

« NE PRONONCE PAS SON NOM ! », hurle-t-il en levant difficilement son bras et en actionnant son mécanisme. Une poussée de gel et de glace vient me frapper directement, mais le mécanisme mis au point par le domestique Lucius Fox me protège.

 

Les rainures métalliques, qui réchauffent le manteau et empêchent mon ami de me bloquer sur place, sont activées grâce à un habile système chargé auparavant par la prodigieuse vapeur – l’essentiel de notre énergie et de notre science.

Victor a eu tort de vouloir chercher de nouvelles ressources, de braver les principes du Grand Homme et de réveiller sa femme à jamais endormie. A lui de faire face aux conséquences de ses actes. Mon domestique a trouvé une technique respectable qui surpasse ses créations impies.

 

Le gel s’arrête, et mes mains sortent de mon manteau pour agripper le bras de Victor. D’un geste sec, j’arrache le canon, alors que mes jambes propulsent mon corps en l’air. Les leçons durement apprises durant mon service au sein de la Compagnie des Indes me permettent de tourner autour du casque de mon ami pour frapper différents points sensibles de son scaphandre – et enfoncer l’acier usé dans sa propre chair.

 

Les hurlements de Victor agressent mes oreilles, tant que leur sens est incompréhensible. La puissance de l’armure lui permet de me rejeter au loin, mais je me retiens au sol et glisse sur le toit du Tribunal en fixant mon adversaire.

Sans la voir, je sens la foule à quelques mètres sous moi : je l’imagine terrifiée. Mes apparitions continuent de diviser les opinions, les rumeurs vont bon train et je sais que le Brigadier Gordon a de grandes difficultés à cacher nos arrangements ; je suis persuadé que les esprits chagrins m’associeront encore à Victor quand tout ceci sera terminé.

 

Lentement, le scaphandre se tourne vers moi. Je vois mon ami s’emparer d’une de ses fameuses « bombes de glace » qui envoient dans l’autre royaume leurs pauvres victimes ; le juge Dent est le seul à y avoir survécu, mais son esprit est resté ailleurs.

Je ne peux laisser Victor continuer ainsi. J’arrache de ma ceinture une sphère récemment créée par Lucius, et l’envoie directement vers mon ami ; de ma main libre, j’appuie sur un bouton spécifique de mes lunettes, et les filtres obscurs s’activent devant mes yeux. L’outil explose à quelques centimètres de lui, délivrant un éclair lumineux qui l’aveugle.

 

Victor lâche sa « bombe de glace », qui s’évapore immédiatement à ses pieds.

Un hurlement de douleur et de colère s’échappe de son crâne rongé par la folie. Son corps est immédiatement immobilisé par sa propre création, ce gel nouveau qui devait faire fonctionner la machine sensée redonner vie à son éternel amour.

 

« C’est terminé, Victor », murmure-je en m’approchant. La glace a déjà bloqué ses jambes, son torse disparaît peu à peu sous la matière mi-blanche, mi-transparente qui l’empêchera bientôt de se mouvoir entièrement. « Nous allons t’aider ».

« Per… personne ne le peut… Sir Bruce », souffle-t-il en sentant ses fonctions vitales se bloquer. « Tout… je… je voulais tout… pour elle… »

« Nora est morte, Victor. Ton règne de terreur s’achève », dis-je en m’arrêtant devant lui. La glace a déjà recouvert son tronc et attaque ses bras.

« Tu… Bruce… tu ne sais rien. Tout… tout est lié… tout est faux », murmure-t-il alors que son corps l’abandonne. « Mes recherches… c’est lui… le juge Dent… le destin… du savant Nigma… le monde… tout… tout est lié. Le monde… ne devrait pas être… ainsi… »

« Victor, tes expériences sur cette énergie ont détruit ton esprit », fais-je avec toute la tristesse qui m’anime.

« La science… ne doit pas être… prudence. Gare… gare à l’Homme-Sourire… il… la science… il l’a… corrompue… elle aurait dû… avancer… le Grand Homme… », essaye-t-il de dire quand la glace s’empare de son visage. « Il est vivant, Bruce… il… il agit encore… rô… rôde près », mais il ne peut finir sa phrase.

 

La glace a entièrement recouvert son crâne.

Le reste de son discours restera inconnu, du moins tant que mon domestique Lucius n’aura pas percé le secret de sa technique – et la Lenteur et la Prudence dictent ses recherches.

 

Au loin, le Beffroi de la Colonie de Gotham sonne dix-huit heures trente : j’ai plus d’une heure de retard à la réception du Gouverneur, Oswald Cobblepott. Alfred doit achever la préparation de ma tenue dans mon dirigeable furtif, ma base d’opérations au-dessus de ma ville, ma chère Chiroptera.

Je dois y aller. Je dois laisser la maréchaussée prendre possession du corps inanimé de mon meilleur ami, et l’abandonner aux bons soins d’ivrognes et autres brutes qui voudront se venger des pertes qui leur a fait endurer.

 

Ses paroles raisonnent dans mon esprit alors que je saute de bâtisse en bâtisse pour rejoindre un point de rendez-vous. Divagations d’un homme dérangé, bien sûr – mais je connais Victor, le vrai Victor. Et j’ai eu l’impression que ses derniers mots avaient l’accent de mon ami, quand il était encore sain d’esprit.

Mais il ne peut avoir dit vrai.

 

Le Grand Homme, Nikola Tesla, nous a quittés le 7 janvier 1943 – il y a cinquante-six ans, maintenant. L’Empire Britannique a décrété jadis une année entière de deuil pour l’inventeur qui a révolutionné le monde et permis à la Couronne d’achever toutes les guerres et la pacification du monde sous son drapeau.

Il ne peut être vivant, il ne peut être coupable de tels crimes… Victor est devenu fou, tout simplement.

 

Nulle autre explication n’est possible, nulle autre explication n’est acceptable.

Et alors que je rejoins discrètement mon dirigeable, pour troquer mon costume pour l’habit du lâche et frivole Sir Bruce, j’essaye de me convaincre de ces quelques mots, alors que tout mon être me crie le contraire. Le temps n’est pas venu d’enquêter sur les révélations de Victor – mais, j’en fais le serment, ce temps ne tardera guère. Je lui dois au moins cela.

 

Par BenT - Publié dans : Nouvelles steampunk
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Jeudi 24 février 2011 4 24 /02 /Fév /2011 16:55

Bonjour à tous !

 

Mes examens terminés, je retrouve mon clavier pour recommencer à écrire. A côté d'un projet important que je mène depuis peu, j'ai aussi pris plaisir à me replonger dans mon univers steampunk. Je livre aujourd'hui la cinquième partie de La lettre, accompagnée d'un petit résumé vu que ça fait plusieurs semaines que tout ça était en stand-by. Bonne lecture, j'espère !

 

 

 

 

Résumé : Kyle est l'élève de Byzance Constantin, un coursier, c'est-à-dire un messager/mercenaire volant grâce à sa machine volante, un Vinci. Dans cet univers steampunk, le 14 juin 1920, les deux hommes font face à une mort certaine à cause d'un escadron d'appareils allemands. Dix jours plus tôt, ils étaient arrivés à l'île de Lindisfarne, perdue le long des côtes britanniques, pour rencontrer le Duc d'York, deuxième fils du Roi, et monsieur Q, un homme des services secrets. Ces derniers donnent alors pour mission aux deux coursiers de se rendre au sein de l'Empire Germanique pour tuer son nouveau chef, l'actuel résident de Xanadu. Les quatre hommes sont cependant interrompus par l'arrivée de quatre êtres en armures étranges, dangereuses, dont l'un se révèle être le fils de monsieur Q.

Kyle, qui doute désormais de Byzance et de l'intérêt de ses leçons, et le Duc reçoivent l'ordre de fuir tandis que les deux autres tentent de gérer les attaquants.

 

« M… M… M… Monsieur K… Ky… Ky… Kyle. »

 

Kyle n’osait pas regarder son passager. Son Altesse Royale le Duc d’York était le fils du Roi, et si la monarchie anglaise n’était pas aussi extrême dans les liens entre le souverain et le divin, le jeune homme avait un profond respect pour l’homme à ses côtés. Cependant, il était aussi très troublé par le bégaiement du fils cadet du Roi : un tel défaut, si commun, si avilissant, le forçait à avoir un regard beaucoup moins merveilleux sur le Duc. Et il s’en voulait pour cela, il se considérait comme un mauvais sujet pour cela.

Il se força cependant à tourner son visage vers lui alors que le Vinci, leur machine volante, commençait son avancée sur la piste de fortune de l’île de Lindisfarne, où ils avaient eu rendez-vous.

 

« Oui, Votre Altesse Royale ? »

 

Sa voix était chevrotante et surtout peu assurée. Lui, pauvre gamin venu de Manchester, était en présence du fils du Roi ! Ses voisins auraient tués pour avoir la chance de le voir de loin. Il se rendait par là compte que ces derniers mois avaient été exceptionnels : il était allé sur deux autre continents, avait visité une île faite uniquement de métal, avait rencontré des êtres parmi les plus intelligents et les plus dangereux du monde et s’en était toujours sorti. Et maintenant, il était à côté d’un noble parmi les nobles.

 

Tout ça grâce à Byzance Constantin.

L’homme qu’il était en train d’abandonner à une mort certaine.

 

« Je… je… je… ne pen… pen… pense pas qu’… qu’il faille pa… pa… partir. Je… je… je… veux re… res… rester.

-       Et les aider ?

-       Ou… oui. »

 

Kyle soupira. Il ne pouvait normalement pas dire non : c’était le Duc d’York, après tout. Il était naturellement le plus à même de décider entre eux deux, même si le jeune homme était apparemment le seul à piloter un Vinci, vu la réaction très froide du Duc quand il était monté dans l’appareil. Il pourrait aisément faire fi de sa demande, ou plutôt de son ordre, pour s’envoler loin d’ici. Il l’abandonnerait quelque part et filerait seul, avec un Vinci et un réseau grâce aux relations de Byzance.

Sans mal, le jeune coursier pourrait être libre et vivre l’existence dont il avait toujours rêvé. Il devrait pour cela trahir la Couronne et serait sûrement recherché pour cela, mais… il pourrait faire face. Après tout, c’était ça la fonction d’un coursier : faire fi du passé, des attaches et des liens moraux pour remplir la mission et empocher l’argent. C’était ça son métier, maintenant.

 

Il pouvait aisément abandonner Byzance et ce « monsieur Q ».

Mais il pouvait aussi agir honorablement, payer sa dette à Byz et faire preuve de courage. Il pouvait se comporter comme un sujet royal et non pas un coursier de base, un homme sans patrie et sans honneur. Il pouvait aussi se conduire comme un vrai britannique.

 

« Je pense aussi, Votre Altesse Royale. »

 

Kyle abaissa doucement la pression qu’il maintenait jusque-là sur la pédale d’accélération pour lentement décélérer. Byz lui avait bien expliqué qu’un arrêt trop brusque risquait d’endommager sévèrement le Vinci, apparemment à cause d’un choc trop violent entre la vitesse déjà prise et l’ordre d’arrêt immédiat donné aux machines. Le jeune homme n’avait pas tout compris, mais il faisait confiance au pilote. Après tout, sur la mécanique, il lui avait toujours dit la vérité – même s’il ne lui avait finalement pas dit grand-chose.

 

« On va laisser le Vinci ici et on va des… »

 

Il ne put aller plus loin. Alors qu’il avait commencé à décélérer, Kyle avait entendu quelque chose ricocher sur le côté droit du Vinci. Puis un autre ricochet. Et encore un autre.

Prudemment, il se pencha à la fenêtre pour regarder ce qu’il se passait et il eut la surprise de découvrir deux des hommes en armure qui tiraient sur le Vinci avec, apparemment, des armes à feu plus classiques que ce qu’ils utilisaient auparavant. Cependant, ce qui stupéfia surtout le jeune homme, ce fut la présence de Byz devant ces types, essayant de dépasser ses limites pour rejoindre au plus vite l’appareil.

 

« C’est Byz ! »

 

Sans s’en rendre compte, Kyle sourit en voyant son « mentor » essayer de se battre pour survivre. Même si sa présence le mettait directement en danger, leurs adversaires ayant bien compris le plan du pilote et préférant détruire le Vinci plutôt que de voir des témoins gênants survivre, il était heureux de découvrir que Constantin avait survécu à la première vague de l’attaque.

 

« Votre Altesse Royale, vous n’avez jamais piloté, n’est-ce pas ?

-       N… N… N… No… Non. Je… je… je… suis un offi… officier de… de… de la Navy.

-       Je vois. Tenez le manche comme ça et laissez votre pied sur cette pédale. Ne l’enclenchez pas totalement, laissez-la à mi-chemin entre vous et le plancher. D’accord ? »

 

Le Duc d’York opina. Il avait compris que Kyle voulait faire quelque chose pour permettre à Constantin de les rejoindre, et il n’avait pas les capacités vocales pour le lui interdire. Le noble semblait souffrir grandement de son bégaiement mais semblait surtout très peu à son aise dans une machine volante. S’il n’avait pas bronché lors des ricochets, et s’il avait donc une certaine expérience de la guerre et des combats, le Duc n’était définitivement pas à l’aise dans un Vinci.

C’était pour cela qu’il laissait Kyle lui donner aussi aisément des ordres. Le jeune homme lui laissa alors la place, alla sur l’autre siège et récupéra l’arme que « monsieur Q » lui avait donné.

 

« Continuez ainsi, Votre Altesse Royale ! »

 

Kyle posa son bras sur le rebord de l’autre fenêtre, tenta d’ajuster son tir et appuya plusieurs fois sur la gâchette de l’arme. Il n’avait aucune idée de ce que c’était, d’où elle provenait et quelle était sa puissance, mais c’était la seule chose qu’il pouvait faire pour aider Byzance.

Il ne parvint évidemment pas à toucher les deux hommes en armure qui essayaient de suivre le rythme de Constantin, qui semblait avoir une blessure à l’épaule gauche vu comment il posait sa main droite dessus. Son visage était marqué par la douleur et la fatigue, mais il avait gagné quelques mètres et quelques secondes grâce à l’intervention de son élève.

 

Celui-ci continua de tirer avec l’arme donnée par « monsieur Q », essayant de mieux viser mais sans grand résultat. Il parvenait simplement à éviter Byz, ce qui était déjà une bonne chose, et à ralentir légèrement leurs poursuivants. Le pilote, cependant, réussissait à se rapprocher du Vinci, que le Duc faisait avancer à une vitesse parfaite pour leur permettre de décoller dès que Constantin serait à bord.

 

« Un peu plus vite ! »

 

Kyle oublia l’étiquette pour une fois, et sentit le regard lourd du Duc sur son dos. Il savait qu’il venait de commettre un grand affront, mais la situation le nécessitait : il en avait un peu assez de répéter continuellement « Votre Altesse Royale » et ils étaient tous les deux en danger, finalement.

 

Byz n’était plus qu’à quelques mètres maintenant, mais ses poursuivants aussi. Kyle les voyait mieux maintenant, dans leurs armures bordeaux avec ces étranges lumières aux yeux, à la bouche et dans leurs paumes. Tous deux semblaient avoir beaucoup soufferts, et il se doutait que Constantin et « monsieur Q » étaient responsables des multiples trous et points d’impacts sur eux.

Cependant, ils pouvaient encore attraper le pilote en se jetant sur lui ou bien détruire le Vinci en s’acharnant dessus. Depuis que Kyle avait commencé à leur tirer dessus, ils s’étaient concentrés sur leur course et non plus sur la destruction de l’appareil, mais si Byzance réussissait à monter, nul doute qu’ils recommenceraient.

 

Kyle devait donc les abattre. Il vérifia le nombre de projectiles qui restait dans son arme, et bien évidemment il n’en restait qu’un. Même si leurs adversaires n’étaient qu’à quelques mètres, il pouvait encore les louper – et il n’en avait pas le droit. Byzance, le Duc et lui-même comptaient sur lui pour s’en sortir. Il devait réussir, cette fois-ci.

 

Soupirant lourdement, essayant de faire le calme dans son esprit, le jeune homme essaya de poser au mieux son arme dans ses mains pour prendre dans le viseur de son œil les corps des hommes en armure. Il inspira longuement avant d’appuyer sur la détente, pile au moment où Constantin s’agrippait à la porte du Vinci.

Kyle ne réussissait pas à toucher ce qu’il visait : il voulait abattre le premier homme en armure en espérant qu’il ferait tomber le second, mais n’y parvint pas. Il ne put que tirer entre les deux êtres, réussissant presque par miracle à toucher et donc arracher le bras gauche de l’un et le bras droit de l’autre.

 

Alors qu’ils tombaient en hurlant de douleur, Byzance rentra dans l’habitacle, récupérant la place de pilote laissée libre de bonne grâce par le Duc. Le pilote ne dit rien et fit alors monter le Vinci, lui faisant rapidement prendre de l’altitude.

En quelques secondes, l’appareil s’envolait loin de l’île, loin de leurs ennemis. Kyle poussa un soupir de soulagement et se rassit normalement pour faire face à Byzance. Celui-ci tourna alors un visage douloureux mais souriant vers lui.

 

« C’était une bonne idée de lancer le Vinci, Kyle. Merci de m’avoir attendu. Si je ne te connaissais pas, j’aurais juré que tu étais prêt à partir sans moi, si j’étais venu quelques minutes après. Heureusement que tu as plus d’honneur que ça.

-       Oui… heureusement. »

 

Kyle sourit, mais le cœur n’y était pas. Dans son dos, il sentait le regard lourd et silencieux du Duc. Plus rien ne serait comme avant, il en était certain maintenant.

Par BenT - Publié dans : Nouvelles steampunk
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Dimanche 9 janvier 2011 7 09 /01 /Jan /2011 18:32

Bonjour à tous.

 

Voici une quatrième parie pour mon histoire partie Steampunk : La lettre. J'y joins aussi une musique qui pourrait coller avec sa lecture, j'espère que ça fonctionnera et que ça accompagnera votre lecture. N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez.

 

 

1ère partie.

2e partie.

3e partie.

 

Kyle était immobile, terrorisé par les quatre êtres recouverts d’étranges « armures » de métal. Trois d’entre eux lui faisaient face, tandis qu’un autre était sur un des toits des bâtiments du monastère qui entouraient la petite cour à l’intérieur du gros complexe. Il avait l’impression que le temps ralentissait, que les choses se mouvaient beaucoup moins rapidement qu’auparavant. Il pouvait presque apercevoir la traînée de fumée des tirs de l’homme accroupi au-dessus d’eux. C’était terrifiant.

 

Du coin de l’œil, il voyait l’homme des services secrets de l’Empire s’écrouler, sa main droite posée sur son torse et déjà recouverte d’un épais liquide rouge. D’autres projectiles faisaient voler des gerbes d’herbe et des bouts de pierre en provenance du banc plus que centenaire qui avait été placé dans la petite cour pour permettre aux moines de continuer leurs contemplations religieuses.

Il apercevait aussi Byzance se précipiter vers le Duc d’York pour le pousser vers l’intérieur du monastère, à l’abri derrière les grands piliers qui entouraient la cour. Cependant, deux de leurs adversaires s’étaient avancés pour leur barrer la route. Ils avaient été bien trop rapides : ça n’était pas normal. Ce n’était pas humain.

 

Les balles tirées par l’ennemi en hauteur suivaient le chemin pris par le pilote et le fils du Roi, et Kyle pouvait voir, en apercevant ceux qui barraient la route à son professeur, qu’ils portaient des « armures » vraiment étranges. Bordeaux, elles ne couvraient pas entièrement leurs corps mais certaines parties uniquement : les mollets, les genoux, le torse, les mains et les avant-bras, les épaules et le crâne. Une sorte de collant ou de combinaison cachait le reste de leurs corps.

Ils étaient humains. Donc dotés de faiblesses, et il fallait juste les trouver.

 

Malheureusement, le jeune homme n’arrivait pas à bouger : il savait qu’il devait faire quelque chose pour sortir Constantin de là, il savait que le Duc risquait sa vie à cause de ces êtres qui voulaient pratiquer un régicide, mais il restait là, coincé sur son bout d’herbe. Il aurait voulu protéger le fils du Roi, sauver celui qui un jour porterait peut-être la couronne et les plus hautes responsabilités de l’Empire, mais il n’y arrivait pas. Il se sentait terrifié, vaincu… lâche.

 

Sous ses yeux, les deux hommes en armure devant Byzance levaient leurs bras et plaçaient leurs paumes à quelques centimètres de son visage et de celui du Duc d’York. Les étranges lumières bleutées qui s’y trouvaient derrière des petits cercles incrustés dans les gants apparaissaient aussi sur leurs casques, au niveau des yeux. Et leur intensité n’arrêtait pas d’augmenter, même si Kyle n’avait aucune idée de ce que ça pouvait être.

 

« Argh ! »

 

Le jeune homme se tourna à temps pour voir le tireur sur le toit tomber lourdement au sol. Il ne bougeait plus, son étrange fusil en miettes autour de lui. A quelques mètres de lui, l’homme des agents secrets, l’étrange « Q », ne lui accordait même pas un regard, pointant déjà son arme encore fumante vers leur troisième adversaire, qui n’avait pas bougé jusque-là.

 

« Dis à tes hommes de lâcher la pression.

-       Sinon vous me tuez ? Vous oseriez ?

-       Je n’hésiterai pas.

-       Tout pour la famille royale, n’est-ce pas ? Rien n’a changé. Rien ne changera jamais.

-       Le changement, cela se démode très vite.

-       Le changement, c’est l’avenir.

-       Cela se démode aussi très vite. Dis-leur de ne plus menacer Son Altesse Royale. Maintenant.

-       Non. »

 

Kyle avait l’impression que les deux hommes se connaissaient et qu’ils avaient une longue histoire commune. « Q » menaçait l’homme en armure avec sa propre arme, qui était aussi étrange que les parties métalliques de ses adversaires. Ce n’était pas un révolver classique, mais plus un très long tube argumenté d’une petite crosse sombre. Le tube avait une sorte de petite longue vue lui aussi, et une longue traînée de fumée en ressortait encore.

 

« Ils vont mourir.

-       Vous n’avez qu’une arme, et nous sommes trois. Et vous êtes blessé.

-       Nous aussi, nous sommes trois. Tu aurais dû mieux étudier, dans ta jeunesse.

-       Vous comptez vraiment le Duc parmi vous ?! Vous me surprenez et vous me décevez en même temps. Je ne pensais plus ça possible… mon oncle.

-       Qui parle du Duc ? Kyle, attrape ! »

 

« Q » lança à Kyle son arme alors qu’il se relevait malgré sa blessure pour se jeter sur son adversaire direct. Le jeune homme fut encore plus terrorisé qu’auparavant, mais réussit quand même à bouger pour garder entre ses mains l’étrange pistolet. Par deux fois, il faillit le lâcher mais il parvint à le stabiliser entre ses doigts. Le toucher était bizarre : le tube et sa crosse n’étaient pas froids comme il l’avait pensé, mais tièdes. Pas chauds, heureusement, mais vraiment étonnamment tièdes.

Il releva les yeux en tenant entre ses deux mains la crosse de l’arme. Il avait peur, il voulait fuir, mais… il ne le pouvait pas. Il n’en avait pas le droit. Le Duc d’York était en danger, et en tant que deuxième dans la lignée pour la couronne, il ne pouvait pas mourir. Kyle devait le sauver : c’était son devoir en tant que sujet britannique… en tant qu’anglais.

 

Il leva donc l’arme en tremblant, espérant que la chance du débutant jouerait en sa faveur. Cependant, alors qu’il pensait voir Byzance et le Duc être déjà défigurés par les étranges lumières de leurs agresseurs, une toute autre image s’offrait à lui. Le premier homme en armure était à genoux, se tenant la gorge alors que le deuxième avait les bras en l’air, menacé par le propre révolver de Constantin. Mais quel révolver ?! Il n’en avait jamais eu auparavant !

 

« Byz… ?

-       Kyle, escorte Son Altesse Royale jusqu’au Vinci.

-       Au Vinci ?

-       Oui, le nôtre. Nous partons.

-       Mais… mais… les hommes… en armure…

-       Une excellente invention du Professeur, en effet. Cependant, l’absence de plaques métalliques à la gorge et à d’autres endroits du corps les rende vulnérables.

-       Le… le Professeur ?

-       Oui, celui de la Structure.

-       Ah… »

 

Le souvenir de l’homme sans jambes et avec un bras en moins qui avait failli le torturer et le mutiler rembrunit Kyle. Cependant, même ce rappel du test et de la trahison de Byzance ne lui fit pas oublier l’importance de l’homme bégayant qui était à ses côtés. Alors que le Duc se dépêchait de rentrer dans le monastère, le jeune homme essayait de tenir en joue leurs ennemis en armure.

Cependant, ils ne semblaient pas vraiment concernés par ses mouvements, apparemment plus concentrés sur Byzance et « Q », qui coinçait son avant-bras droit sur la gorge du chef en armure. Malgré le sang qui colorait presque toute sa chemise, il ne faiblissait pas.

 

« Byz…

-       Je te rejoins. Juste une vieille affaire à régler.

-       Je…

-       Va !

-       D’a… d’accord… »

 

Kyle n’aimait pas Byzance. Ou plutôt, il avait perdu peu à peu confiance et respect pour son professeur, qui avait voulu le « tester » en le laissant aux mains d’un vieux scientifique sadique, juste pour lui apprendre comment s’en sortir dans toutes les situations. Même après ça, il avait encore eu un peu foi en lui, mais au fil des semaines puis des mois qui avaient suivi où il n’avait rien appris et où il n’avait accompli que des missions inintéressantes, tout avait disparu.

Au fond, Constantin n’était qu’un coursier comme un autre : sa vie était passionnante pour un gamin de Manchester, mais lui qui savait voler comme Byzance et qui avait réussi à survivre au Professeur et à l’Afrique, il avait besoin de plus.

 

C’était donc pour ça que Kyle n’eut pas vraiment de mal à le laisser face aux hommes en armure. S’il mourait, le jeune homme hériterait du Vinci et il aurait sauvé le fils du Roi. Il y avait pire pour commencer une carrière, pensa-t-il en sortant du monastère et en se précipitant vers l’appareil. Bien pire, sourit-il en allumant le contact et en posant l’arme sur ses genoux – sans aucun remords.

Par BenT - Publié dans : Nouvelles steampunk
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Dimanche 2 janvier 2011 7 02 /01 /Jan /2011 18:47

Résumé : 14 juin 1920 : dans un monde différent, où la Révolution Industrielle n'a pas connu la victoire de l'électricité sur la machine à vapeur, dans un univers steampunk, Kyle est l'élève du coursier Byzance Constantin, qui vole sur sa machine volante Vinci pour porter des nouvelles, des hommes et des colis pour qui le paye. Hélas, face à l'armée de l'Empire Germanique, leur Vinci explose, semblant les entraîner dans sa chute explosive.

Dix jours plus tôt, les deux hommes arrivent à Lindisfarne, une presque'île au Nord-Est de l'Angleterre. Malgré les doutes et déceptions que l'élève éprouve envers son professeur, Kyle le suit pour rencontrer ceux avec qui ils ont rendez-vous : un homme étrange et surtout le Duc d'York... le deuxième fils du Roi !

 

Première partie.

Deuxième partie.

 

« Oh… oh mon…

-          Kyle ! »

 

Byz lui lança un regard noir alors que le jeune homme fixait le nouveau Duc d’York, âgé de 24 ans et légèrement intimidé par la présence des deux aviateurs. L’homme qui tenait le parapluie au-dessus de lui prit alors la parole, essayant de concentrer sur lui les regards et la conversation.

 

« Messieurs, nous sommes ravis que vous ayez pu arriver ici à l’heure prévue, mais Son Altesse Royale est attendue ailleurs. Une soirée en compagnie de Sa Majesté le Roi est prévue et notre Vinci est moins rapide que le vôtre.

-          Mais plus solide.

-          En effet, monsieur Constantin, c’est ainsi que vous allez voulu concevoir notre engin. Avez-vous réfléchi à notre proposition ? »

 

Kyle tiqua : c’était Byzance qui avait conçu le Vinci du Duc d’York ? Ou même des services secrets de l’Empire ? Il n’était pas stupide, il avait bien compris que l’homme qui protégeait le deuxième héritier de la lignée devait être des services privés du Roi et de ses descendants. Il était très étonné que son professeur nage dans de telles eaux, et notamment qu’il ait pu concevoir une machine volante. Il ignorait qu’il en avait les capacités, et il commençait à se lasser de découvrir par surprise de tels éléments. Ce n’était pas inconsidéré que de vouloir savoir ça, non ?

 

« Oui. Nous acceptons.

-          Qu… quoi ? Quelle proposition ? Je…

-          Kyle ! »

 

A nouveau, Byz fusilla du regard son jeune élève, et celui-ci baissa les yeux par réflexe et par timidité devant la personne qui se trouvait devant eux. Il se sentait bizarre en présence de quelqu’un d’aussi important, d’un être aussi indispensable à la bonne marche de l’Empire et de ses sujets. Le Duc d’York n’avait pas ouvert la bouche pour le moment, et Kyle craignait de le décevoir et de passer pour un miséreux mal élevé. Ce fut pour ça qu’il ne répliqua pas à son professeur, qui le méritait pourtant, à le traiter comme un enfant.

 

« Bien, mon service en est ravi. Vous trouverez ici toutes les informations pratiques à votre mission. »

 

L’homme chercha dans une poche intérieure de son long manteau noir avant de tendre une grosse enveloppe sombre à Byzance. Celui-ci la prit et ne la regarda même pas, la calant sous le bras en continuant d’écouter son interlocuteur et en ouvrant une poche dans son manteau. Il la rangea sans déroger son regard du duo impérial.

 

« Sachez cependant qu’il nous est impossible de soutenir officiellement votre action : s’il vous arrivait quelque chose, vous ou votre collaborateur ne sauriez recevoir le soutien de l’Empire. Nous nierons avoir eu connaissance de vos activités.

-          Cela me semble bien légitime.

-          Parfait. Des questions ?

-          Oui. »

 

Constantin passa sa main dans ses cheveux mi-longs et fit glisser son regard de l’homme des services secrets à celui du Duc. Celui-ci commença légèrement à rougir avant de se reprendre, son rang ne lui permettant pas ce genre de fantaisies.

 

« Votre Altesse Royale, j’avoue être surpris par votre présence en ces murs. Je pensais uniquement trouver monsieur Q ici, et non pas avoir la joie et l’honneur de vous rencontrer. Pourrais-je connaître, sauf votre respect, la raison de votre venue en cette terre oubliée de tous ? »

 

Un léger sourire passa sur le visage du Duc. Kyle ne comprenait pas pourquoi Byzance souhaitait savoir ce qu’il faisait là : il était membre de la famille royale, il pouvait faire ce qu’il voulait et devrait peut-être présider à la destinée de l’Empire et de la Couronne un jour. La mission devait être d’importance pour qu’il se soit déplacé, et c’était alors un honneur pour eux de pouvoir l’accomplir. Il trouvait vraiment l’attitude de son professeur déplacée et peu respectueuse, et espérait que le Duc n’en prendrait pas ombrage. Il ne supporterait pas d’être mal vu à cause de l’aviateur.

 

« B-b-bien sûr, mon-mon-monsieur Con-Constantin. Je-je suis là su-sur demande de-de Sa Ma-Majesté le Roi lui-lui-même. Il-il tient tout par-parti-particu… particu-cu-lièrement à la réussite de-de votre mi-mission. Il te-tenait à vous a-a-adresser ses-ses vœux de-de su-su-succès pa-par m-mon en-entre-entremise. »

 

Kyle fut terrifié en entendant le deuxième fils du Roi. Qu’avait-il donc ? De quoi souffrait-il ? Etait-ce dû au froid, à une infection ? Ou bien était-il naturellement frappé par ce fléau qu’il avait déjà observé chez certains enfants frêles et timides ? Ce défaut d’élocution était régulièrement suivi d’une mise au ban de la société pour ses victimes, et malheureusement celles-ci finissaient souvent par s’abandonner à une existence malheureuse et silencieuse.

Si le Duc d’York en était atteint, cela voulait dire que la famille royale elle-même pouvait avoir des faiblesses et des défauts. Pour un gamin de Manchester, élevé par des parents royalistes jusqu’au bout des ongles, c’était un choc qu’il avait du mal à masquer. Byzance ne voyait rien de sa réaction, mais le regard sombre de « monsieur Q » suffisait pour deux.

 

« Je comprends, Votre Altesse Royale. Kyle et moi-même sommes très honorés de pouvoir être en votre présence et d’accomplir cette mission, d’une importance capitale pour l’Empire.

-          Monsieur Constantin, êtes-vous sûr qu’emmener ce jeune garçon avec vous soit une bonne idée ? »

 

Kyle se tourna vers Byzance et surprit un regard sombre, lourd de soupçons et d’indignation non feinte. Il était clair que son professeur était en train de chercher quelle erreur son élève avait pu commettre, mais il mit fin à la tension en posant ses yeux sur la silhouette sombre et stricte de « monsieur Q ».

 

« J’en suis persuadé. Kyle est non seulement mon élève mais aussi mon copilote. Je suis certain qu’il fera un excellent coursier plus tard, et cette mission sera une expérience parfaite pour qu’il puisse encore affiner ses compétences et ses capacités.

-          Je ne suis pas persuadé que qualifier d’expérience parfaite cette mission soit être au fait de la réalité, monsieur Constantin. Vous allez tous deux risquer vos vies et vos chances de réussite sont faibles.

-          Nous avons l’habitude : nous sommes coursiers, monsieur Q. Le danger, c’est notre métier.

-          Certes, certes, mais si j’ai totalement confiance en vos capacités et en celles de votre copilote pour vous échapper de la Structure du Professeur ou pour aller voler quelques objets dans des musées bien connus, j’avoue que je suis incertain sur votre réussite dans cette mission.

-          Est-ce un manque de confiance ?

-          Plutôt un certain sens du réalisme. »

 

La conversation s’envenimait, et Kyle se sentait de moins en moins à l’aise – tout comme le Duc d’York. Celui-ci avait essayé de parler au mieux à Byzance, mais la présence de « monsieur Q » et le tour que prenait la discussion ne lui plaisaient guère, ça se voyait sur son visage. Etonnant.

 

« Monsieur Q, si vous m’avez demandé de venir ici et si vous voulez que j’accomplisse cette mission, c’est que vous avez confiance en mes capacités, mon expérience et mon jugement. Je ne vous ai jamais déçu jusque-là : j’ai toujours tenu mes engagements.

-          En effet.

-          Votre service n’a jamais eu à se plaindre.

-          En effet.

-          Donc faites-moi encore confiance aujourd’hui. Si je me pense capable de parvenir à mes fins, et si je pense Kyle suffisamment prêt pour faire de même, laissez-nous agir. Il n’y a guère de raison que je ne tienne pas parole aujourd’hui.

-          En effet, monsieur Constantin. Emmenez cet enfant et allez vous introduire en plein cœur de l’Empire germanique pour tuer son nouveau leader, l’actuel résident de Xanadu. Je suis en effet persuadé que tout se passera bien. »

 

Kyle aurait bien crié « quoi ?! » suite aux déclarations de l’homme des services secrets, mais il avait retenu la leçon. Le calme de « monsieur Q », du Duc et surtout de Byzance démontrait que ce qu’il venait de dire était vrai, et il ne savait pas quelle partie était la plus choquante. S’introduire en Germanie ? Pour tuer ? Le nouveau leader ? Le résident de quoi ?!

 

Cependant, alors qu’il se tournait vers son professeur pour en apprendre plus, il ne put étouffer un cri. Alors que les regards convergeaient vers lui, Kyle leva une main tremblante pour désigner quelque chose derrière Byzance. Celui-ci se retourna et put alors lui aussi faire face à trois hommes recouverts d’étranges grosses armures, bordeaux.

Tout leur corps, des pieds au cou, étaient protégés par différentes parties métalliques, et ils portaient sur le visage des sortes de casque eux aussi en acier. Aucune bouche n’avait été dessinée sur la chose, mais deux traits éclairés d’une lumière bleutée étaient présents au niveau des yeux. La même lumière étrange apparaissait dans des ronds placés sur les paumes de chacun des hommes.

 

Byzance, le Duc, « monsieur Q » et lui-même n’osaient bouger devant ces terrifiantes apparitions. Cependant, après que l’homme des agents secrets ait été touché par une balle tirée depuis le toit, par un quatrième homme portant la même armure mais avec une sorte de long fusil assortit d’une longue vue, tous se mirent à bouger et à crier. Intérieurement, Kyle pensait quand même qu’il était déjà trop tard.

Par BenT - Publié dans : Nouvelles steampunk
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